Pourquoi le travail social ?

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Faire que les capacités des personnes se transforment en compétences à agir sur leur vie, et les conditions de celle-ci, tel est l'enjeu du travail social.
Le travail social ne cesse d'être sollicité par les transformations constantes de la société et par leur évolution pour répondre à la demande sociale au sujet de l'exclusion. Il se trouve alors écartelé entre, d'une part sa logique d'aide aux plus fragiles et, d'autre part, les logiques du marché qui les excluent.
À l'évolution de la demande sociale s'ajoute l'accroissement du sentiment d'insécurité qui engendre peurs et replis sur soi. Ainsi, le travail social est confronté de plein fouet à la massification des problèmes, à l'élargissement des publics, à la complexité des situations de précarité, à l'effritement du lien social et à la perte du sens du « vivre ensemble ».
• Selon le Conseil supérieur du travail social, le travail social est bien une intervention, dans la mesure ou intervenir c'est « prendre part à une action, à une affaire en cours dans l'intention d'influer sur son déroulement ». Il s'agit ici de prendre part au refus de l'exclusion et de modifier, voire d'inverser, le sens de son processus.
Le travail social participe de la cohésion sociale, car il participe au fait de reconnaître à chaque personne une place et une capacité à jouer un rôle dans la société. Sa mission vise l'adaptation réciproque des hommes et de leur environnement en agissant sur les interfaces.
Cette volonté de préserver et de promouvoir le lien social passe par la mobilisation de l'ensemble du corps social, pour offrir à chaque personne qui le compose les conditions de son appartenance au corps social.
• Le Conseil Supérieur du travail social rappelle les dimensions de l'aide prodiguée par les travailleurs sociaux. Aider une personne, c'est ainsi lui permettre de construire, d'affirmer par elle-même :
  • un lien individuel de soi à soi, comme être capable d'assumer un rôle parental, de gérer un budget, d'assurer des démarches, d'avoir du pouvoir sur sa vie en croisant ce lien avec du lien symbolique et du lien social (de solidarité) local, global ;
  • un lien communautaire à un sous-système d'appartenance, famille, quartier, réseau, groupe, association où elle va pouvoir trouver et développer de l'aide mutuelle, confortant par là-même son lien de soi à soi, le lien symbolique et le lien social local (solidarité horizontale) ;
  • un lien sociétaire de soi à la société en faisant valoir ses droits et en assumant ses devoirs, en participant aux « instances sociales existantes », mettant ainsi en relief un lien symbolique qui la valorise, par le sentiment d'être rattachée à un lien social global (solidarité verticale) tout en renforçant son lien communautaire où elle puise de la ressource pour son lien individuel et son lien sociétaire…
• Les travailleurs sociaux ont à cœur de placer la personne au centre de l'intervention sociale, de restaurer sa capacité à être sujet. Il s'agit de mettre en place les conditions pour qu'elle renforce son rôle d'acteur à travers l'exercice de la citoyenneté, qu'elle développe ses compétences à modifier des attitudes inadéquates.
Le développement de la compétence est rendu possible si l'intervention sociale prend en compte trois dimensions et en favorise les interactions :
  • les capacités des individus ;
  • les facteurs motivants (espoir, confiance en soi, dans les autres, des autres pour soi, respect de soi, etc.) ;
  • la qualité de l'environnement (environnement physique, habitat social, réseaux culturels, économiques, politique, etc.).
Aider une personne à développer ses compétences, c'est aussi agir sur les systèmes qui vont lui permettre d'être autonome, c'est travailler à développer les compétences des systèmes et dispositifs sociaux à reconnaître et à promouvoir son autonomie.
Lorsque l'on place la personne au centre de l'intervention sociale, il faut veiller à ne pas finir par la blâmer, en la rendant coupable de sa situation, surtout dans un contexte d'aggravation des conditions socio-économiques qui blesse les plus vulnérables.
« Qu'on me comprenne bien, je ne prétends pas que dans les situations problématiques qui confondent les êtres humains, le « personnel » ne compte pour rien, et le « structurel » explique tout. Je souligne simplement que là où les structures sont les causes primordiales des problèmes, déplacer les causes sur les personnes, c'est ajouter « l'insulte au mal ». »
Margot Breton

Reconnaître le rôle du travail social dans l'aide aux personnes, c'est, pour le travailleur social, être amené inéluctablement à travailler sur l'adaptation des dispositifs d'action sociale (et pas seulement eux) dans lesquels il s'implique ou est impliqué. De même, il participe à faire émerger les contradictions entre les intérêts des personnes et les intérêts ou logiques institutionnels. C'est d'autant plus vrai dans le cas des dispositifs qui font de la promotion des personnes un objectif générique.
L'émergence de ces contradictions est source du contrat social, de la citoyenneté, car elle participe des mécanismes de la cohésion sociale. C'est sur cette tension que se jouent la professionnalité du travail social et son rôle démocratique, ni exécutant, ni indépendant, mais acteur des fonctions de « reliance ».
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