Aquitaine, 19 janvier 2009, épreuve d'admission, assistant de service social, analyse de texte

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Consignes
1. Reformulez et développez l'idée principale du texte. (5 points)
2. Donnez une définition des mots ou des groupes de mot suivants (5 points) :
  • cardinale
  • éthique
  • empathie
L'auteur constate le taux de féminisation particulièrement élevé dans les métiers de l'aide à la personne. Selon vous, pourquoi les hommes désertent-ils ce type de métier ? Les pouvoirs publics ont-ils la capacité d'inverser la tendance, si oui, comment ? (10 points)
Votre argumentaire, pour cette troisième partie, devra être construit et être contenu sur une page, c'est-à-dire un recto
Texte
L'ère du care
Un anglicisme a fait son entrée dans les sciences humaines. Désignant tout à la fois la sollicitude à l'égard d'autrui et les soins qu'on lui donne, le care permet d'appréhender une dimension de la vie humaine cardinale mais qui manque encore cruellement de reconnaissance : le souci des autres. Une question tout à la fois éthique, politique et sociale.
Soulager la douleur d'un patient qui souffre, éduquer des enfants, faire les courses ou le ménage, autant d'activités très concrètes dans lesquelles des individus font preuve de sollicitude et s'occupent d'autrui. Malgré son importance, ce soin des autres fut longtemps tenu dans l'ombre de l'intimité, presque invisible… Non rémunéré quand il est domestique, mal rétribué quand il est un métier, il souffre d'un cruel manque de reconnaissance dans nos sociétés. N'est-il pourtant pas au cœur de toute vie humaine et pas seulement des plus fragiles ?
Les travaux anglo-saxons sur le care n'ont été introduits que fort récemment en France. Ils s'attachent à appréhender les défis sociaux et éthiques du souci des autres. Difficile à traduire, « care » en anglais désigne aussi bien une certaine disposition affective ou morale qu'une pratique de soin. Il marque bien, par rapport à la sollicitude, qu'il n'est pas un simple sentiment, aussi généreux soit-il, tout en mettant en évidence qu'on ne peut réduire les soins à des gestes purement techniques, car ils réclament attention et empathie. À ce titre, le care est devenu un concept à part  dans les sciences humaines, fort utile, par exemple, en psychologie du travail pour comprendre les contraintes et la pénibilité propres aux métiers de la santé ou aux services à la personne.
Parce que les activités qu'il recouvre sont en général à la charge des femmes, on ne s'étonnera pas que les études sur le care trouvent leur ancrage dans la réflexion féministe. Que ce soit dans la sphère privée ou dans la sphère professionnelle, ce sont surtout des femmes qui dans nos sociétés fournissent du soin. L'atteste la répartition des tâches ménagères mais aussi la place très largement majoritaire des femmes dans les services de soin à la personne. En France, 99 % des emplois d'assistante maternelle, 98 % des emplois d'aide à domicile sont occupés par des femmes. Tant et si bien qu'il semble presque y avoir un « sexe de la sollicitude » pour reprendre le titre éloquent du récent livre de Fabienne Brugère (Le Sexe de la sollicitude, Seuil, 2008) qui s'attache à cette question. Les femmes seraient-elles appelées à être naturellement les fournisseurs de soin (care-givers) privilégiés ?
Catherine Halpern
Sciences Humaines, novembre 2008
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