Aquitaine, 7 février 2011, épreuve d'admission, éducateur spécialisé

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Consignes
1. Reformulez et développez l'idée principale du texte.
2. Donnez une définition des mots ou des groupes de mot suivants :
  • traitement dogmatique ;
  • anxiolytiques ;
  • frustrations.
3. Comment un professeur peut-il désamorcer l'agressivité des élèves ?
Votre argumentaire, pour cette troisième partie, devra être construit et être contenu sur une page, c'est-à-dire un recto.
Durée : 1 heure.
Texte
L'agressivité, un déni d'émotivité.
Comment expliquer le recours à la violence chez certains élèves ? Comment les enseignants peuvent-ils la désamorcer ? Comment décririez-vous les élèves violents ?
Dans le cadre de nos recherches, l'hyperagressivité (au-delà de 95/100 sur l'échelle de mesure) a été repérée, à travers différents tests, comme étant fortement corrélée avec l'anxiété/dépression des adolescents. Le jeune violent est souvent un dépressif anxieux méconnu. L'agressivité est généralement plus forte chez les individus dont le mode de traitement dogmatique des informations est dominant (difficulté à accepter les déstabilisations cognitives et l'altérité liée à un besoin très fort de sécurisation). Le comportement violent permet au sujet d'avoir des satisfactions qui pallient un sentiment de vulnérabilité. Il procure ainsi un soulagement temporaire aux angoisses, aux incertitudes. Ces effets anxiolytiques sont tels que le sujet peut finir par développer une dépendance au besoin de dominer autrui.
Avec mon passé de neurobiologiste, j'ai défini la violence comme un mode d'addiction sans drogue. Elle correspond à l'ensemble des comportements résultant des besoins de rendre l'autre faible, inconfortable et impuissant, pour soi-même se sentir fort, confortable, puissant. Son auteur peut ainsi devenir dépendant des endorphines produites par son cerveau et engendrées par ces comportements.
Dans le cas du bullying, par exemple, l'élève recherche à avoir du contrôle sur les autres, à transformer l'autre en objet, de façon à ce que celui-ci envoie les signaux dont il a besoin pour se sentir mieux. Il est entraîné ainsi dans un cercle vicieux : sa faible habileté à interagir socialement l'amène à recourir à des modes de comportements antisociaux, rassurants à court terme mais qui nuisent à l'acquisition de moyens de socialisation épanouissants sur le long terme. Enfin, sa faible capacité à tolérer les frustrations de l'apprentissage le conduit souvent à échouer à l'école.
Y a-t-il une différence entre les filles et les garçons ?
Au cours de nos travaux sur les élèves violents, nous avons isolé trois indicateurs prédictifs de la violence :
  • un déficit d'empathie, c'est-à-dire de capacité à se représenter ce que l'autre sent et vit, tout en le distinguant de ce que l'on éprouve soi-même ;
  • une tendance à la contagion émotionnelle, soit une aptitude biologique à se laisser envahir par l'émotion d'autrui ;
  • et, surtout, une tendance à la coupure émotionnelle qui consiste à refouler, inconsciemment, des émotions dont on redoute la souffrance qu'elles peuvent occasionner. En cas de violence, les signaux de souffrance de la victime sont perçus mais ne freinent plus son auteur.
En faisant passer des tests à partir de ces indicateurs, on s'est aperçu que les deux sexes étaient égaux pour l'empathie – contrairement d'ailleurs à ce que sous-tend la littérature nord-américaine. Pour autant, si l'empathie se répartit de la même façon entre les deux genres, la contagion émotionnelle est plus le fait des filles, la coupure émotionnelle plus prévalente chez les garçons. Pour les filles, il s'agit donc d'apprendre à oser être triste même si l'entourage est gai. Oser exister et se manifester en somme.
Chez les garçons, le travail visant la diminution de la violence devra leur montrer qu'avoir des émotions n'est pas honteux mais, au contraire, une source d'information et de puissance.
Daniel Favre
Sciences Humaines n° 190, fevrier 2008
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