Île-de-France, 9 janvier 2010, épreuve d'admission, moniteur éducateur (niveau IV)

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Énoncé

Consignes
1. Faites une synthèse rédigée de ce texte en dégageant les idées essentielles.
2. Vous vous appuierez notamment sur votre expérience personnelle et/ou professionnelle pour répondre à la question suivante :
Dans quelle mesure le travail social permet de lutter contre l'exclusion ?
Durée : 3 heures.
Épreuve notée sur 20 :
  • perception des idées essentielles = 6 points ;
  • construction d'un raisonnement, organisation des idées = 6 points ;
  • richesse des idées, implication personnelle = 4 points ;
  • expression écrite (style, orthographe, présentation générale et soin) = 4 points.
Texte
Le spectre de la pauvreté s'élargit
Après la crise financière, la crise économique et sociale frappe à la porte. Et risque de faire basculer dans la précarité, voire dans la pauvreté, de nombreux ménages qui, jusque-là, parvenaient à garder la tête hors de l'eau. Au sein des associations caritatives et des services sociaux, l'inquiétude gagne du terrain.
Les signes ne manquent pas : brusque remontée du nombre des allocataires du RMI en septembre (+ 10 000) après deux années de baisse consécutive ; envolée depuis le début de l'année du nombre des prêts sur gages de 40 % à Paris et de 20 % en province ; nouvelle dégradation des chiffres du chômage en octobre qui franchiraient la barre des deux millions de chômeurs. […]
Bien sûr, le quasi-effondrement du système financier outre-Atlantique, avec ses répercussions notamment en Europe, ne peut être tenu pour responsable de toutes les misères actuelles. […] Dans son récent portrait social de la France, l'Insee rappelle qu'en 2006 près de 8 millions de personnes vivaient déjà en dessous du seuil de pauvreté (880 euros par mois) et que, de 2002 à 2006, le pourcentage de personnes pauvres n'a cessé d'augmenter, passant de 12 à 13,2 %. Difficile pourtant d'imaginer que les récents événements restent sans conséquences sur les populations modestes, voire déjà en difficulté. Mais au-delà des chiffres et des analyses macro-économiques, l'impact réel de la crise actuelle s'avère difficile à mesurer. Pour mieux comprendre ses conséquences pour les usagers des services sociaux et des associations, ASH Magazine a interrogé des représentants de grands réseaux associatifs et des centres communaux d'action sociale (CCAS), ainsi que des travailleurs sociaux qui y font face tous les jours sur le terrain. Nos questions : qui sont aujourd'hui les publics en difficulté ? Quels problèmes rencontrent-ils ? Et avec quelle intensité ?
Du côté des grands réseaux associatifs, tous dressent le même constat : le spectre de la pauvreté tend à s'élargir. « Par rapport à l'année dernière à la même époque, nous enregistrons 15 à 20 % de demandes supplémentaires, constate Julien Lauprêtre, président du Secours populaire. On compte beaucoup de familles monoparentales, le plus souvent des mères avec de jeunes enfants. Viennent ensuite les familles immigrées, les travailleurs pauvres et des personnes âgées qui n'arrivent plus à boucler leurs fins de mois avec leur retraite – surtout quand elles doivent aider leurs enfants ou leurs petits-enfants. On voit aussi entrer dans nos permanences des personnes qui n'y venaient jamais, des cadres par exemple. » Le fait marquant semble être en effet l'émergence de populations qui, jusque-là, ne faisaient jamais appel aux services sociaux ou aux associations. « Notre commission permanente de secours traite chaque semaine 30 à 40 dossiers, avec une moyenne de 100 euros d'aide par dossier. […] Mais aussi, désormais, les petits salaires qui font face à des charges plus importantes à payer car ils ne bénéficient pas des mêmes aides », observe Catherine Van Lierde, assistante de service social et directrice de l'accueil, du suivi social et de l'insertion au CCAS de Roubaix.
De nouvelles populations concernées
Même constat à Toulouse pour Blandine Vidonie, conseillère en économie sociale et familiale (CESF) à la Croix-Rouge, qui travaille pour le conseil général de Haute-Garonne […]. « Depuis septembre, j'ai été sollicitée pour des familles pas encore connues des services sociaux. Il y a des contrats précaires, des gens en intérim et d'autres en CDI, mais au smic. […] Dans mon secteur, c'est assez nouveau de sentir les gens aussi inquiets. Ces personnes n'ont malheureusement droit à aucune aide financière, car elles sont au-dessus des plafonds. Mon intervention se limite donc souvent à du conseil. » Les jeunes comptent également parmi les victimes de la crise. Selon la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars), l'an passé, 20 % du public des centres d'hébergement était constitué de jeunes de moins de 25 ans, alors que cette tranche d'âge ne représente que 9 % de la population. […] A l'autre bout de la pyramide des âges, on n'est pas épargné. «  Les veuves percevant une pension de réversion constituent l'un des publics pour lesquels nous n'avions pas de réponse. La majorité des CCAS leur a ouvert les aides extralégales », indique Daniel Zielinski, délégué général de l'Union nationale des CCAS (Unccas).
L'un des changements constatés par les travailleurs sociaux est la dégradation de la situation de l'emploi, qui s'était pourtant stabilisée ces dernières années, au prix cependant d'une précarisation des métiers peu qualifiés. Aujourd'hui, le chômage repart à la hausse, y compris pour ceux qui s'en sortaient à coups d'emplois à durée déterminée ou d'intérim. « En ce moment, on voit beaucoup de personnes inscrites depuis plusieurs années dans la même agence d'intérim et qui font des missions dans le BTP(1). D'habitude, elles travaillaient toujours en octobre et novembre. Cet automne, elles n'ont pas été sollicitées et éprouvent beaucoup de difficultés à trouver un autre emploi, car souvent elles possèdent peu ou pas de diplômes », relève Anne Zilio, CESF à l'épicerie sociale intercommunale Les Epis, sur les communes de Schiltigheim, Bischheim et Hoenheim, dans le Bas-Rhin. Autre secteur touché : la restauration. « Peu d'emplois sont proposés actuellement, et pourtant nous sommes dans la période du marché de Noël de Strasbourg, où d'ordinaire les touristes affluent », ajoute la CESF. […]
La question du logement se pose également de façon aiguë. En raison de la pénurie de l'offre, notamment en matière de logements sociaux, de nombreux ménages ne trouvaient déjà pas à se loger de manière convenable. Mais la situation a récemment empiré. […] « Avec la flambée des loyers, il devient de plus en plus difficile de remplir les conditions demandées. Un nombre grandissant de personnes se retrouvent à la rue ». […]
Avec la crise, la position des banques à l'égard des personnes en difficulté s'est très nettement durcie. […] Sans agiter le spectre d'un mécanisme similaire à celui qui a chassé de leur domicile des centaines de milliers de ménages américains, certaines familles françaises se trouvent clairement en grande difficulté. Au CCAS de Portet-sur-Garonne, Maxime Torres accuse : « Chez nous, on compte 21 % d'habitat social et beaucoup de familles en accession à la propriété. Nous avons notamment une zone d'habitat pavillonnaire en accession construite voilà six ans, où beaucoup de personnes rencontrent de graves difficultés financières. Elles n'arrivent pas à honorer leurs crédits et se trouvent au bord de la faillite. Avec les problèmes d'argent, les couples se séparent… Les banques les poussent à vendre, mais comment vendre quand il n'y a plus d'acheteurs et pas de logement alternatif à proposer ? C'est aberrant. »
La crise affecte aussi ceux qui disposent de leur propre logement. « Je me suis occupée récemment de personnes surendettées qui n'arrivaient pas à vendre leurs biens immobiliers. C'était nouveau pour moi », raconte Catherine Kempf, CESF à l'Unité territoriale d'action médico-sociale […] de Strasbourg.
[…] Un constat que dresse, entre autres, Catherine Van Lierde, au CCAS de Roubaix : « Les produits de première nécessité ont augmenté depuis la mise en place de l'euro, comme les pommes de terre, les pâtes, la farine. Nos aides, en particulier sur le plan alimentaire, étaient à l'origine destinées aux gens qui connaissaient des ruptures de ressources, par exemple entre la fin de leurs Assedics et leur bascule vers le RMI. Maintenant, elles se sont étendues de plus en plus vers ceux qui connaissent des fins de mois difficiles. » De fait, de plus en plus de personnes qui n'avaient jamais eu recours aux services sociaux se voient maintenant contraintes de faire appel à l'aide alimentaire des communes et des associations. […] Les associations caritatives avouent ne pas savoir comment elles vont faire face à cette demande accrue […].
Flambée des prix du pétrole et du gaz oblige, l'énergie pèse, elle aussi, d'un poids de plus en plus lourd dans le budget des ménages. Avec des répercussions évidentes lorsqu'il s'agit de payer le carburant de la voiture pour aller travailler mais également au niveau du logement. Ce que décrit Lucie Sweertvaegher : « Je sens une grande souffrance psychologique, chez ces familles frappées de plein fouet par la hausse des prix. […] Elles ne peuvent pas réduire leur facture énergétique. Il leur faudrait trouver une meilleure habitation, mais les loyers sont hors de prix et elles se surendetteraient. » Pour tenter de répondre aux difficultés de ces ménages, le CCAS de Roubaix a signé en mai dernier une convention avec EDF. Un dispositif qui favorise la mise en place de plans d'apurement de la dette sur dix mois, et non sur deux. […]
A la Croix-Rouge de Toulouse, Blandine Vidonie, CESF, intervient dans le cadre d'une convention sur le maintien de l'énergie. « Nous organisons une action collective sur les économies d'énergie. Les usagers qui y viennent aujourd'hui sont très motivés pour apprendre à dépenser moins, alors qu'avant on avait l'impression de les contraindre. » […]
Une répercussion sur l'accès aux soins
Même l'accès aux soins est touché par la dégradation des revenus des ménages. De ce point de vue, l'instauration des franchises médicales a porté un coup très rude à ceux qui vivaient déjà au centime d'euro près. […] Sans compter l'augmentation importante des tarifs des mutuelles. […] Après avoir payé le loyer, les charges obligatoires, il ne reste à quelqu'un au RMI que 50 euros par semaine pour tout le reste ! […] Conscientes de cette situation, les 37 organisations membres du réseau Alerte ont tenu une conférence de presse le 28 novembre. Objectif : tenter d'alerter l'opinion publique sur les effets de la crise et interroger les responsabilités individuelles et collectives.
Jérôme Vachon, Thomas Calinon, Stéphanie Maurice, Catherine Stern, Éléonore Varini
ASH Magazine n° 30, 05/12/2008 – Analyse
(1)Bâtiment et Travaux Publics

Élements de réponses

Synthèse
  • La crise financière puis économique a engendré une crise sociale.
  • Extension de la précarité sur une nouvelle classe de personnes.
  • Dégradation de la situation de l'emploi.
  • Crise du logement accessible.
  • Augmentation des prix alimentaires des produits de base.
  • Augmentation des prix de l'énergie.
  • Aggravation des problèmes liés à la santé.
Idées à développer (à titre indicatif)
  • Solidarité sociale : accompagnement de la population la plus démunie.
  • Garantir l'accès aux droits fondamentaux : l'emploi, le logement, la santé, l'éducation la formation…
  • Lutte contre la pauvreté, promotion de la cohésion sociale.
  • Maintien des échanges, des repères et des relations sociales.
  • Difficultés du travail social : moyens limités, précarité du public.
  • Le travail social est confronté aux nouveaux visages de la pauvreté et de l'exclusion dans un contexte de crise économique.
  • Liens institutionnels pour mener des actions de partenariat, pour adapter les aides à de nouvelles populations pauvres.
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