Languedoc-Roussillon, 12 mai 2009, épreuve d'admission, CESF

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Consignes
1. « Nul ne peut dans son processus d'intervention, faire totalement abstraction de sa vision idéologique et de ses représentations ou de celles qui dominent en société. » Comment vous situez-vous par rapport aux propos de l'auteur ? Argumentez et illustrez votre réflexion.
2. A votre avis, en quoi l'équipe peut-elle permettre un travail sur les représentations ?
Durée : 3 heures.
Questions 1 et 2 : 16 points + 4 points pour la construction, structure et syntaxe du devoir.
Texte
La force des représentations dans le champ du travail social
Les travailleurs sociaux ne peuvent donc pas s'émanciper de leurs représentations ?
Tout acte éducatif se situe dans des processus d'interactions multiples entre des individus, des groupes, des institutions. Ces interactions présupposent des représentations sociales de l'éducation qui, au niveau plus large, s'inscrivent dans le champ de l'idéologie. À tous les niveaux hiérarchiques, du plus élevé au plus près du terrain, les travailleurs sociaux sont des êtres humains qu'on ne peut réduire à une fonction, des missions, des savoirs ou des techniques. Leur être et leur personne sont très largement impliqués. Et il nous faut alors constater que des représentations sont à l'oeuvre et opérantes dans leurs interventions et dans leurs intentions. Nul ne peut dans son processus d'intervention, faire totalement abstraction de sa vision idéologique et de ses représentations ou de celles qui dominent en société. Il peut et doit néanmoins pour les prendre en compte, savoir qu'elles existent et qu'elles sont inhérentes à la mise en œuvre du travail social, de la relation d'aide, du travail d'accompagnement et de soutien des familles et des usagers. Ce n'est qu'ainsi qu'il pourra évincer tous les poncifs et les discours de sens commun qui parlent d'objectivité sans afficher de valeurs, de philosophie de travail, de projet, d'utopie éducative pourtant sous-jacentes. Il est donc totalement impossible au professionnel de s'en émanciper. Reconnaître cette évidence et en être conscient semble sûrement un des meilleurs moyens de fonder des décisions sur des bases solides. Chercher à s'émanciper de ses représentations, c'est, il me semble, ce qui arrive à tous ces travailleurs sociaux qui se considèrent et se décrivent comme des « techniciens du social », capables d'objectiver une relation, utilisant des discours empreints de « neutralité » d'où aucune représentation (trace affective concernant l'objet du travail) ne transparaît, ni même ne transpire…
Comment faire alors pour prendre de la distance à l'égard de ces représentations ?
Mettre à distance… Ce n'est pas l'option que je prendrais… Je dirais plutôt faire avec et ne pas les ignorer… J'ai trop peur que prendre de la distance à leur égard puisse devenir synonyme de neutralité ou d'objectivité. Une connaissance approfondie de soi-même est un véritable avantage lorsqu'il s'agit de mettre en commun et de partager. Ceci peut permettre alors de réfléchir sur les ambiguïtés, les paradoxes, les ambivalences des postures professionnelles et des pratiques sociales qui s'effectuent en direction des usagers et qui sont influencées par les représentations. L'espace où peuvent se travailler ces représentations, c'est l'équipe qui, au travers des désaccords et de la mise en commun des images mentales qu'elle peut permettre, met en évidence les différentes influences, vision, éducation, pratiques de chacun… Ce travail met en demeure chaque travailleur social de mettre au grand jour son incontournable subjectivité, indispensable à la recherche de complémentarités éducatives et professionnelles. Les représentations doivent, à mon humble avis, être ou devenir l'objet d'un travail institutionnel où chacun amènera du personnel au service de l'institutionnel, où le projet collectif n'est normalement rien d'autre que l'expression de représentations communes collectivement élaborées. Le danger que l'on rencontre souvent dans les discours de chefs d'établissements, c'est que le personnel (privé et intime) doit rester au dehors ; au vestiaire comme disent certains. Or, sans représentations, aucun travail social n'est envisageable, puisque de cet espace psychique naissent les notions de projet, les conceptions et les valeurs relatives à toute action éducative.
Propos de David Bouaziz (docteur et chercheur en sciences de l'éducation et directeur général de l'association gestionnaire de l'institut de formation d'éducateurs de Normandie au Havre) recueillis par Jacques Trémintin
Lien Social n° 824, 18 janvier 2007
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