Languedoc-Roussillon, 5 décembre 2009, épreuve d'admission, éducateur spécialisé, éducateur de jeunes enfants

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Consignes
Epreuve n°1 : résumé de texte
Résumez le texte en 260 mots (une marge de 10 % en plus ou en moins est admise).
Indiquez à la fin de votre résumé le nombre exact de mots(1) employés (20 points).
Objectif : évaluer votre capacité de synthèse.
Critères de notation :
  • compréhension du texte ;
  • fidélité au texte ;
  • respect des consignes.
Epreuve n°2 : questions de réflexion sur l'actualité
Choisissez deux questions parmi les trois proposées (10 points chacune) :
1. la fragilité de l'emploi ne relève pas seulement de la nature du contrat mais aussi des conditions de travail ;
2. grippe A et vaccination : difficile confiance ?
3. les Nations unies appellent à la prise en compte de la question démographique lors du sommet de Copenhague.
En vous appuyant explicitement sur les éléments que vous avez relevés dans l'actualité :
  • dégagez les axes de réflexion ;
  • construisez et développez votre argumentation en une quarantaine de lignes pour chaque question.
N'oubliez pas de noter le numéro de la question choisie.
Objectif : évaluer votre capacité à structurer une réflexion sur les questions de société présentes dans l'actualité.
Critères de notation :
  • énoncé d'éléments d'actualité pertinents ;
  • dégagement d'axes de réflexion ;
  • argumentation construite et développée sur ces axes.
Durée : 2 heures 45 pour réaliser les deux épreuves : faire le résumé de texte et répondre aux questions de réflexion sur l'actualité.
Pour ces deux épreuves, il sera tenu compte du style et de l'orthographe.
Texte
Menaces sur la démocratie
Il y a urgence à défendre les libertés individuelles face à un Etat tenté par l'abus de pouvoir et le mélange des genres.
Les démocraties sont sorties victorieuses de leur affrontement avec le totalitarisme, et elles ne sont pas vraiment mises en danger par les théocraties qui s'installent ici ou là. En revanche, elles sont menacées par des dérives qui proviennent de l'intérieur d'elles-mêmes.
La démocratie libérale repose sur deux principes, deux formes d'autonomie. La souveraineté du peuple d'une part, qui assure l'égalité de tous les citoyens et la défense du bien commun. La liberté des individus d'autre part, à l'intérieur d'une sphère soustraite à tout contrôle collectif. Si ces principes ne s'opposent pas directement, des tensions naissent parfois entre eux. Et pour cause : le pouvoir du peuple est remis entre les mains de ses dirigeants, or ceux-ci sont des êtres humains comme les autres. Montesquieu, premier représentant de la pensée libérale en France, mettait déjà en garde : « C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. »
Pour pallier ce danger, les démocrates ont favorisé un double pluralisme. Celui des partis garantissant la diversité des opinions politiques ; et celui des autorités qui, en s'incarnant dans des institutions autonomes, se limitent mutuellement. L'abus de pouvoir consiste à le monopoliser. On en a vu une illustration avec la précédente administration américaine, qui, au nom de la raison d'Etat, en était venue à légaliser la torture. En France, les menaces sur la démocratie prennent une autre forme.
L'exemple classique de cet abus, c'est la tentation du pouvoir exécutif d'orienter la pratique de la justice. Ainsi, on a vu le président de la République engager des poursuites judiciaires dans un procès (celui de l'« affaire Clearstream »), devenant ainsi simultanément juge et partie. « Je fais confiance à la justice », a-t-il déclaré pour témoigner de son impartialité, mais il aurait pu ajouter : d'autant plus que la carrière des juges dépend directement de moi ! Le président de l'Union syndicale des magistrats ne pouvait que constater à regret : « La politique a repris ses droits sur la justice. »
L'autonomie des grands médias par rapport au pouvoir exécutif n'est pas moins indispensable. La France n'a pas atteint le degré de confusion entre ces instances que connaît l'Italie, où le président du conseil contrôle plusieurs chaînes de la télévision publique, tout en possédant quelques chaînes privées… Toutefois, en vertu d'une récente modification des règles, c'est le gouvernement, et non une instance autonome, qui choisit les dirigeants des médias publics. La justification de ce changement est cocasse : c'est, dit-on, pour éviter l'hypocrisie, car de toute façon l'instance « autonome » obéissait déjà aux ordres ! L'on sait bien que l'hypocrisie est un hommage rendu par le vice à la vertu, mais on peut l'éliminer de deux manières opposées : soit en laissant le vice s'afficher, soit en essayant de l'écarter.
Pour rester fidèle aux principes de la démocratie, le pouvoir exécutif doit préserver l'autonomie non seulement des autres pouvoirs, mais aussi de certaines activités, telle la recherche de connaissance. Condorcet, autre représentant de la pensée libérale, formulait ainsi cette exigence à l'époque de la Révolution : « La puissance publique n'a pas droit de décider où réside la vérité, où se trouve l'erreur. » Cet interdit s'est trouvé transgressé à l'occasion de l'« affaire Geisser », pendant l'été. Vincent Geisser, chercheur au CNRS, a entamé une enquête sur les enseignants issus des migrations maghrébines. En 2007, la direction administrative lui demande d'interrompre ses recherches ; on découvre à cette occasion qu'au CNRS un « fonctionnaire de sécurité et de défense » est chargé de surveiller toutes les recherches sociologiques et sociopolitiques jugées « sensibles », et notamment celles concernant l'islam. On apprend aussi que ce type d'intervention n'est pas exceptionnel.
Les principes de morale acceptés par tous représentent également une limite à l'exercice du pouvoir politique. Benjamin Constant, autre classique de la pensée libérale, affirmait au début du xixe siècle : « Toute loi qui ordonne la délation n'est pas une loi ; toute loi portant atteinte à ce penchant qui commande à l'homme de donner un refuge à quiconque lui demande asile n'est pas une loi. » Or l'article L.622-1 du code des étrangers stipule que toute persone qui fournit une aide à un étranger dont les papiers ne sont pas en règle, serait-ce en lui offrant un repas, est passible de cinq ans de prison et de 30 000 euros d'amende. Et, malgré les dénégations du ministère de l'identité nationale, cette menace est bel et bien mise à exécution, pour décourager toute aide à ces indésirables.
Le pluralisme peut-être le plus important pour le bon fonctionnement de la démocratie est celui qui repose sur l'indépendance mutuelle du politique et de l'économique. Cette exigence impose d'abord aux dirigeants politiques une hygiène morale. Leur pouvoir et leur visibilité ont comme contrepartie des obligations plus strictes que celles des citoyens ordinaires : leur conduite doit être exemplaire ; ils ne doivent pas s'exposer au soupçon de partialité ou de complicité avec les puissances économiques ou travailler simultanément ici et là ; il ne faut pas que les membres proches de leur famille profitent de leurs privilèges d'un côté pour s'assurer des avantages de l'autre. La globalisation fait que les acteurs de la vie économique échappent au contrôle des gouvernements locaux : à la première entrave, l'entreprise multinationale déplace ses usines dans un pays plus accueillant. A l'intérieur de chaque pays, l'idéologie ultralibérale ne laisse pas davantage de place à l'action politique. En théorie, nos institutions restent fidèles aux principes démocratiques ; en pratique, il leur arrive d'être transformées en simples façades d'un pouvoir absolu et personnalisé. Comment, ensuite, exiger des habitants des cités ce que n'incarnent pas les dirigeants du pays ? La démocratie repose sur un équilibre fragile entre les composantes de la société ; en ce moment, des signes nombreux indiquent que cet équilibre est mis en danger.
D'après un texte de Tzvetan Todorov, historien des idées et essayiste
Le Monde, novembre 2009
(1)est considéré comme mot tout signe ou ensemble de signes typographiques séparés par une espace. Exemple valant pour 1 mot : maison, l', la
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