Languedoc-Roussillon, 6 novembre 2004, épreuve d'admission, assistant de service social, éducateur spécialisé, éducateur de jeunes enfants, résumé de texte

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Consignes
Résumez le texte en 180 mots (une marge de 10 % en plus ou en moins est admise).
Indiquez à la fin de votre résumé le nombre exact de mots(1) employés.
Objectif : évaluer votre capacité de synthèse.
Critères de notation :
  • compréhension du texte ;
  • fidélité du texte ;
  • respect des consignes.
Pour cette épreuve, il sera tenu compte du style et de l'orthographe. Vous serez noté sur 20.
Texte
Travailleurs de tous les pays, détendez-vous !
La caractéristique la plus remarquable du travail à l'époque moderne n'a rien à voir avec les ordinateurs, l'automatisation ou la mondialisation, mais bien plutôt avec la conviction, largement répandue dans le monde occidental, que notre travail doit nous rendre heureux.
Le travail a été au centre de toutes les sociétés au cours de l'Histoire ; mais la nôtre – particulièrement en Amérique – est la première à suggérer qu'il peut être autre chose qu'une punition ou une pénitence, à suggérer qu'un être humain sain d'esprit peut vouloir travailler même s'il n'est pas financièrement tenu de le faire.
Nous sommes aussi les premiers à accepter l'idée que le choix de notre profession définit ce que nous sommes, si bien que la question essentielle que nous posons aux gens dont nous faisons la connaissance ne concerne pas leur lieu d'origine ou l'identité de leurs parents, mais plutôt ce qu'ils font dans la vie – comme si cela seulement pouvait révéler à coup sûr ce qui confère à une existence son caractère distinctif.
Il n'en a pas toujours été ainsi. La civilisation gréco-romaine avait tendance à considérer le travail comme une corvée qu'il valait mieux laisser aux esclaves. Pour Platon et Aristote, on ne pouvait être content de son sort que si l'on jouissait d'une fortune personnelle et pouvait ainsi échapper aux tâches communes et se consacrer librement à l'étude des questions philosophiques et morales.
Le christianisme eut pendant quelques siècles une conception tout aussi morose du travail, ajoutant l'idée encore plus sinistre que l'homme était condamné à trimer afin d'expier le péché originel. Le travail était l'un des piliers sur lesquels reposait irrévocablement la souffrance terrestre.
Les premiers signes d'une attitude moderne et plus optimiste à l'égard du travail peuvent être détectés dans les cités italiennes de la Renaissance et en particulier dans les biographies des artistes de cette époque. On trouve dans le récit des vies d'hommes tels que Michel-Ange et Léonard de Vinci certaines des idées maintenant familières sur ce que notre labeur peut représenter idéalement pour nous : une façon d'accéder à l'authenticité et à la gloire. Plutôt que d'être un fardeau ou un châtiment, le travail artistique peut nous permettre de transcender nos limites ordinaires. Bien sûr, cette nouvelle conception du travail ne s'appliquait alors qu'à une élite créative mais elle se révéla être le modèle de toutes les définitions ultérieures du bonheur dans et par le travail. Ce ne fut pas avant la fin du xviiie siècle que ce modèle fut étendu au-delà du domaine artistique. Dans les écrits de penseurs bourgeois tels que Benjamin Franklin, Diderot et Rousseau, nous voyons que le travail est redéfini non seulement comme un moyen de gagner de l'argent, mais aussi comme une façon de se réaliser plus pleinement soi-même.
Au cours du xixe siècle, de nombreux penseurs chrétiens adoptèrent en conséquence une attitude radicalement différente à l'égard de l'argent. Certains protestants américains suggérèrent que Dieu voulait que ses adeptes réussissent à la fois temporellement et spirituellement ; les fortunes en ce monde prouvaient qu'on méritait une bonne place dans l'autre.
Bien que cela tout cela puisse avoir l'apparence d'un progrès, le fait est que l'attitude moderne envers le travail nous a involontairement causé des problèmes. Aujourd'hui, on revendique au sujet de presque toutes les sortes de travail des choses qui ne correspondent manifestement pas à ce que la réalité peut fournir. Oui, certains emplois sont assurément très satisfaisants en ce qu'ils permettent de s'épanouir, mais la plupart ne le sont pas et ne peuvent pas l'être. Nous serions donc bien avisés d'écouter quelques unes des voix pessimistes de la période pré-moderne, ne serait-ce que pour cesser de nous tourmenter de ne pas être aussi heureux dans notre travail qu'on nous a dit que nous pourrions l'être. William James a exposé un argument pertinent au sujet de la relation entre le bonheur et ce qu'on espère. Il a soutenu que l'estime de soi n'exige pas qu'on réussisse dans tous les domaines. Nous ne sommes pas toujours humiliés par l'échec ; nous ne sommes humiliés que si nous plaçons d'abord notre fierté et le sentiment de notre valeur dans l'accomplissement d'une tâche ou d'un projet, et échouons. Nos objectifs déterminent ce que nous considérerons comme un triomphe et ce qui devra être tenu pour un échec : « sans tentative il ne peut y avoir d'échec, et sans échec d'humiliation. » Donc l'estime de soi en ce monde est déterminée par le rapport entre nos réalisations et nos potentialités supposées.
S'il est si difficile à présent d'être heureux dans son travail, c'est peut-être parce que nos espérances et nos prétentions ont tellement dépassé la réalité.
Alain de Botton
D'après un article du Monde de septembre 2004.
(1)Est considéré comme mot tout signe ou ensemble de signes typographiques séparés par un espace. Exemple valant pour 1 mot : maison, l', la
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