Languedoc-Roussillon, 18 novembre 2006, épreuve d'admission, assistant de service social, éducateur spécialisé, éducateur de jeunes enfants, résumé de texte

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Consignes
Résumez le texte en 241 mots (une marge de 10 % en plus ou en moins est admise).
Indiquez à la fin de votre résumé le nombre exact de mots(1) employés.
Objectif : évaluer votre capacité de synthèse.
Critères de notation :
  • compréhension du texte ;
  • fidélité du texte ;
  • respect des consignes.
Pour cette épreuve, il sera tenu compte du style et de l'orthographe. Vous serez noté sur 20.
Texte
Comment gérer l'épreuve du chômage ?
Il n'est pas un jour où une entreprise ne ferme ses portes, où des personnes ne se fassent renvoyer, où des chômeurs ne se voient refuser un emploi. Depuis plus de 30 ans, le chômage rythme le quotidien de beaucoup d'entre nous. Pour certains, cette situation est devenue une fatalité, pour d'autres, c'est un passage avant des jours meilleurs. Pourtant, on entend souvent dire ou insinuer que si les chômeurs le voulaient vraiment, ils pourraient retrouver du travail. Une étude réalisée en 2003 par Bengt Furäker et Marianne Blomsterberg, de l'Université de Göteborg, en Suède, sur des travailleurs et des chômeurs en témoigne. Bien que 60 % des personnes ayant répondu à cette enquête reconnaissent que la situation économique est la cause principale du manque d'emploi, 73 % d'entre eux considèrent que si les chômeurs le voulaient vraiment, ils retrouveraient du travail. Il est courant de rendre les personnes sans emploi responsables de leur situation. Toutefois, ce faisant, on néglige le contexte économique et social responsable du chômage, et on perd de vue que le chômage est une expérience difficile, voire dramatique, pour les individus touchés.
L'ensemble des recherches réalisées en psychologie indique que la situation du chômage est vécue comme une épreuve qui s'accompagne de stress et d'anxiété, mais également d'un profond sentiment de honte et de culpabilité. Les chômeurs se sentent inutiles, vivant au crochet de la société et incapables, malgré leurs efforts, de retrouver un emploi. La résignation s'installe, laissant bon nombre d'entre eux au ban du monde professionnel. Les personnes privées d'emploi ont systématiquement des indicateurs de santé mentale et physique inférieurs aux scores des actifs.
Ces personnes présentent souvent une détresse mentale et des signes de dépression, ont plus de difficultés à se concentrer et à prendre des décisions, et souffrent plus de surmenage et de troubles du sommeil que les travailleurs. Ainsi, des études réalisées à différents intervalles de temps ont mis en évidence que le bien-être décline à mesure que les individus passent de la situation de travail à celle de chômage et augmente dans le cas inverse. Ces effets sont d'autant plus puissants que la durée du chômage s'allonge.
Pourquoi la situation de chômage est-elle à ce point destructrice pour la santé mentale ? La réponse à cette question tiendrait aux fonctions que remplit le travail. À l'instar d'autres activités, l'emploi combine un ensemble de fonctions qui seraient bénéfiques pour l'individu. Tout d'abord, ne pas avoir d'emploi signifie ne plus disposer de son salaire habituel. Ce manque à gagner entraîne de nombreuses restrictions difficiles dans la vie quotidienne et rend les personnes concernées dépendantes des organismes d'assurance-chômage. Toutefois, l'emploi ne se résume pas au seul aspect financier. Il permet de répondre à d'autres besoins. Ainsi, il offre une structure temporelle : les horaires, les jours de congé et de travail fournissent des repères aux travailleurs. De surcroît, il les fait sortir de la sphère privée et les conduit à confronter leur vision du monde avec la réalité sociale. Il développe leur sentiment d'utilité. La personne devient le témoin de ses propres capacités et de ses talents. Mais, par-dessus tout, l'emploi définit une position et un statut dans la société.
Être chômeur signifie appartenir à un groupe de moindre valeur, un groupe stigmatisé. Jean-Claude Croizet, du laboratoire de psychologie sociale et cognitive de l'Université de Poitiers, et Jacques-Philippe Leyens, de l'Université catholique de Louvain, en Belgique, définissent le stigmate comme « une caractéristique associée à des traits et stéréotypes négatifs qui font en sorte que ses possesseurs subiront une perte de statut et seront discriminés au point de faire partie d'un groupe particulier ; il y aura "eux", qui ont une mauvaise réputation, et "nous" les normaux ». On en déduit quatre éléments définissant la stigmatisation : la possession d'un attribut négatif, l'existence d'un stéréotype négatif à l'encontre du groupe, le rejet et la discrimination et, enfin, le fait que l'identité sociale du groupe soit perçue comme négative par les membres du groupe (pas seulement par ceux qui n'en font pas partie). Rappelons qu'un stéréotype représente l'ensemble des traits attribués à un groupe.
Or ces différents éléments caractérisent le groupe des personnes sans emploi. Tout d'abord, être chômeur signifie ne pas disposer d'un des attributs les plus valorisés de notre société, à savoir un emploi. Bien que l'importance du travail ait connu quelque remise en question, il n'en reste pas moins qu'il demeure une valeur première permettant aux individus de se définir au sein de nos sociétés méritocratiques. Autrement dit, la reconnaissance sociale passe forcément par une reconnaissance professionnelle.
Ensuite, les chômeurs ont conscience d'appartenir à un groupe particulier, mais la majorité d'entre eux déclarent ne pas aimer en faire partie. Cela est probablement dû au fait qu'un stéréotype négatif lui est associé. Qui n'a jamais pensé que les chômeurs étaient oisifs et se complaisaient dans leur situation ! Ce stéréotype est à ce point répandu que les chômeurs eux-mêmes l'ont intégré : quand on les interroge sur la vision que la société a d'eux, ils répondent qu'ils sont perçus comme des « fainéants, incompétents et apathiques ». Ce stéréotype n'est pas sans influence sur les chômeurs. D'une part, il influe sur leurs interactions avec les travailleurs en ce sens que les individus privés d'emploi se sentent souvent réduits au stéréotype du chômeur comme si, en raison de leur appartenance, ils avaient perdu leurs spécificités. D'autre part, ce stéréotype participe au maintien des chômeurs dans leur situation de non-emploi. En effet, le stéréotype de chômeurs déclenche des mécanismes qui, non seulement, entravent les performances intellectuelles des chômeurs, mais émoussent également leur envie d'entreprendre des recherches d'emploi ou de participer à des activités culturelles. En d'autres termes, le stéréotype du chômeur est un frein à l'insertion sociale et professionnelle des personnes sans emploi.
D'après un texte de David Bourguignon et Ginette Herman
Cerveau et psycho, n° 18, Bimestriel novembre - décembre 2006
(1)Est considéré comme mot tout signe ou ensemble de signes typographiques séparés par un espace. Exemple valant pour 1 mot : maison, l', la
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