Nord Pas-de-Calais, 20 février 2007, épreuve d'admission, éducateur spécialisé

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Consignes
1. Vous résumerez le texte en 120 mots (une marge de 10 % en plus ou en moins est admise). Au-delà ou en deçà de cette marge, vous vous exposez à une note éliminatoire (10 points).
Vous indiquerez à la fin de votre résumé le nombre de mots que vous aurez utilisés. Tous les mots comptent (par exemple : « c'est-à-dire » compte pour 4 mots ).
2. A partir du point de vue de l'auteur, vous ferez l'analyse des difficultés rencontrées par les personnes en situation de précarité et sur la proposition de créer des cliniques psychosociales.
Vous développerez votre argumentation personnelle (10 points).
Durée : 3 heures.
Texte
« Les dimensions psychiques de la précarité »
Les prémices de l'observatoire débutent en 1993, avant sa fondation en 1996 ; il s'agissait de répondre à la demande de certains travailleurs sociaux confrontés à des catégories de la population socialement précaires (chômeurs de longue durée, Rmistes…) qui connaissaient des difficultés psychologiques. Ces personnes ont été orientées par les travailleurs sociaux vers les centres médico-psychologiques, mais les psychiatres, les psychologues, les infirmières ne savaient pas vraiment quoi faire : ces personnes ne demandaient rien et ne relevaient pas de pathologies classiques.
Confrontés à ces nouvelles souffrances, les professionnels se sentaient incompétents. Notre mission a donc été d'abord d'articuler le social et le psychique, cherchant à comprendre et à produire des théories qui rendent compte des pratiques émergentes avant de les promouvoir.
Pour ce faire, nous travaillons avec les acteurs de terrain et leurs hiérarchies.
L'idée d'une clinique psychosociale appréhende la souffrance psychique qui arrive sur les lieux du social. La grande caractéristique de cette souffrance est qu'elle ne fait pas l'objet d'une demande directe. Ces gens vont mal mais ne sollicitent pas une aide psychologique alors que, manifestement, il y a une dégradation de leur existence tant sur le plan social que personnel et familial.
La clinique psychosociale se donne pour tâche d'aider les personnes dont les difficultés psychologiques se présentent comme un obstacle au travail social en terme d'insertion ou de réinsertion.
Une autre caractéristique de la clinique psychosociale est son indétermination : des travailleurs sociaux écoutent la souffrance alors que ce ne sont ni des psychologues ne des psychanalystes, tandis que des psychologues ou des psychiatres sont sollicités pour des difficultés de logement ou de travail social, alors qu'ils ne sont en principe pas là pour ça.
La clinique psychosociale modifie les pratiques : les professionnels se doivent d'accepter pendant un temps d'être un peu décalés et d'accueillir des gens tels qu'ils se présentent. Vous avez des personnes qui entrent dans une spirale infernale, qui les conduit à ne plus pouvoir « souffrir leur souffrance ». C'est ce que nous appelons avec Christian LAVAL « les pathologies de la disparition ». Le syndrome d'auto exclusion en est la forme la plus grave. Ce syndrome touche généralement des gens socialement précaires (mais pas nécessairement) qui, face à une souffrance psychique, intolérable, se coupent de leur souffrance et donc d'eux-mêmes. Il y a alors une érosion de la capacité de penser et de sentir ses émotions ; pour ne pas souffrir, certains anesthésient jusqu'à leur propre corps. On observe également une rupture active avec la famille et les proches parce que le lien social les fait souffrir.
Jean Furtos, psychiatre
Extrait d'un article paru dans la revue Sciences Humaines n° 168, février 2006
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