Nord Pas-de-Calais, 26 janvier 2009, épreuve d'admission, éducateur spécialisé

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Consignes
1. Vous résumerez le texte en 100 mots (une marge de 10 % en plus ou en moins est admise). Au-delà ou en deçà de cette marge, vous vous exposez à une note éliminatoire (10 points).
Vous indiquerez à la fin de votre résumé le nombre de mots que vous aurez utilisés. Tous les mots comptent (par exemple : « c'est-à-dire » compte pour 4 mots ).
2. Quels sont les avantages et limites du Net dans une pratique d'éducateur ?
La correction prendra en compte la qualité de l'argumentation (10 points).
Durée : 3 heures.
Texte
L'éducateur à l'épreuve du Net
A entendre les politiques et à écouter les nouveaux « médiologues », les technologies de l'information et de la communication (TIC) devaient être à l'origine d'une nouvelle ère du développement de l'humanité.
Loin des grands discours et des belles paroles, des transformations s'opèrent, mais de façon sans doute moins spectaculaire que celle annoncée, et touchent aussi le champ du travail social…
Le village planétaire induit par la world wild wide (la toile ou Internet) n'est pas qu'une illusion ; la technologie, une fois encore dans l'histoire de l'humanité, opère une modification radicale du rapport humain à l'espace et au temps. En philosophe averti, Michel Serres explique que cette révolution n'est ni nouvelle ni surprenante (http://interstices.info/expose-serres) ; elle est, tout simplement. Et elle est ce qui pousse l'humanité dans son cheminement vers un niveau toujours plus élevé de liberté, avec des effets de bien (le Net participe indéniablement aux progrès de la démocratie) et des effets de mal (le Net contribue tout aussi indéniablement à fragiliser l'écologie de la planète et les économies mondiales). Mais la technologie de l'Internet, avec ses machines et ses logiciels, est désormais si bien installée au cœur des habitudes de vie de l'homme moderne qu'il serait vain de penser pouvoir revenir sur cette avancée-là. Alors, il reste aux hommes à inventer les usages et les postures adaptés qui lui permettront de sauvegarder les équilibres nécessaires à la vie, la leur et celle de leur environnement.
La tâche est rude car plus les pouvoirs dégagés par les technologies augmentent la capacité d'influence (bonne ou mauvaise) de l'homme sur la nature et plus la réflexion éthique se fait urgente et exigeante. Celle-ci concerne tous les secteurs de l'activité humaine y compris le travail social : « Le développement de l'informatisation et des technologies associées est un acquis qui s'impose à tous les secteurs de la société… C'est un enrichissement pour les citoyens, professionnels et institutions », affirmait le Conseil supérieur du travail social dans l'un de ses rapports. Il précisait par ailleurs que l'on « […] ne peut interroger la place des nouvelles technologies sans interroger en même temps les pratiques professionnelles et leurs évolutions » (NTIC et travail social, rapport du CSTS, DGAS décembre 2000). Moins de dix années plus tard, même si la révolution technologique annoncée ne s'est pas produite, force est de constater que sous la poussée des TIC les pratiques des éducateurs évoluent de façon conséquente.
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Le portable, allié ou ennemi de l'éducateur ?
Dans leur pratique quotidienne, les éducateurs doivent prendre en compte l'avancée des technologies et de leurs usages par les publics qu'ils accompagnent ; pour le meilleur et pour le pire.
Le pire, nous confie ce chef de service de l'association du Prado est la vigilance que doivent avoir désormais les éducateurs à l'égard des téléphones portables et de leur usage sur les lieux de vie. En effet, ces derniers sont désormais quasi systématiquement associés à des appareils photographiques avec lesquels les jeunes peuvent filmer ou photographier à l'insu des personnes concernées des séquences de vie intime, des disputes ou autres rapports de force. Et ces clichés peuvent facilement et rapidement circuler à l'intérieur ou à l'extérieur des structures et services par le biais d'Internet ; lequel est, lui aussi, directement connecté au portable. Mais il est bien difficile de condamner l'usage de tels appareils lorsque dans le même temps ils deviennent, pour ces mêmes jeunes en difficulté, des vecteurs de propagation de savoirs et des supports d'apprentissage. Associés à d'autres services, telle que la réception d'informations journalistiques ou de savoirs utiles aux apprentissages de la vie quotidienne par le biais de connexions Internet, les téléphones portables deviennent des instruments au service du développement de la personne.
Ainsi au mois de mai 2006, au 7e colloque européen sur l'autoformation, organisé à l'Ecole nationale des formations agricoles de Toulouse (Enfa), Albert Bandura a fait la brillante démonstration de l'utilisation des portables comme support d'apprentissage par des publics en rupture avec les modèles classiques d'apprentissage. Ces travaux sont confirmés par une expérience similaire menée en région Rhône-Alpes par plus d'une dizaine de structures de formation réunies au sein d'un projet européen (Equal) de retour vers la formation des publics en difficulté d'insertion professionnelle (parmi eux des jeunes en rupture de lien social et des jeunes déficients intellectuels).
Les résultats de ces expérimentations ont fait l'objet d'une publication remarquée : « la formation ouverte et à distance, une modalité pertinente pour les publics à distance de la formation ? »(www.paecritt.fr). Il s'agit donc moins d'interdire les TIC aux publics accueillis que de réguler leur utilisation. Mais si les technologies font leur entrée dans le champ du travail social par les publics, elles le font tout autant, et avec une intensité croissante, par le biais des outils professionnels.
L'exemple le plus spectaculaire vient sans doute du département des Côtes d'Armor qui annonce l'achat de portables : « Le département des Côtes d'Armor équipe ses quatre cents travailleurs médico-sociaux d'ordinateurs portables communicants et sécurisés dans le cadre du projet ESTRAN (Equipement Spécialisé pour le Travail Nomade). Projet unique en France, c'est une véritable révolution de l'outil de travail des travailleurs sociaux », affirme le dossier de presse.
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Rien de plus nomade effectivement dans sa fonction et dans ses objectifs qu'un éducateur en milieu ouvert ou en prévention. Et c'est bien une nouvelle façon d'habiter professionnellement l'espace et le temps qui s'offre ici par le biais des TIC, avec sans aucun doute leurs avantages et leurs inconvénients. Une évolution similaire s'enclenche aussi dans les institutions, plus immobiles, que sont les internats de vie ou les structures d'accueil pour personnes vieillissantes ou polyhandicapées. A cet égard, les maisons d'accueil spécialisés (MAS) ou les foyers d'aide médicalisée (FAM) ne sont pas les dernières à adopter les TIC dans le cadre des pratiques au quotidien ; ici et là, ce sont les cahiers de liaison qui ont abandonné le support papier pour intégrer l'écran et le réseau intranet. Ce changement d'outil interrogeant de nouveau les modalités de partage des informations le rapport à la confidentialité. Toutefois ce serait faire un très mauvais procès aux TIC que de les soupçonner de complicité de trahison du secret professionnel ! L'outil ne peut rien à lui tout seul. Par ailleurs, l'usage des TIC dans les structures accueillant des personnes grandement dépendantes amène les professionnels qui y travaillent, lesquels relèvent en grand nombre de niveau de qualification IV et V, à se familiariser et à maîtriser ce type de technologie… au même titre que les assistants sociaux et les éducateurs spécialisés. Et avec les mêmes facilités ou difficultés. Se pose alors immanquablement la question de l'intégration des TIC dans les processus de formation.
Les navigateurs de l'éducation spécialisée
« Au cours des vingt dernières années, le monde a produit plus d'informations que durant les cinq mille précédentes années… », écrit Ignacio Ramonet dans le Monde diplomatique du mois de mai 2002. Tout ce qui relève du domaine de l'information ou de la mise à disposition de données brutes se trouve désormais sur Internet… et qui plus est de façon gratuite. Ainsi, et pour ce qui concerne le champ du travail social, les principaux journaux spécialisés (Lien Social et ASH) diffusent de l'information sur leur site ; et aussi, les revues et les maisons d'édition des sciences humaines, les grandes fédérations associatives, le département juridique du gouvernement français, les collectivités territoriales, les organismes d'allocation familiale ou d'aide sociale ! Tous ces espaces virtuels sont des vecteurs de propagation de savoirs constitutifs des métiers d'éducateurs en particulier et de travailleurs sociaux en général. De façon indéniable, Internet participe de l'immense élan de démocratisation de l'accès aux savoirs impulsé au cours de la seconde moitié du xxe siècle. Mais de « l'accès aux savoirs » à « la construction de connaissances » il y a tout un fossé ! Et par conséquent, aider le plus grand nombre à le franchir sera sans aucun doute le défi majeur imposé aux dispositifs de formation au tout début de ce xxie siècle.
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Sinon, le recours à la toile comme simple lieu ressource restera l'usage minimaliste réservé aux individus les moins formés à la technologie et les moins performants sur le plan cognitif ; les TIC reproduiront alors cette même fracture sociale déjà repérée lors de toutes les précédentes révolutions technologiques qui sont venues modifier la distribution des savoirs (une des plus communément repérées étant l'imprimerie). Puisqu'il ne suffit plus d'avoir des savoirs pour être savant, et puisque ce passage de l'avoir à l'être est au cœur de la complexité des temps modernes, alors l'usage des TIC réactualise dans le champ de la formation les réflexions impulsées dès l'orée du xviiie siècle par Condillac (l'un des tout premiers auteurs de cette belle formule « apprendre à apprendre ») et poursuivie au xxe siècle par les pédagogues de l'éducation nouvelle. Les centres de formation en travail social ne peuvent pas sciemment rester en marge d'un tel mouvement. Ils sont quelques uns à tenter l'aventure ; et parmi eux, certains intègrent déjà la formation ouverte à distance dans leur dispositif de certification notamment par le biais de la plateforme Spiral (http://www.adea-formation.com). Quant à l'Aforts, l'une des associations représentatives des centres de formation, elle crée une commission d'étude dans ce domaine… même si d'aucuns jugent encore suspect l'introduction des « machines » dans le champ des métiers de l'humain.
Philippe Gaberan
Lien social n° 878, 22 mars 2008
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