Normandie, janvier 2014, épreuve d'admissibilité, Conseillers en Économie Sociale Familiale

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Énoncé

Consignes
Le dossier proposé est composé d'un extrait d'une interview de Christophe Dejours par Stéphane Lauer, Le Monde, 22 juillet 2007.
Questions
I. Compréhension de texte (8 points)
1.1 
Expliquez : « Le suicide est l'aboutissement d'un processus de délitement du tissu social qui structure le monde du travail. » (4 points)
1.2 
Expliquez : « Elle doit reposer également sur "le vivre ensemble" ». (4 points)
II. Maîtrise de la langue (2 points)
Donnez la définition des mots suivants :
  • Division du travail
  • Taylorisme
  • Tissu social
  • Convivialité
III. Travail d'écriture (10 points)
Vous souhaitez devenir travailleur social. Répondez à la question suivante :
Organiser le travail est-ce l'améliorer ?
Dans une discussion ordonnée et argumentée (introduction présentant une problématique, développement argumenté avec paragraphes, conclusion présentant une réponse claire), vous montrerez votre réflexion sur cette question.
Pour cette épreuve, il sera tenu compte de la présentation, de l'orthographe et de la syntaxe (de 0 à -5 points). Aucune feuille de brouillon ne sera acceptée.
Document
Interview de Christophe Dejours réalisé par Stéphane Lauer
Depuis quelques mois, on parle de plus en plus de cas de suicide au travail. (…) Comment expliquer ce phénomène ?
Il faut en chercher l'origine dans la division du travail poussée à l'extrême. Celle-ci est avant tout au service d'une méthode de gouvernement au sein des entreprises, qui estime que plus on a de pouvoir disciplinaire, de maîtrise des gens, plus on gagne en termes d'efficacité et de réactivité. Or, la meilleure façon de dominer, c'est de diviser les gens. Mais depuis la crise du taylorisme, les salariés se sont organisés, ils ont créé de la solidarité au travers de mutuelles, de syndicats, obtenu le droit de grève, des protections, toutes sortes de choses qui enquiquinent les entreprises, d'où la volonté de casser ces protections.
C'est ce qui explique la tendance à l'individualisation des postes de travail et d'évaluation permanente des performances ?
Tout a commencé dans les activités de services à la fin des années 1980. L'informatisation a été un moyen sans lequel on n'aurait jamais pu déployer le système d'organisation dont Taylor avait rêvé. Dès lors, le poste de travail permet d'enregistrer, voire d'espionner, tout ce qu'on fait et tout ce qu'on ne fait pas. C'est ce qui a permis de systématiser l'individualisation des performances, dont on constate aujourd'hui les effets. Les solidarités, les liens, les protections ont commencé à sauter.
À partir de là, quel mécanisme se met en place pour aboutir à la souffrance au travail, qui peut se traduire, dans sa phase ultime, en suicide ?
Le suicide est l'aboutissement d'un processus de délitement du tissu social qui structure le monde du travail. Une organisation du travail ne peut pas être réductible à une division et à une répartition des tâches, froides et rationnelles, évaluables à tout instant. Dans le réel, les choses ne fonctionnent jamais comme on l'avait prévu. Elle doit reposer également sur le « vivre ensemble ». Lorsqu'on se parle, qu'on s'écoute, qu'on se justifie autour d'un café, c'est là qu'on dit des choses qu'on n'évoque jamais dans un cadre plus institutionnel : on critique la hiérarchie, on parle de ce qui ne marche pas, de ce qui fait difficulté et de ce qui irrite, bref on fait remonter le réel, qui est souvent décalé par rapport à la façon dont le management voudrait que ça marche. C'est dans ces lieux de convivialité, informels, que se transmettent beaucoup de ces éléments qui permettent de renouveler les accords normatifs, constitutifs des règles de travail et de la coopération dans l'entreprise. Activité obligatoire et convivialité marchent de pair. C'est très important, parce que c'est dans ces moments que se construit le plaisir de s'accomplir, de se retrouver sur des enjeux communs, bref de vivre. C'est un processus extrêmement pacificateur des relations dans l'entreprise.
Extrait d'une interview de Christophe Dejours par Stéphane Lauer. Le Monde, 22 juillet 2007.

Corrigé

I. Compréhension de texte (8 points)
Document
1.1 
Il s'agit de montrer ici que le suicide est devenu « la seule porte de sortie » puisqu'il n'y a plus de lien social ni solidarité. Le candidat devra expliquer les mécanismes de cette souffrance.
1.2 Le candidat devra montrer en quoi le « vivre ensemble » relève d'une nécessité existentielle. Pourquoi ces lieux de partages sont-ils si importants pour la mise en perspective des enjeux communs et de l'accomplissement au travail ?
II. Maîtrise de la langue (2 points)
Division du travail : La division du travail est la décomposition d'une tâche au sein d'une entreprise en une série de tâches parcellaires, confiées à des individus spécialisés et souvent peu qualifiés. Elle a été l'un des facteurs importants du développement de l'économie et des gains de productivité dans les entreprises (voir Taylorisme)
Taylorisme : C'est une méthode d'organisation du travail consistant à rationnaliser chaque geste du travailleur en le stimulant par une rémunération appropriée.
Tissu social : Les rapports sociaux représentent la dimension qui détermine l'interaction entre les individus et entre les groupes. Cette interaction génère un tissu social sur lequel sont basées différentes expériences. On peut les considérer, par analogie avec la lutte des classes chez Karl Marx, comme les rapports de forces qui ont cours dans la société. Ils seraient une généralisation des rapports de forces de production à tous les rapports de la société.
Convivialité : Caractère chaleureux des relations entre les personnes au sein d'un groupe, d'une société.
III. Travail d'écriture (10 points)
Organiser le travail est-ce l'améliorer ?
Le candidat devra faire une introduction qui comprendra obligatoirement une problématique (une quinzaine de lignes).
Une argumentation organisée qui exposera la possibilité (ou la non possibilité) d'améliorer les conditions de travail grâce à une organisation efficace. Celle-ci relevant d'une planification efficiente basée sur une organisation humaniste fondée sur le respect et la dignité de la personne humaine. IL s'agira donc ici d'exposer qu'il est en effet possible d'améliorer les conditions de travail en agissant sur quatre axes :
  • L'organisation du travail,
  • La gestion des compétences,
  • L'encadrement,
  • Le dialogue social.
En développant ces quatre axes le candidat pourra montrer qu'il est possible de prévenir les risques professionnels en améliorant les conditions de travail ; mais également la perte du lien social, le suicide dans l'enceinte de son lieu de travail ou en dehors. Mais aussi de développer la gestion des compétences, de prendre en compte les évolutions de la population au travail (pénibilité, handicap, vieillissement, etc.)
Le devoir devra impérativement se terminer par une conclusion, de préférence en deux parties. La première résumera les acquis du développement et la seconde permettra au candidat de répondre à la question en argumentant rapidement sa réponse.
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