Poitou-Charentes, 9 décembre 2006, épreuve d'admission, assistant de service social, éducateur spécialisé, éducateur de jeunes enfants, résumé et argumentation

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Consignes
Résumez le texte en 12 lignes maximum.
Veuillez vous appuyer sur les questions suivantes pour argumenter votre point de vue (3 pages maximum)
1. Comment comprenez-vous le constat suivant : « Ni les hausses de la croissance économique nationale, ni les augmentations de revenus personnels n'ont beaucoup d'effet sur le bien-être personnel des citoyens »
2. Pensez-vous que l'on puisse résister à la « culture de consommation » ?
Pour cette épreuve, il sera tenu compte du style et de l'orthographe. Vous serez noté sur 20.
Texte
Matérialisme et Bonheur
L'argent ne fait pas le bonheur… La recherche psychologique récente a non seulement montré la vérité de cette maxime, mais a commencé à démontrer que quand les gens organisent leurs vies autour de la poursuite de la richesse leur bonheur peut même diminuer.
Les études sur les rapports entre le bonheur et la richesse matérielle des psychologues américains E. Diener et D. Myers, rapportées par l'American Psychological Association (APA) soulignent que « les individus sont plus heureux s'ils vivent dans les pays riches plutôt que dans les pays pauvres. Cependant, une fois qu'ils ont assez d'argent pour subvenir aux besoins de base comme la nourriture, un toit etc., l'argent ne contribue pas beaucoup à améliorer leur bonheur. Ni les hausses de la croissance économique nationale, ni les augmentations de revenus personnels n'ont beaucoup d'effet sur le bien-être personnel des citoyens. »
La recherche va plus loin en montrant que ceux qui « adhérent aux messages de la culture de consommation ressentent moins de bien-être personnel ». Selon une étude récente, les individus qui déclarent que « l'argent et la popularité sont relativement importants à leurs yeux obtiennent moins de satisfaction dans la vie, moins d'expériences d'émotions plaisantes et sont atteints de plus de dépression et d'anxiété. » Des résultats similaires ont été démontrés pour une variété de groupes d'âge et de populations à travers le monde. En outre, cette étude suggère que « la lutte pour la richesse nuit aussi aux relations sociales et favorise des comportements non écologiques. »
En réaction à cette réalité, on constate que beaucoup de gens essaient d'adopter un mode de vie qui leur permet de libérer du temps plutôt que de viser l'acquisition de biens matériels. Ils sont soutenus par l'idée que l'augmentation du temps libre apporte plus de bonheur et de sens à la vie…
La relation entre matérialisme et états mentaux est complexe. La recherche en psychologie ne détermine pas si le matérialisme réduit le bien-être ou si le manque de bien-être (ou de bonheur) alimente le matérialisme ou les deux. « Plusieurs facteurs peuvent expliquer le prix apparent de la poursuite de la richesse. Une importante tendance à consommer peut nuire en raison du temps prélevé aux situations favorisant le bonheur, comme les relations avec la famille et les amis ».
Les individus ayant de fortes valeurs matérialistes ont tendance à être orientés vers des buts qui conduisent moins au bien-être selon le Dr Tim Kasser(1). Il présente des études qui montrent que quand « les individus organisent leur vie autour de buts extrinsèques comme l'acquisition de biens, ils éprouvent moins de satisfaction dans leurs relations, ont une humeur moins bonne et davantage de problèmes psychologiques ». Il distingue les « buts extrinsèques, comme les possessions, l'image, le statut, les prix et la gloire, et les buts intrinsèques comme le développement personnel et le contact avec la communauté qui sont satisfaisantes en soi ». Il apparaît que les matérialistes ont souvent des attentes irréalistes par rapport à ce que des biens de consommation peuvent apporter à leurs relations, leur autonomie et leur bonheur. Ils croient que l'acquisition de biens va changer leur vie. Un exemple qui est donné est celui d'un homme qui souhaitait désespérément acquérir une piscine afin de pouvoir améliorer sa relation avec sa fille de 13 ans.
Étant donné que nous vivons tous dans la même culture de consommation, pourquoi certains d'entre nous développent-ils de fortes valeurs matérialistes alors que d'autres ne le font pas ? se sont demandés les psychologues. Une voie de recherche suggère que l'insécurité financière et émotionnelle serait un facteur important. « Lorsque les individus grandissent en étant maltraités par leurs parents, en vivant dans la pauvreté ou en devant faire face à la menace de la mort, ils s'adaptent souvent en devenant plus matérialistes ».
Une étude publiée dans Developmental Psychology en 1995 était la première à le démontrer : « les adolescents qui avaient les attitudes les plus matérialistes étaient les plus pauvres et ceux qui recevaient le moins d'affection de la part de leur mère ». Selon une autre étude en 2002, « les matérialistes les plus malheureux seraient ceux dont les valeurs matérialistes entreraient le plus en conflit et en contradiction avec d'autres valeurs. Ceux qui possèdent des valeurs "pro-sociales" (famille, communauté) importantes par exemple, vivent plus de stress que ceux qui ont peu de ces valeurs ».
Elisabeth Berthou
Courrier International, septembre 2005
(1)auteur du livre Le cher prix du matérialisme, MIT Press, 2002
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