Poitou-Charentes, 8 décembre 2007, épreuve d'admission, assistant de service social, éducateur spécialisé, éducateur de jeunes enfants, résumé et argumentation

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Consignes
Résumez le texte en 10 lignes maximum.
Veuillez donner votre avis sur le sujet (2 pages maximum) en vous appuyant par exemple sur les remarques suivantes :
« La connaissance du danger ne suffit parfois pas pour résister ».
« Si l'interdiction domine sur l'éducation, on aboutit à une infantilisation non respectueuse d'autrui ».
Pour cette épreuve, il sera tenu compte du style et de l'orthographe. Vous serez noté sur 20.
Texte
Tabac : de l'efficacité d'interdire
L'interdiction de fumer dans les lieux publics est effective en France depuis le 1er février 2007. Si cette mesure est salutaire sur le plan de la santé (600 000 décès prématurés par an sont imputés au tabac dans l'Union européenne, dont, en France, 66 000 par consommation et 5 000 par tabagisme passif), d'aucuns, fumeurs ou non, la considèrent comme une grave atteinte aux libertés individuelles.
Faut-il vraiment en passer, comme aux États-Unis et dans le nord de l'Europe, par cette mesure quasi totalitaire ? Placer un gendarme derrière chaque volute de fumée ? Ne vaudrait-il pas mieux promouvoir une éducation raisonnée et considérer le citoyen comme un sujet libre, conscient et responsable ? Utopie, répondent les experts. Si cela suffisait tous les comportements de prise de risque devraient en effet céder devant les propositions philanthropiques et savantes des éducateurs, qu'il s'agisse de la prévention du sida ou des accidents de la route, des dangers liés aux drogues, aux abus d'alcool ou à une mauvaise alimentation. Or il n'en est rien. Pourquoi ? Parce que le sujet « résiste », souligne Philippe Lecorps, professeur à l'École nationale de la santé publique de Rennes, « pour des raisons auxquelles le plus souvent lui-même n'a pas accès » et sans, pour autant, être forcément irrationnel. « Aucune raison ne pourra jamais, à elle seule et à coup sûr, empêcher l'homme d'agir à sa guise, insiste ce psychologue. Il faut bien entendre cette petite musique du sujet, mi-être de raison, mi-être de l'inconscient. Sa conduite témoigne de la force du désir. Et le désir, c'est l'envers de la raison ». Surtout quand sa réalisation est garante de plaisir. Plaisir de fumer et de boire, plaisir de la vitesse ou de la sexualité sans entrave… Face à cette force d'attraction, la connaissance du danger ne suffit parfois pas pour résister. D'autant que la diffusion de ce savoir se fait de façon inégale, privilégiant les classes socioculturelles les plus élevées. Pour qu'elle concerne la majeure partie de la population, qu'elle soit propagée dans les établissements scolaires et médicaux, l'intervention d'une puissance régalienne(1) est donc nécessaire. Comme l'est, souvent, la réglementation pour que soient respectés les principes de précaution prônés par les experts. « Chez l'adulte comme chez l'enfant, l'interdit peut être nécessaire et utile, mais à une condition : que ce ne soit pas la seule stratégie employée » affirme ainsi Philippe-Jean Parquet, professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'université du droit et de la santé de Lille. Auteur en 1997 d'un rapport sur la prévention contre la consommation des substances psychoactives, le professeur Parquet rappelle que, pour aider un « accro » à se libérer de sa dépendance, il faut aussi lui donner le désir de vivre en bonne santé, de se débrouiller seul pour modifier ses conduites, de demander de l'aide si besoin… Toutes stratégies globales d'éducation pour la santé qui, estime-t-il, « ont été mises, dans le cas de la prévention contre le tabagisme, en deuxième position par rapport à la stratégie coercitive »
On est ainsi passé de la mise en garde (« Il n'est pas bon pour vous de fumer ») à l'injonction (« Vous ne devez pas fumer ») assortie d'une stigmatisation du fumeur. En oubliant que le tabac, longtemps accepté, voire valorisé socialement avant d'être diabolisé, est une drogue dure, au sens d'une dépendance.
Avec l'interdiction totale de fumer dans les lieux publics, l'État ajoute un argument sécuritaire contre les dommages subis par la collectivité. Et un troisième d'ordre moral : nous nous devons de respecter nos concitoyens et de participer collectivement à la lutte contre le tabagisme passif. « Si ces trois maillons de la réflexion sont pris en compte dans l'énonciation d'une politique, l'ensemble constitue une méthode de prévention extrêmement positive » souligne le Professeur Parquet. « Par contre, si l'interdiction domine sur l'éducation, on aboutit à une infantilisation non respectueuse d'autrui ».
Ce serait d'autant plus dommage que l'opinion publique semble prête à entendre raison : selon un sondage Ifop réalisé pour le compte du gouvernement et publié en mars, 78 % des Français sont favorables à la mesure prise par le ministre de la santé.
Dossiers & Documents, Le Monde, juin 2007
(1)Puissance régalienne : activités assumées par l'État, pouvoir de prendre des décisions individuelles ou réglementaires qui s'imposent aux usagers d'un service public… Fonctions régaliennes de l'État : le maintien de l'ordre (police), la lutte contre un danger extérieur (armée), la justice.
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