Le rôle des enseignants dans la prévention de la maltraitance des enfants
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Introduction

Introduction

© Myr MURATET / MAIF
La maltraitance des enfants, et particulièrement celle à caractère sexuel, bouleverse l'opinion publique. Pour beaucoup, elle est le plus grave des maux de notre société. Les enseignants, et autres professionnels de l'éducation, se trouvent souvent en première ligne, et se doivent d'agir vite et avec pédagogie. L'enjeu est primordial : épargner l'enfant, victime de sa faiblesse physique, de sa dépendance économique et juridique. Voici les pistes élémentaires qui permettent de mieux comprendre la maltraitance, ses indices et ses conséquences. Puis, pour agir au mieux, tentons de cibler les difficultés à intervenir, le comportement à adopter et la marche à suivre face à une victime.
La maltraitance aujourd'hui

La maltraitance aujourd'hui

Les chiffres sont accablants. Selon l'UNICEF France, qui s'appuie sur les données de l'ONPE(1) et de la DREES, 364 200 mesures et prestations de protection de l'enfance étaient en cours en 2023 en France, un chiffre en nette progression par rapport à la décennie précédente. Par ailleurs, le 119, numéro national d'accueil téléphonique pour l'enfance en danger, a traité 40 709 sollicitations en 2024, concernant au total 49 363 enfants en danger ou en risque de l'être, un volume en hausse de 13 % par rapport à 2023.
Les violences exercées sur mineurs peuvent éclore de partout. « Des adultes ou d'autres jeunes, des personnes proches de l'enfant, en qui il a confiance, des membres de la famille immédiate ou élargie, des voisins… autant de personnes capables de faire jouer leur autorité sur un mineur. »
Ces brutalités reçues se manifestent de plusieurs façons chez une victime.
(1)Observatoire National de la Protection de l'Enfance
Les indices

Les indices

Les signes qui permettent de dire qu'un enfant est maltraité ou non, ne sont pas toujours évidents à interpréter. Il est difficile d'interroger les professeurs sur le sujet, ces derniers étant tenus au secret professionnel. Une jeune enseignante de maternelle en banlieue proche de Paris, accepte toutefois de témoigner : « Au-delà des cas d'urgence, il existe des symptômes qui peuvent être repérés en milieu scolaire. Il est primordial d'y faire attention. »
Selon l'institutrice, les troubles répétés sont de précieux indices. « Je m'occupe de tout-petits, et ils communiquent de manière étonnante en dépit de leur jeune âge. Cela peut passer par une quête affective importante, un état de crispation au moindre contact physique, une attitude exhibitionniste, une apparence souffreteuse, un élève qui ne rit jamais, qui ne demande jamais rien, ou à l'inverse qui réclame une attention excessive. » Autant de repères et de conséquences qui diffèrent en fonction de la personnalité du maltraité.
Les conséquences chez l'enfant

Les conséquences chez l'enfant

Au-delà des conséquences physiques, les lésions psychologiques touchent à l'affectivité. « Le développement psychologique de l'enfant est menacé » nous apprend Inès Angelino, responsable pédagogique et formatrice au sein de la Fédération des Relais enfants-parents, et auteur de l'ouvrage L'enfant, la famille, la maltraitance. Selon l'autrice, lorsque l'individu efface les expériences pénibles de sa mémoire, il occulte également des tranches de vies. Sa capacité à apprendre et à faire face au changement s'en trouve alors affectée. Il peut également être obsédé par le passé, manière de revivre les moments choquants, sans parvenir à les dépasser. Tout ceci provient de l'emprise de l'adulte sur l'enfant. La discrétion fait partie de la relation du martyr à son bourreau. « Seule la combinaison de plusieurs messages qu'un élève transmet permet de repérer la maltraitance » explique l'institutrice de maternelle. D'où certaines hésitations à agir de la part du corps enseignant.
Les difficultés à intervenir

Les difficultés à intervenir

Car c'est bien là que résident les difficultés. Comment identifier une victime et son agresseur, sans être certain de ne pas se tromper ? « Les malmenés sont souvent extrêmement réticents à reconnaître la violence de leurs pairs », reconnaît l'institutrice. Cependant, tout enseignant ou toute personne qui sait qu'un enfant est maltraité doit le signaler aux services sociaux. Dans le cas contraire, elle s'expose à des sanctions pour non-assistance à personne en danger.
« Chaque intervenant doit jouer son rôle, dans sa fonction, se positionner dans une hiérarchie et dans une stratégie d'action », rappelle Allo enfance maltraitée. L'association insiste sur le fait que la communication avec un réseau de professionnels permet de passer de la réaction à l'action concertée. Pour l'institutrice interrogée, l'étape la plus importante consiste à instaurer une véritable relation de confiance avec ces jeunes,« tout en sachant rester à sa place » ajoute-t-elle.
Savoir écouter un enfant

Savoir écouter un enfant

Inès Angelino rappelle que « l'enfant qui dévoile des mauvais traitements, s'il demande avant tout à être cru, demande également à être soutenu. » Les spécialistes interrogés sont unanimes sur deux règles d'or. La première consiste à ne surtout pas faire passer à l'enfant un interrogatoire. « Ne surtout pas l'étouffer de questions, commente notre jeune enseignante. Il doit sentir qu'on le croit. » La deuxième règle est de lui éviter les interlocuteurs multiples. « Il ne demande pas une protection à tout coup, mais l'arrêt d'une situation dont il a perçu l'anomalie » analyse l'autrice.
La marche à suivre

La marche à suivre

Il existe plusieurs façons de prévenir et punir les violences faites aux mineurs. En cas de signalement institutionnel, police ou autre, le dossier est recueilli par l'Aide sociale à l'enfance. Il est par la suite communiqué au président du conseil général qui, après évaluation, le transmet ou non au procureur de la République.
En ce qui concerne les enseignants, les interventions sont, le plus souvent, directement adressées au procureur. Lorsqu'une affaire est signalée au substitut du procureur, celui-ci, en cas d'urgence, peut ordonner la remise provisoire de l'élève maltraité à un centre d'accueil ou d'observation. C'est ce centre qui saisira alors le juge des enfants dans un délai très réduit.
Avant d'agir, il est recommandé aux professeurs de s'associer à différents professionnels qui peuvent apporter un point de vue complémentaire. Chefs d'établissements, psychologues scolaires, infirmières, assistante sociale, EJE… autant de corps de métiers que de compétences spécifiques adaptées à un aspect du problème.
Il existe également des services de téléphonie sociale d'urgence, destinés à recevoir les appels d'enfants en danger, ou témoins de telles situations. Parmi ces numéros d'urgence, le 119 est un numéro gratuit, accessible 7 jours sur 7 et 24 h sur 24. Pour ces appels, aucune information sur l'appelant n'est disponible. Ce n'est que dans le cas où l'appel donne lieu à une transmission ou à une aide immédiate, que l'on est renseigné sur la personne appelante.
Liens utiles

Liens utiles

  • La protection de l'enfance et l'École — Éduscol
  • Vademecum : Violences sexuelles intrafamiliales— Éduscol
  • 119 – Allo enfance en danger — www.allo119.gouv.fr
  • Association L'Enfant Bleu — Enfance maltraitée — www.enfantbleu.org
  • Enfance et partage — www.enfance-et-partage.org
  • La Voix de l'Enfant — www.lavoixdelenfant.org
  • Fondation pour l'Enfance — www.fondation-enfance.org
  • Colosse aux pieds d'argile — www.colosse.fr
  • Flore Capelier, Protéger l'enfant victime de violences. Guide pratique, Paris, Dunod, 2026
  • Pierre-Brice Lebrun, La protection de l'enfance en 80 notions, Paris, Dunod, 5e éd., 2024
  • Inès Angelino, L'enfant, la famille, la maltraitance, Paris, Dunod, 2e éd., 2004.
Dossier réalisé par MAIF, mars 2010, mise à jour juillet 2026.