Session 2021 : Analyse de situation éducative
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Analyse de situation éducative : La justice scolaire
Afin de diversifier les exemples de sujets possibles, deux sujets se rapportant au dossier documentaire sont proposés. Dans la même perspective, le sujet 2 comporte deux exemples de questions pour la partie 2, dans le cadre du concours une seule question serait posée aux candidats.
Sujet 1
Partie 1 : Vous êtes CPE nouvellement nommé(e) au lycée professionnel X. Dans la perspective du prochain CESC, vous proposerez au chef d’établissement un document de synthèse mettant en évidence les enjeux soulevés par la situation de l’établissement en matière de justice scolaire.
Partie 2 : En vous fondant sur ce document de synthèse, vous proposerez un projet de formation à destination des AED du lycée professionnel X sur la thématique de la justice scolaire.
Sujet 2
Partie 1 : Vous êtes CPE nouvellement nommé(e) au lycée professionnel X. Dans la perspective du prochain CESC vous rédigerez, à partir des documents constitutifs du dossier documentaire et de vos connaissances personnelles, une analyse de la situation de l’établissement en matière de sanctions et punitions.
Partie 2 : En vous fondant sur cette analyse, vous proposerez un protocole d’organisation de la consultation des lycéens en vue de la réécriture du règlement intérieur de l’établissement.
Autre partie 2 possible : En vous fondant sur cette analyse, vous exposerez les axes autour desquels vous envisagez d’organiser l’action du service vie scolaire en matière de sanctions et punitions
Corrigé

Corrigé

Commentaires du sujet
Ce corrigé ne constitue qu'une proposition parmi d'autres possibles. Ce sujet est le sujet zéro proposé par le directoire du concours suite à la nouvelle mouture du concours. Il reprend donc de nombreux documents du sujet 2020 (ancienne mouture).
Le dossier proposé a pour objectif de souligner l'importance de la justice scolaire pour favoriser la réussite de tous. Il ne s'agit pas simplement d'établir voire de réciter les facteurs favorables à l'établissement d'un climat scolaire propice aux apprentissages mais bien de souligner les dimensions éthiques et les enjeux de la justice scolaire au sein du lycée professionnel donné. À ce titre, il faut souligner son importance dans les interactions humaines et le caractère général de réciprocité sur lequel se fonde le sentiment de justice. L'écueil qu'il faut éviter est de réduire le problème de justice scolaire à la seule justice distributive illustrée par les notes, le jugement scolaire ou la justice procédurale qui revêt le caractère disciplinaire de l'EPLE. En cela, le devoir demande de penser le sentiment de justice comme une égalité mais aussi comme un processus visant un processus de raisonnement. Il est attendu de démontrer que le sentiment de justice en milieu scolaire comprend l'ensemble des situations au travers desquelles un ou plusieurs membres de la communauté scolaire vivent ou font vivre à autrui un sentiment de justice. En cela, il faut s'attacher à tous les acteurs de la communauté éducative et définir leur rôle dans l'instauration de la justice scolaire. Dès lors, il est tout aussi pertinent et attendu de souligner que le sentiment de justice relève autant d'une éthique professionnelle que d'une réglementation nécessaire au vivre ensemble.
À ce propos, la deuxième partie du devoir doit mettre en exergue le positionnement professionnel du CPE et doit prouver la capacité du candidat à définir des objectifs, une éthique professionnelle, à cerner les enjeux du thème proposé dans le dossier et à mettre en œuvre une véritable pratique professionnelle. En ce sens, il ne s'agit pas de faire un inventaire à la Prévert des actions ou projets à mettre en œuvre mais bien d'articuler les arguments qui doivent être interdépendants.
Le corrigé proposé se veut dans l'esprit attendu du concours. À savoir, une introduction qui contextualise le sujet historiquement, et une note de synthèse qui ne soit pas un résumé ou une paraphrase des documents mais bien une hiérarchisation des idées des documents.
Les documents proposés traitent essentiellement de deux thèmes : justice scolaire et conditions de mise en œuvre d'un climat scolaire propice à la réussite de tous.
Justice en milieu scolaire : cette notion comprend l'ensemble des situations au travers desquelles un ou des membres de la communauté scolaire vont vivre ou faire vivre à autrui un sentiment de justice ou d'injustice à partir de leurs actes, de leurs propos, de leurs décisions, etc.
Climat scolaire : cette notion peut se définir de manière simple. Le National School Climate Center (2008) associe le climat scolaire à la qualité et au style de vie à l'école : « Le climat scolaire repose sur les modèles qu'ont les personnes de leur expérience de vie à l'école. Il reflète les normes, les buts, les valeurs, les relations interpersonnelles, les pratiques d'enseignement, d'apprentissage, de management et la structure organisationnelle inclus dans la vie de l'école ».
Même si les définitions proposées dans les différents textes peuvent varier et mettre en avant d'autres notions, la relation entre un climat scolaire apaisé et la réussite des élèves fait bien consensus internationalement. Ici, les documents mettent l'accent sur la relation pédagogique et les gestes professionnels nécessaires à l'instauration d'une justice scolaire, facteur d'un climat scolaire rassurant et protecteur.
Les pièges de l'épreuve résident d'une part à réduire la synthèse des documents à la seule notion de climat scolaire. En effet, si les documents survolent de manière générale cette notion, ils sont principalement axés sur la notion de justice scolaire voire, pour certains, de justice sociale. D'autre part, la partie propositionnelle donne un contexte particulier et pose le cadre du service de vie scolaire. En ce sens, il est attendu une identification de la manière dont le CPE assoit l'administration de son service dans l'application des sanctions et des punitions afin de contribuer à l'instauration d'une véritable justice scolaire.
Analyse des documents préparatoire à la partie 1 du devoir
Document 1 : Karine Raveau, Justice et bienveillance, bien être de chacun et concorde de tous : une voie de progrès. Bienveillance et bien-être à l'école. Sous la direction de Aziz Jellab et Christophe Marsollier. Berger Levrault. 2018. Chapitre 3, extraits.
Article à valeur informative et analytique qui n'engage que son auteur même s'il est sous la direction notamment d'un IGEN.
Le texte interroge les liens entre justice et bienveillance à l'école.
Partant du constat effectué par les neurosciences sur l'immaturité cérébrale des enfants ou des adolescents, l'auteur souligne que « toutes les formes de gratification et de soutien renforcent l'aptitude face au stress, améliorent la mémoire et l'apprentissage... »
Dénonciation de la constante macabre.
Postures et actes pédagogiques doivent renforcer les relations justes.
Dialogue des disciplines par la mise en œuvre de projets.
Bienveillance des adultes pour l'épanouissement de tous.
Document 2 : DGESCO guide du second degré pour une justice scolaire préventive et restaurative dans les collèges et lycées. Extrait. 2014
Document à valeur prescriptive.
Fonction de la sanction (cf. Erick Prairat)
Définitions des sanctions définies dans le RI
Sens éducatif de la sanction
Principes généraux du droit
Pratiques qui doivent susciter l'émancipation, la responsabilisation et la socialisation pour une prise de conscience du bien-fondé de la loi.
Document 3 : Florence Robine - Eric Debarbieux, « Pour une justice en milieu scolaire préventive et restauratrice dans les collèges et lycées», MENESR 2/07/2014 [en ligne]. p. 32-33.
Texte à valeur prescriptive, qui rappelle un certain nombre de prescriptions réglementaires pour une pratique pédagogique et éducative bienveillante et « bientraitante », garante du respect des droits de chacun et propice au développement de l'enfant et du jeune.
Principes rappelés dans l'extrait proposé :
Garantir la dimension éducative et restaurative de la sanction : estime de soi et confiance dans le groupe
Responsabilité et légitimité des adultes : légitimité indissociable de la responsabilité qu'elle induit.
Responsabilité et responsabilisation des élèves : Capacité qui s'acquiert au travers du processus de responsabilisation.
Document 4 : Ministère de L'Éducation Nationale et de la Jeunesse et des sports. Plan de lutte contre les violences scolaires.
Circulaire n°2019-122 Du 3-9-2019
Texte à valeur prescriptive
« Respect d'autrui une condition du bonheur collectif et de l'épanouissement de chacun. »
Renforcer les procédures et leur suivi : signalement systématique et simplification des procédures, suivi des élèves
Principes : Accompagner les personnels dans leurs démarches, développer ou s'appuyer sur les dispositifs ou les partenariats existants (classe relais) Responsabiliser des familles et soutien à la parentalité (PAR).
Document 5 : Enquête interne relative au climat scolaire du lycée professionnel X
72% des élèves interrogés disent se sentir bien au lycée et pourtant seulement 54% qualifient le climat scolaire de satisfaisant ou très satisfaisant.
19% des élèves disent que le climat scolaire n'est pas du tout ou pas très satisfaisant
49% des élèves déclarent qu'avoir de bonnes relations avec les adultes doit contribuer au climat scolaire.
Les raisons du climat scolaire peu satisfaisant : à 57 % le manque d'écoute des élèves, à 49 % le manque de respect et à 46 % le manque d'équité dans les sanctions. À 38 % un problème avec les évaluations : notes pas justes 50 %, Classement 51 %, et 64 % ont le sentiment de ne pas pouvoir améliorer les résultats.
33 % jugent que la note est un moyen punitif de la part des enseignants et 48 % la vivent comme une sanction.
Document 6 : Bilan de vie scolaire
Public en majorité de garçons
+ 5 élèves dans l'année
Bac pro : absentéisme classique
CAP : très fort taux d'absentéisme notamment en 2de
643 exclusions de cours : 61 % pour comportement inadapté et irrespectueux
Élèves en bac pro sont plus exclus de manière ponctuelle et davantage sanctionnés
Perspectives rentrée prochaine : guide vie scolaire, pérennisation tutorat AED, liaison collège lycée, réécriture RI, formation interne des AED
Document 7 : DEPP, écoles, établissements, climat scolaire. Note d'information N° 18.33 – décembre 2018. Extrait.
Document à valeur informative qui interroge sur l'opinion des élèves sur le climat scolaire de leur lycée.
Quelques chiffres à retenir :
93,9% des lycéens interrogés déclarent se sentir bien ou plutôt bien dans leur lycée en 2018, mais légère baisse par rapport à 2015.
Constat général : pour les items communs à 2015 et 2018, la majorité des indicateurs sont en baisse :
  • qualité de vie au sein des lycées ;
  • relations avec les enseignants ;
  • notes justes.
Pour les nouveaux indicateurs (sévérité des notes et des punitions,) la quasi majorité des élèves interrogés trouvent qu'elles sont très sévères ou trop sévères mais pas forcément injustes
Document 8 : Pierre Merle. Les Pratiques d'évaluation scolaire. PUF. 2018. Extrait
Article à valeur informative et scientifique qui n'engage que son auteur. L'auteur interroge les conditions d'une évaluation équitable et efficace.
Principes à respecter :
  • Anonymat (qu'il oppose aux rituels de rentrée scolaire des enseignants) social et scolaire
  • Pédagogie explicite
Risques si principes non respectés :
  • Trajectoire définie et marquée (« Les fiches de renseignements participent à la construction des inégalités scolaires et à la reproduction sociale. Elles conduisent l'enseignant à se forger une opinion a priori sur le niveau de l'élève et sa capacité à réussir.»)
  • Intrusion vie privée : numéro de téléphone, profession des parents (« La demande de la profession des parents focalise les sentiments de malaise des élèves, surtout pour ceux dont les parents ont des professions socialement peu considérées ou lorsque l'enfant est amené à camoufler une information qu'il ne souhaite pas livrer. »)
Conclusion de l'auteur :
Fiches de renseignements est un secours illusoire.
Document 9 : Extraits du RI du LP
Droits et devoirs de chacun à titre individuel et collectif
Document 10 : Nathalie Mikaïloff, Le Conseiller principal d'éducation accompagnant au cœur de collectifs de travail, Carrefours de l'éducation. « Le CPE entre héritage et nouvelles professionnalités ». Armand Colin. Juin 2020-N°49.
Responsabilité des CPE : politique éducative de l'EPLE, suivi des élèves et organisation de la vie scolaire.
Difficulté de légitimité sur la prise en charge pédagogique de l'élève : héritage Surgé
Point d'ancrage : éducation à la citoyenneté déléguée au CPE
Pédagogie = émanciper via l'autonomisation du sujet
Place de la parole de l'élève perçue comme une entorse à l'autorité de l'adulte.

Partie I
Introduction
L'école en France s'est construite pour résister aux pressions de l'environnement qui repose sur les valeurs de la République : Liberté, Égalité et Fraternité. Devenue devise de la République, ces valeurs se traduisent par des droits et des devoirs. Lorsque la loi n°2013-595 du 8 juillet 2013 d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République, souligne que « l'apprentissage de la citoyenneté et de la vie commune et le respect des droits et des devoirs au sein de la communauté éducative sont des objectifs pédagogiques tout aussi importants que la maîtrise des connaissances disciplinaires », elle vise à rappeler que les objectifs de cet apprentissage de la citoyenneté sont doubles : d'une part, il s'agit de développer une approche plurielle de la justice en milieu scolaire ; d'autre part, il est important d'offrir à chaque élève les conditions pour développer les compétences sociales civiques et l'acquisition d'un comportement juste, respectueux et responsable. Une ambition rappelée dans la circulaire de rentrée 2021 : « L'École de la République œuvre à l'accomplissement des élèves par l'élévation du niveau général, leur bien-être et la justice sociale ». La justice sociale, dans ce contexte, renvoie à la volonté de l'école de démocratiser son enseignement. Si, depuis 40 ans, le taux d'une classe d'âge au baccalauréat ne cesse d'augmenter et si la grande majorité des jeunes entrent dans l'enseignement supérieur, la critique des injustices scolaires est toujours aussi vive. Comme le souligne Dubet, (2007, Existe-t-il une démocratisation scolaire ?), « cette démocratisation absolue n'a pas été accompagnée d'une démocratisation relative ». En effet, les filières les plus sélectives semblent encore largement réservées aux élèves issus des classes favorisées. À l'inverse, les filières ou établissements qualifiés comme étant les moins prestigieux sont dévolus aux classes sociales les moins favorisées. Ces réputations justes ou fausses des établissements contribuent aussi à ce sentiment de relégation mettant à mal la devise Républicaine sur laquelle l'École se fonde.
À ce constat s'ajoute la montée, dans les années 1990, de deux phénomènes au sein des établissements scolaires : la juridisation et la judiciarisation. La juridisation se définit par la pénétration croissante et permanente du droit dans la vie quotidienne des établissements (Y. Buttner, 2018, Le Droit dans la vie scolaire). La judiciarisation définit le recours systématique à la justice pour trancher un litige (d'orientation, de sanction, d'évaluation, de relations...). Ce nouveau paradigme souligne la revendication des droits individuels au mépris de décisions prises par l'établissement. Ces phénomènes sont des conséquences intimement liées au besoin de justice chez tout justiciable mais peuvent être le simple reflet d'un sentiment de profonde injustice. Pourtant, le système éducatif est construit de sorte que chacun, indépendamment de son territoire ou de ses origines, puissent se saisir des opportunités scolaires qui lui sont offertes. Or, c'est justement parce que l'École de la République propose une éducation identique, égale sur tout le territoire, que le sentiment d'injustice nait : « Les jeunes veulent moins être traités comme tout le monde (ce qui suppose qu'on reconnaisse les autres comme égaux et identiques en droit) qu'être appréciés dans leur individualité (ce qui exige de les reconnaître dans leur différence). Or, le paradoxe est que toute atteinte à l'égalité leur semble insupportable et incompréhensible, en même temps qu'une simple application institutionnelle de ses principes leur semble profondément insuffisante, voire abusive. » (Agnès Henriot-Van Zanten, L'École, l'état des savoirs, 2000, ouvrage collectif, extrait de l'article de Anne Barrère et Danilo Martuccelli intitulé : « La Fabrique des individus à l'école »). Les conséquences de ce sentiment sont multiples : baisse des résultats, repli sur soi, abandon scolaire, agressivités voire violences... ( M. Duru-Bellat et D. Meuret, Les sentiments de justice à et sur l'école, 2009). Au-delà des conséquences plus ou moins graves sur le devenir scolaire de chacun, il importe donc de s'interroger sur l'influence du projet pédagogique et éducatif de l'établissement source potentielle de ce sentiment d'injustice. En d'autres termes, si le sentiment de justice à l'école est un facteur de réussite scolaire et personnelle, comment instaurer un sentiment de justice au sein d'un établissement scolaire ?
En s'appuyant sur un corpus de documents de valeur informative (docs 1, 7, 8 et 10, et de valeur prescriptive 2, 3, et 4), ainsi que des documents spécifiques à l'établissement (docs 5, 6 et 9), il s'agira de définir la notion de justice scolaire, la question de son sens et de ses enjeux. Les définitions ainsi établies permettront alors d'identifier de quelle manière le lycée professionnel X peut se saisir de cette question au sein du CESCE. Au regard des deux premières parties, il importera de proposer les éléments constitutifs d'une politique éducative et pédagogique du service de vie scolaire visant l'émergence des principes d'une justice scolaire au sein d'un EPLE.
I. Sens et enjeux de la justice scolaire
A. Sortir de ses propres ressentis
La justice en milieu scolaire comprend l'ensemble des situations au travers desquelles un ou des membres de la communauté scolaire vont vivre ou faire vivre à autrui un sentiment de justice ou d'injustice à partir de leurs actes, leurs propos, leurs décisions etc. Dès lors, les conditions d'enseignement et les pratiques pédagogiques et éducatives participent de la justice scolaire. En effet, l'égalité des chances et des résultats prônée par le système ne suffit pas à créer un sentiment de justice chez les élèves. Pour preuve, au lycée professionnel X, 64% des élèves ont le sentiment de ne pas pouvoir améliorer les résultats et jugent à 50% les notes injustes voire elles seraient un moyen punitif pour 33% d'entre eux (doc 5).
Les enseignants français considèrent qu'être juste, c'est être impartial et accorder les mêmes droits et le même traitement aux élèves (doc 8). Différents documents fondent la justice scolaire sur trois principes : la responsabilisation, la socialisation et l'émancipation (docs 2, 3 et 10). La responsabilisation étant ici entendue comme une considération de la personne, de l'individu, ne prenant pas appui sur la performance scolaire : « Les élèves se sentent plus souvent traités avec justice lorsque les enseignants les considèrent en tant qu'individus, et non pas en tant que groupe uniforme. » (doc 1). Toujours d'après les élèves, l'enseignant juste est l'enseignant qui est à la fois attentif à la singularité de chacun tout en accompagnant le collectif dans une progression globale :  La justice d'une école se mesure à la manière dont elle traite les élèves les plus faibles et leur permet de progresser (doc 6).
B. Instaurer des parcours de réussite
À la lecture de ce bref constat, il est impératif pour le lycée professionnel X de comprendre la manière et les enjeux d'instaurer un sentiment de justice. L'attention portée aux élèves permet la sécrétion d'hormones agissant sur le bien-être et les performances mémorielles et cognitives (doc 1). Mieux encore, la promotion du bien-être à l'école et donc du développement d'un fort sentiment d'appartenance à l'école améliore la motivation et l'implication des élèves. Ces derniers développent en retour un rapport de confiance et d'ouverture avec l'enseignant, ce qui favorise la curiosité au savoir et, de fait, améliore les résultats scolaires des élèves (doc 1). Ce cercle vertueux des enjeux de la justice scolaire est un élément essentiel pour permettre à l'élève de se doter de compétences civiques, notamment celle de la responsabilité envers soi et envers les autres mais aussi celle de la prise en compte des conséquences collectives que peuvent avoir des décisions individuelles (doc 3). En effet, donner confiance en chacun, c'est aider l'élève à développer une prise de conscience interne, une autonomie morale et donc de l'accompagner progressivement vers sa future citoyenneté (docs 1 et 3). C'est donc d'bord à l'école que l'élève construit sa personnalité et son rapport aux autres (doc 3) , raison pour laquelle la justice doit y être, en premier lieu, affirmée et garantie.
II. La justice scolaire à l'école : une culture à conforter
A. Construire un projet commun
61 % des exclusions de cours sont justifiées par un comportement inadapté et/ou irrespectueux dans les rapports circonstanciés (doc 7). Ces comportements sont vécus par les professeurs comme une forme de violence. Ce que généralement dément l'élève. En effet, sa réaction est rarement réfléchie et/ou conscientisée mais est plus déterminée en fonction de ce qui lui passe par la tête ou par le corps au moment où il a envie. Cette réaction est souvent l'illustration du refus de s'adapter aux exigences sociales, (Philippe Jeammet, Quand nos émotions nous rendent fous). Or, pour adhérer aux normes sociales d'un groupe, il ne s'agit pas de les proclamer mais bien de les co-construire pour mieux se les approprier et/ou les dispenser. Le CESCE doit être l'occasion de réaffirmer la volonté de poser ce cadre juste et bienveillant afin que chaque jeune s'inscrive dans un processus de socialisation nécessaire à son intégration sociale et professionnelle. Ce comité est bien l'instance de réflexion, d'observation et de proposition qui conçoit, met en œuvre et évalue un projet éducatif en matière d'éducation à la citoyenneté et à la santé et de prévention, intégré au projet d'établissement (docs 3 et 4). Parce qu'elle n'est pas une option éducative ou pédagogique, mais bien un principe qui permet d'asseoir un pacte social, la justice scolaire doit être au cœur de ce projet éducatif et des missions de chacun des personnels qui accueillent les jeunes. Garants de la préservation de cette justice, la légitimité des adultes tient à leur niveau de responsabilité et d'implication pour protéger et être attentif à chaque élève (doc 3) et ne peut être perçue que si le projet est admis et compris de tous. Cette unité est nécessaire pour harmoniser les pratiques et postures professionnelles, voire écarter celles qui contribueraient à un sentiment d'injustice (doc 1). En effet, certaines pratiques d'accueil (doc 8) qui se définissent justement en CESCE telle que la coéducation ou les pratiques pédagogiques (doc 2) viennent parfois alimenter une opinion plus subjective qu'objective et s entériner un a priori sur les capacités à réussir des élèves (doc 8).
B. Repenser les pratiques pédagogiques
Pour affirmer et concrétiser la volonté de dépasser des trajectoires scolaires associées au handicap social et/ou familial, il est donc impératif que les acteurs de l'EPLE s'interrogent sur leurs pratiques pédagogiques et/ou éducatives. Pour exemple, le document 8 reprend les fiches remplies par les élèves en début d'année scolaire qui peuvent être la cause de biais sociaux de l'évaluation. À ce titre, 46, 6 % des élèves en lycée estiment être notés de manière sévère ou plutôt sévère (doc 7). Un pourcentage à relativiser puisque 86 % des lycéens estiment être évalués de manière juste (doc 7) selon une enquête réalisée en 2015. Ce n'est donc pas la sévérité qui renforce un sentiment d'injustice mais bien un manque de transparence dans l'application de la notation. Ce chiffre d'une enquête générale est à comparer avec l'enquête réalisée au sein du lycée professionnel qui nous concerne. En effet, 38 % des élèves interrogés estiment que l'évaluation est un frein à l'instauration d'un climat scolaire serein.
C'est pourquoi, il est nécessaire d'entamer de manière collective une réflexion sur l'éthique des pratiques évaluatives et pédagogiques. Une réflexion qui ne saura faire l'économie de la participation des parents et des élèves. Émettre des réponses à leurs questionnements, c'est aussi favoriser l'implication de tous dans la vie de l'établissement dans leur scolarité et l'assurance d'engager leur responsabilité. Une responsabilisation partagée qui permet alors d'instaurer un cadre propice aux apprentissages, doté de règles admises et comprises de tous. Parce que le CESCE est aussi le comité au sein duquel se concrétise de nombreux partenariats, une réflexion collective s'impose sur les sanctions, les punitions et la mise en œuvre de mesures de responsabilisation (doc 4).
III. Inscrire les sanctions et les punitions dans un cadre collectif
A. Coopérer dans une logique éducative
Pour que les règles soient considérées comme justes, là encore, la construction doit être l'affaire de tous les acteurs de la communauté éducative (doc 3). Si le règlement intérieur est l'outil d'une culture de droit (doc 9), il ne peut constituer le seul outil de référence. La qualité des relations humaines qui permettent de transmettre des modèles et des modalités d'apaisement doivent être au cœur de l'accompagnement du jeune afin d'asseoir ce sentiment de justice (docs 1,3 et 10). Enfin, les sanctions doivent être un levier pour former aux compétences psycho-sociales (docs 2 et 3). C'est pourquoi, elles doivent à la fois privilégier le dialogue par le biais des commissions éducatives (doc 4) mais aussi encourager la responsabilisation (docs 4 et 3). Puisque l'École est un lieu d'apprentissage des droits et des devoirs, les sanctions dispensées doivent répondre aux principes généraux du droit, respectant l'individualité et la protection de l'élève (docs 2 et 3). Enfin, sanctionner c'est aussi éduquer, c'est pourquoi il est nécessaire d'activer davantage les mesures de responsabilisation (doc 3). Leur intérêt est double. D'une part, elles permettent à l'élève de réparer une entorse commise et d'autre part elles convoquent des compétences (artistiques, culturelles) et des valeurs (solidarité notamment) que l'élève s'appropriera. Au-delà, de cette appropriation, ces mesures permettent aussi de valoriser et de donner du sens à une action. Une valorisation qui développe la confiance en soi et réaffirme son appartenance à un collectif plus juste car alors il n'exclut pas les plus vulnérables (docs 1 et 3).
B. Favoriser un climat scolaire propice aux apprentissages
Parce que la justice scolaire est l'un des sept facteurs contribuant à l'instauration d'un climat scolaire, travailler à la justice scolaire favorise la réussite des élèves. Poser un cadre sécurisant dans l'établissement dans lequel peuvent se cultiver la fraternité et l'équité qui fondent le bien être de chacun (doc 1). Or, ce bien être, outre le fait d'être en soi un véritable facteur d'épanouissement dans l'expérience scolaire, favorise voire permet d'améliorer la persévérance scolaire. A contrario, le sentiment d'injustice conduit l'élève à développer une anxiété voire une angoisse qui peut le mener vers des conduites addictives compensatoires (doc 1) ou encore préférer adopter des comportements irrespectueux. 49 % des élèves interrogés souffrent de ce comportement au lycée professionnel X (doc 5). Ces comportements violents, surtout caractérisés chez les garçons (doc 8), et le lycée professionnel est essentiellement masculin (doc 5), engendrent une logique d'échec scolaire douloureuse, un cercle vicieux qui, par effet pygmalion, les amène à se considérer comme disqualifié ou condamné à échouer et enclenche ainsi un processus de décrochage scolaire. C'est pourquoi tous les acteurs de la communauté éducative doivent assurer une relation de confiance (docs 1, 2 et 4) avec tous les élèves et leurs familles. Pour ce faire, il est indéniable que chacun doit endosser une éthique professionnelle qui implique de ne pas avoir d'opinions pré-établies sur les élèves et leur famille (doc 9) afin d'établir une véritable qualité de relation. Discuter avec les élèves en cas de difficultés constatées est par définition bien plus utile que de consulter la catégorie socio-professionnelle des parents (doc 8). Instaurer une éthique de la relation c'est donc prouver sa volonté d'entrer en relation. Et favoriser la parole de chacun c'est agir sur l'intégration sociale et sur la pacification des relations, garantes de la résilience nécessaire à la réussite scolaire et personnelle (doc 9).
Conclusion
De manière générale, les inégalités de traitement observées, l'iniquité de certaines décisions en matière d'orientation et de redoublement prises au nom des résultats scolaires, les stratégies en tout genre dont elle est l'objet alimentent les frustrations et nourrissent un sentiment d'injustice et d'incompréhension à l'égard de l'École. François Dubet ajoute que « la justice d'une école se mesure à la manière dont elle traite les plus faibles ». Ces constats remettent fortement en cause le principe d'égalité des chances – régulièrement mis en avant dans tous les discours – lequel constitue la figure dominante de la justice sociale. Si comme dit précédemment, la justice se définit comme l'ensemble des situations au travers desquelles un ou des membres de la communauté scolaire vont vivre ou faire vivre à autrui un sentiment de justice ou d'injustice à partir de leurs actes, de leurs propos, de leurs décisions, etc..., la justice scolaire requiert alors une réflexion commune de l'ensemble des acteurs de la communauté scolaire de définir les éléments constitutifs d'une politique éducative et pédagogique afin d'améliorer le sentiment de justice scolaire. La définition de cette politique, au niveau de l'établissement, doit désormais intégrer un rôle social et un rôle éducatif de l'École dont le poids relatif est souvent équivalent à celui de la mission première d'enseignement et de transmission des connaissances de l'École.
Partie 2
En vous fondant sur cette analyse, vous exposerez les axes autour desquels vous envisagez d'organiser l'action du service de vie scolaire notamment en matière de sanctions et punitions.
Introduction
Comme nous l'avons vu dans la première partie, le sentiment d'injustice serait à l'origine de souffrances pour les élèves. Or, ces souffrances dues aux classements et à la perte de confiance en soi contreviennent fortement aux volontés nationales de faire de l'école un lieu de découverte de soi et d'épanouissement personnel. Les élèves qui arrivent en lycée professionnel, sont généralement des élèves qui ont subi un parcours scolaire chaotique au collège. Voire pire, ils arrivent en lycée professionnel non pas par choix mais par défaut car les notes n'ont pas suffi à une orientation en voie générale. Les indicateurs donnés sur le lycée le prouvent 33 % des élèves interrogés pensent que la note est un moyen cœrcitif pour les enseignants, 48% la caractérisent comme une punition et 50 % la jugent comme injuste.
Le positionnement institutionnel du CPE au sein de l'établissement, du conseil de classe, du conseil pédagogique lui offre l'opportunité de faire partager, dans le cadre de la politique éducative de l'établissement, une vision plus systémique de la justice scolaire de nature à faire évoluer la perception que peuvent avoir élèves et professeurs. Situant les responsabilités des conseillers principaux d'éducation dans la perspective de la mission éducative de l'établissement scolaire, la circulaire de 2015 place l'ensemble des responsabilités exercées par les CPE dans le cadre général de la vie scolaire définie comme devant «placer les adolescents dans les meilleures conditions de vie individuelle et collective et d'épanouissement personnel». « Pour exercer leurs missions et participer à la mise en œuvre de la politique éducative de l'établissement, les CPE s'appuient sur l'équipe de vie scolaire. » (circulaire de missions 2015). L'action de cette équipe de service, constituée essentiellement d'assistants d'éducation, doit réunir les conditions nécessaires à une cohésion entre les équipes pédagogiques et éducatives afin de permettre la réussite de chacun des élèves. Dès lors, comment le CPE doit-il organiser son service de vie scolaire afin de contribuer à l'instauration d'une politique favorisant la justice scolaire ? Si cette organisation doit être irriguée par l'ambition d'inscrire chaque élève dans un parcours scolaire et individuel visant toutes les réussites, elle requiert alors de construire le projet de service de vie scolaire et le projet de vie scolaire en mettant en exergue les conditions de l'instauration et de la contribution au sentiment de justice scolaire. Dans ce cadre, charge au CPE de définir les conditions d'accompagnement des AED dans l'exercice de leurs missions qui semblent non seulement essentielles pour établir un sentiment de justice, mais aussi nécessaires pour asseoir un collectif dans lequel s'inscrit l'action professionnelle du CPE. L'équipe constituée et formée, l'ambition sera alors d'inclure les AED au cœur des politiques éducatives afin d'asseoir une cohérence des pratiques éducatives de la part de tous les acteurs du lycée professionnel. Enfin, parce que la réussite d'un élève est aussi scolaire, il s'agira bien de permettre à chaque AED de contribuer à développer l'ambition scolaire notamment grâce aux différents accompagnements d'aide au travail offerts au sein de l'EPLE.
I. Accompagner individuellement et collectivement les assistants d'Éducation
La discipline générale est fondée sur la sécurité des élèves. Le CPE doit donc créer une véritable équipe dont les pratiques ne relèvent pas de l'individu mais bien d'une politique commune. Pour établir ce fonctionnement, il est impératif pour le CPE de former son équipe d'AED capable alors d'accomplir des actes éducatifs. De même, le soin apporté à l'organisation du service de surveillance constitue un remède efficace contre les actes d'incivilités prégnants dans les établissements et d'autant plus en lycée professionnel.
A. Administrer le service de vie scolaire
Former une équipe compétente et engagée afin de répondre aux besoins de chacun est une étape essentielle à l'instauration d'un environnement scolaire propice à toutes formes de réussite (scolaire, éducative, personnelle...). La première étape pour le CPE consiste donc à penser le recrutement de son équipe en identifiant au préalable les compétences recherchées afin de répondre aux objectifs de son projet vie scolaire. Il importe alors que dans son projet vie scolaire, un axe visant la formation de son équipe soit formalisé. Dès la pré-rentrée et toute l'année durant (réunion, sur le terrain FIL et entretiens planifiés), le CPE doit définir les objectifs des formations envisagées afin de transmettre les attendus d'une éthique éducative, d'expliciter les missions et de présenter les protocoles de gestion des différentes situations auxquelles seront confrontés les membres de son équipe. Ces mêmes protocoles (exclusions de cours, retards, incidents graves en classe, etc.) auront été définis au préalable en conseil pédagogique ou en commission permanente et ratifiés en conseil d'administration. L'intérêt de l'application de ces protocoles réside dans l'instauration d'une harmonisation de pratiques, au sein du lycée professionnel, fondamentale à l'instauration du sentiment de justice scolaire.
Administrer un service de vie scolaire requiert aussi d'établir des grilles et des fiches de postes pour mieux accompagner les assistants d'éducation dans l'exercice de leurs missions. Il s'agira alors de prioriser les postes afin de réagir au mieux lors des absences des collègues et d'adapter leurs actes aux impératifs du service. Les entretiens individuels réguliers animés par le CPE seront justement l'occasion de proposer un moment réflexif sur les pratiques adoptées par l'AED ainsi que de rappeler les réflexes professionnels à améliorer ou à conforter. Ces entretiens pourraient se dérouler en trois étapes : bilan du ressenti de l'exercice de ses missions mais aussi des actions menées, identification des besoins ou des améliorations et définitions des attendus pour le prochain entretien. Ces entretiens réguliers se tiendront en fin de chaque période pédagogique.
En définitive, administrer un service c'est donc dans un premier temps clarifier les rôles attendus, cependant cette clarification ne peut s'affranchir d'une formation aux responsabilités de chaque membre de l'équipe en veillant à une compréhension mutuelle des objectifs visés.
B. Former aux obligations réglementaires
Les missions des assistants d'éducation peuvent se décliner en trois axes parmi lesquels se trouvent au premier plan la garantie de la sécurité, du respect du droit et du règlement. L'environnement scolaire est un milieu propice à l'apprentissage de la violence : des locaux inadéquats, des horaires contraignantes, un manque de surveillance dans la cour, une forte pression exercée par les pairs, difficultés d'apprentissage, l'échec scolaire même si sa corrélation avec la violence n'est pas mécanique, perte de motivation pour les études. Tous ces facteurs peuvent inciter et provoquer des phénomènes de violence qui sont un pas de plus vers les freins à la réussite scolaire. Le contexte de lycée professionnel n'échappe pas à ces risques voire est un contexte scolaire plus propice à la violence que d'autres contextes. En effet, nombreux sont les élèves qui n'ont pas choisi cette orientation et nombreux se sentent exclus d'une scolarité autre qu'ils jugent préférable. Dès lors ils peuvent manifester leur désarroi par des actes violents. Or, l'un des facteurs des inégalités scolaires se traduit justement par les conditions d'accueil et d'encadrement des élèves au sein de l'établissement. C'est donc pourquoi il est indispensable d'instaurer un cadre sécure favorisant l'inscription dans les apprentissages. La présence d'adultes dans tous les endroits, à l'accueil, à la cantine, dans les couloirs... permet alors de souligner la volonté de tous les adultes de l'établissement de veiller au bien-être de chacun. Il s'agit alors pour le CPE de faire prendre conscience à chacun des assistants d'éducation de la nécessité de détecter et /ou de prévenir des comportements à risque, des conflits ou des situations potentiellement dangereuses. Fort de cette vigilance, le personnel de vie scolaire contribue à créer un environnement sécurisé et juste. Une nécessité dans le lycée professionnel en question puisqu'un élève sur 5 (doc 5) affirme que le climat scolaire n'est pas du tout ou très peu satisfaisant. Être présent et visible sur le terrain permet aussi d'offrir aux élèves le moyen de se tourner vers un adulte lorsqu'il y a risque de conflit ou est l'occasion pour les assistants d'éducation de se rapprocher d'un élève isolé afin de lui permettre d'exprimer les raisons de cet isolement. 57 % des élèves interrogés au lycée professionnel X disent souffrir d'un manque d'écoute de la part des adultes (doc 5). L'encadrement opéré par les assistants d'éducation doit être exercé « dans une relation de respect réciproque et non pas sur la crainte de l'autre. » (Robbes). Dès lors, leurs missions de surveillance doivent s'exercer dans le cadre d'une interaction sociale permettant alors d'inscrire le sentiment de justice au cœur de leurs actes professionnels.
Si leur priorité est bien de rappeler le cadre du règlement intérieur, outil éducatif, les assistants d'éducation doivent alors contribuer à la gestion des absences. Le repérage et suivi des absences, s'ils sont de la responsabilité du CPE, chef de service de vie scolaire, il importe que les AED soient formés à ce repérage, car c'est souvent le premier signe de difficultés autres. Il s'agit bien de dépasser la régulation des élèves en rupture de scolarité pour développer la persévérance et la réussite de tous les élèves, garantie de leur épanouissement. Ceci implique de développer l'ambition scolaire, de valoriser toutes les compétences de chaque élève, d'adopter des pratiques innovantes et de donner du sens à l'expérience scolaire de chaque élève. Or, le lycée professionnel X présente des taux d'absentéisme très élevés dans les classes de seconde de CAP, alors même que ce sont les élèves les plus vulnérables. Comme nombreux élèves en lycée professionnel, ils cumulent majoritairement grandes difficultés scolaires, absentéisme en collège et orientation subie. Fort de ce constat, il appartient au service de vie scolaire de sécuriser les parcours de tous les élèves et de s'assurer de l'assiduité de tous, première étape d'un raccrochage scolaire. En nommant les assistants d'éducation référents de classe et en les accompagnant dans la lutte contre le décrochage scolaire, le service contribuera à l'instauration d'une justice scolaire et dans une certaine mesure d'une justice sociale. En effet, en développant la persévérance scolaire c'est permettre à des élèves le plus souvent issus de catégories sociales défavorisées d'atteindre des niveaux de qualification auxquels ils ne croient pas. Redonner confiance dans les apprentissages en informant les élèves des trajectoires scolaires possibles après le CAP, c'est aussi participer à la justice sociale que peut offrir un établissement scolaire grâce à sa politique d'établissement.
II. Inclure tous les assistants d'éducation au cœur de la politique Éducative
La vie en collectivité impose certaines règles à respecter pour le maintien d'un ordre bienveillant nécessaire au développement des élèves. Dans ce cadre, la punition et la sanction représentent des volets essentiels au sentiment de justice scolaire. Selon Eirick Prairat, la sanction permet à l'élève qui a eu un comportement déviant de se réinsérer parmi ses pairs tout autant qu'il permet au collectif de développer un sentiment de justice. Ce sentiment permet l'assimilation des règles de savoir-être et savoir-vivre nécessaires à l'insertion socioprofessionnelle. C'est toujours dans le sens de cette justice scolaire que l'attitude des adultes doit représenter un modèle. En effet, rien ne doit laisser penser que l'élève est inférieur à l'adulte mais tendre vers une relation fondée sur le respect, l'intérêt et la reconnaissance de chaque singularité. Cette volonté peut d'ailleurs faire l'objet d'un conseil pédagogique de manière à faire prendre conscience aux AED des conséquences de leur attitude au quotidien.
A. S'approprier le règlement intérieur
Le règlement intérieur a pour objet de rassembler et de fixer l'ensemble des prescriptions que doivent respecter les membres d'un groupe. L'action du service de vie scolaire sera d'autant plus efficace si chacun des membres qui la composent sauront le faire appliquer. En effet, le règlement intérieur pose aussi l'existence d'un cadre objectivé de règles connu et compris de tous. Il permet de préserver de l'arbitraire et expose le cadre de la sanction et de la punition. Reste souvent à la charge du CPE de montrer la dimension éducative de chaque punition et/ou sanction décidée. En effet, les actes d'indiscipline sont incompatibles avec les conditions de sérénité nécessaires aux missions pédagogiques et éducatives dévolues aux enseignants. C'est pourquoi il apparait nécessaire de replacer le respect des règles au cœur de la vie scolaire en redonnant tout leur sens tant aux procédures disciplinaires qu'aux sanctions susceptibles d'être prononcées afin d'harmoniser sur l'ensemble du territoire l'application des règles et procédures disciplinaires au sein des établissements, dans un souci de clarification et d'équité. Toute sanction doit être explicitée à l'élève et aux détenteurs de l'autorité parentale, ce dialogue doit leur permettre de comprendre la portée et le sens de la décision prise : « la discipline tend à faire entrer chaque élève dans une culture de la responsabilité c'est à dire à lui faire comprendre que ses actes enferment des conséquences dont il doit répondre ». En outre, toute sanction sera d'autant mieux suivie d'effets que les parents auront été avisés et convaincus des motifs de celle-ci, faisant ainsi de ceux-ci des partenaires de l'école dans l'intérêt éducatif de leur enfant. Le suivi de l'élève dans sa globalité est une des prérogatives du service de vie scolaire par le dialogue permanent avec les familles, les élèves et les enseignants.
B. Penser les punitions et les sanctions
Punitions et sanctions sont souvent opposées -à tort- au sentiment de justice. Clamer à l'injustice lorsqu'une punition ou une sanction est prescrite ou non (selon si l'on se place du côté de l'élève ou de l'adulte de l'établissement) c'est prendre le risque de s'installer dans une forme de complaisance qui empêche l'élève d'accéder à son métier d'élève au sens où Perrenoud le définit.
L'exigence, le dépassement de soi ainsi que le sens de l'effort sont nécessaires au processus éducatif. Tout l'enjeu de l'application d'une sanction juste est de ne pas faire violence (ce qui peut revenir à une forme de violence symbolique) à l'élève mais bien de l'accompagner en partant d'où il est et de l'emmener plus haut. Redonner du sens à la sanction c'est donc la présenter auprès des AED mais aussi des élèves, non pas comme un élément cœrcitif mais bien comme un outil de relation avec les adultes. Ce n'est qu'à ce prix qu'elle pourra alors être perçue de manière juste.
Par son action globale de sensibilisation aux enjeux qui sont liés aux thématiques de la sanction et de la punition, le CPE contribue à l'instauration d'un ordre scolaire fondé sur des règles reconnues de tous, parce que fondées en droit. Il s'agit pour lui de former les AED à une logique éducative visant à assurer la justice et la pertinence des réponses apportées aux manquements à la règle. La volonté de donner du sens en établissant de la cohérence en matière de sanction et de punition engage la communauté éducative à réfléchir sur les modalités de prise en charge (cas des retenues et travail éducatif à réaliser, ou dans le cas d'exclusion temporaire de l'établissement s'assurer de la continuité pédagogique), les conditions d'application de la sanction (cas des exclusions de cours) ainsi que sur les alternatives à proposer (commission éducative et mesures de responsabilisation).
Dans ce cadre, une attention toute particulière sera donnée sur le suivi des exclusions de cours. Le diagnostic de vie scolaire fait état de 643 exclusions de cours pour des motifs variés et de 177 exclusions ponctuelles de l'établissement de moins de 8 jours. Outre le protocole d'exclusion à instaurer au sein de l'établissement afin d'assurer une cohérence d'emploi de cette sanction, le CPE et son équipe veilleront à ce que chaque élève exclu puisse effectuer un rattrapage des activités manquées afin de ne pas laisser l'élève en marge des apprentissages vus en classe lors de son exclusion. Afin d'optimiser cette prise en charge, il est nécessaire, au préalable, de construire un réel partenariat avec les enseignants mais aussi avec l'équipe des AED accueillant les élèves exclus. L'installation de ce protocole de prise en charge vise alors non seulement l'apaisement d'une tension ponctuelle entre un élève et un enseignant sans le laisser en marge de ses apprentissages mais aussi à cibler les différentes stratégies mises en place par les élèves pour éviter les heures de cours et se réfugier en permanence.
III. Permettre aux AED d'accompagner la réussite de tous
La lutte contre l'échec scolaire est un enjeu constant des politiques scolaires en France depuis la massification de l'école et l'obligation légale d'enseignement et d'aide aux élèves à besoins spécifiques. Le lycée professionnel X rassemble dans des classes des élèves semblables et différents, souvent semblables au niveau de l'âge et des intérêts liés à l'enfance, mais souvent différents dans leur rapport à l'école et aux apprentissages. Pour que les élèves ne s'enlisent pas dans la difficulté qui peut conduire au décrochage, il importe de proposer des aménagements particuliers préventifs et correctifs. Philippe Perrenoud met en évidence l'importance du soutien à l'apprentissage des élèves. L'équipe en poste est composée d'AED aux compétences diverses dont les parcours riches sont aussi une richesse pour les élèves. En effet, trois d'entre eux sont spécialisés en math, français et anglais. Disciplines générales qui sont généralement le point faible des élèves accueillis en lycée professionnel. Leurs compétences diverses sont un véritable atout pour les aider, les accompagner dans leur travail scolaire voire surmonter leurs difficultés scolaires.
A. Former aux actions de remédiation scolaire
Si l'orientation pédagogique est déterminée, grâce au conseil de pédagogique, elle ne dispense pas ce conseil de réfléchir aux dispositifs supplémentaires permettant le coup de pouce dont ont besoin les élèves à un moment de leur scolarité. Il est nécessaire dans le projet vie scolaire du CPE de penser un axe sur les espaces de travail offerts aux élèves afin qu'ils puissent réaliser leur travail personnel. Très souvent au cœur des attentes des professeurs, le travail personnel de l'élève fait cependant rarement l'objet d'un enseignement spécifique, comme si apprendre une leçon, mémoriser une procédure allaient de soi. Penser avec le professeur documentaliste à une animation spécifique et régulière au CDI est une piste envisageable qui doit être complétée par un engagement des AED dans cette aide au travail personnel de l'élève. Dans ce cadre, la proposition de tutorat leur sera en priorité proposée, notamment pour l'anglais nécessaire dans le cadre de la DNL. Afin de rendre performant cet accompagnement, il est nécessaire pour le CPE de construire une formation au tutorat comprenant le temps de la définition du principe et du concept du tutorat, à savoir que le tutorat peut être défini comme une action d'aide individualisée et consentie dont l'objectif est d'accompagner l'élève dans son parcours scolaire, parfois chaotique, en développant sa capacité d'analyse et de compréhension, et donc son autonomie. Il s'agit bien d'une relation interpersonnelle, volontaire, souple et régulée, cadrée (si ce n'est contractualisée), de nature confidentielle. Un deuxième temps de formation qui permettra d'identifier le rôle du tuteur. Il s'agit bien de rappeler qu'un tuteur ne doit pas faire à la place de l'élève mais d'accompagner l'élève vers une prise de conscience de ses potentialités. Redonner confiance est un postulat pour redonner le goût d'apprendre. Comme dit précédemment, les élèves accueillis en lycée professionnel sont la plupart en échec scolaire et ils vivent leur orientation comme une exclusion d'une trajectoire scolaire dite ordinaire. Ils sont atteints dans leur estime d'eux-mêmes car persuadés d'être dans une voie de relégation, il s'agit donc bien de travailler sur la perception de soi et de sa capacité à réussir. Une capacité à réussir qui ne peut s'affranchir d'un véritable travail sur les méthodes d'apprentissage. Ce dernier point doit faire l'objet du troisième temps du tutorat. Il touche à la fois à l'attention, à la compréhension et à la mémorisation, d'une part au moment même du cours et d'autre part lors des temps de travail personnel (organisation de son temps de travail, organisation de la répartition du travail à la maison…) Il s'agit de permettre à l'élève de percevoir sa compétence à accomplir un certain nombre de tâches et qu'il peut avoit prise sur ses résultats.
Si la participation des AED dans le tutorat est un tremplin pour la réussite de tous, cette première initiative doit être un levier pour la mise en place d'un tutorat entre élèves. Dans un premier temps, l'accent peut être mis sur les nouveaux entrants au lycée afin que les années suivantes, ils puissent devenir eux-mêmes tuteurs. Offrir cette responsabilité aux élèves volontaires c'est leur permettre de développer différentes qualités comme l'entraide, le respect des différences ou encore la solidarité tout autant que la fratenité. En valorisant ces conduites, on lutte non seulement en faveur de l'égalité des chances mais on valorise aussi les élèves sur autre chose que des activités purement scolaires.
B. Faire de l'école un lieu d'épanouissement personnel
Les compétences psychosociales, selon, l'organisation mondiale de la santé (1993), se définissent par : « la capacité d'une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C'est la capacité d'une personne à maintenir un état de bien-être subjectif qui lui permet d'adopter un comportement approprié et positif à l'occasion d'interactions avec les autres, sa culture et son environnement. La compétence psychosociale joue un rôle important dans la promotion de la santé dans son acception large renvoyant au bienêtre physique, psychique et social ».
L'animation éducative permet de travailler sur « prendre des décisions, s'engager », « savoir construire son opinion personnelle et pouvoir la remettre en question », « prendre part à un dialogue, un débat : prendre en compte les propos d'autrui, faire valoir son propre point de vue » et donc de renforcer les compétences psychosociales... La contribution du service de vie scolaire sera d'autant plus reconnue qu'il aura su construire des outils de suivi et développer les compétences nécessaires pour les traiter.
Dans le cadre de l'animation éducative, l'équipe de service de vie scolaire peut proposer la mise en œuvre de différentes activités afin de permettre à chaque élève de valoriser ou de développer des compétences sociales et civiques qui sont tout autant importantes pour leur future insertion socio-professionnelle. L'équipe d'AED est constituée de 10 équivalents temps plein, et fait montre d'un large panel de différentes compétences : artistique, sportive et disciplinaire. Charge au CPE de permettre aux AED de s'impliquer dans la vie éducative du lycée. Il s'agira alors de former les AED à la démarche de projets : définition des objectifs et des modalités mais aussi d'apprendre à établir un bilan afin de pouvoir identifier les améliorations à opérer dans le cadre de la reconduction de cette action l'année suivante. L'implication des AED dans le CVL constitue aussi un véritable atout afin de développer l'implication des élèves dans la vie de l'établissement.
Les actions menées par le comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté et à l'environnement (CESCE) sont un autre levier pour développer ces compétences psychosociales à la condition que les actions envisagées soient le fruit d'une concertation partagée entre élèves et acteurs de la communauté éducative. Cette collaboration entre adultes et élèves de l'établissement devient alors un gage d'une relation juste, au profit des élèves. Fort de ce respect mutuel, il parait alors tout à fait naturel d'intégrer les élèves dans les instances réflexives et décisionnelles de l'EPLE et de porter attention à leurs requêtes et à leurs sentiments. Charge alors au CPE d'identifier les compétences des AED et de les motiver pour une implication dans cette instance. Il s'agira donc pour lui, notamment, lors du temps d'accueil spécifique à l'équipe de service de vie scolaires d'exposer tous les conseils et toutes les instances dans lesquels ils peuvent inscrire leurs actions. De fait, les AED pourront alors endosser une autre posture que celle qui communément leur est attribuée, à savoir, celle d'un surveillant sans autre motivation que celle d'interdire.
Conclusion
De façon générale, l'éthique et la posture des membres du service de vie scolaire doivent leur permettre d'asseoir leur « autorité », leur légitimité pour rappeler la nécessité d'un respect mutuel fondé sur les conditions d'un dialogue constructif entre les élèves et les adultes de l'établissement. En effet, pour qu'il y ait véritablement le sentiment d'une justice scolaire, il faut qu'il y ait une véritable volonté d'intégration des élèves dans le lycée professionnel donné. La création des conseils de vie lycéenne est une étape pour rendre l'élève acteur de son parcours et de sa vie scolaire. Leur investissement dans ce conseil doit être pris en compte dans l'évaluation de leurs compétences civiques et sociales et ne peut qu'améliorer les conditions de vie des élèves au sein de l'établissement, le bien-être étant intimement lié au concept de justice. Dès lors, le protocole visant à valoriser la contribution de la vie scolaire à l'amélioration du sentiment de justice scolaire ne peut faire l'économie d'envisager au moins trois axes : accompagner les élèves dans leur scolarité, inclure les élèves au cœur des politiques éducatives et instaurer des parcours de réussite. Le positionnement institutionnel de l'AED lui offre l'opportunité de faire partager une vision plus systémique de nature à faire évoluer la perception que peuvent avoir élèves et professeurs. Perception qui est souvent à l'origine d'un sentiment d'injustice.
En effet, l'émergence d'un sentiment de justice partagé au sein des établissements scolaires ne peut se réaliser qu'à travers une cohésion des équipes en faveur de cette justice scolaire. Ce concept doit rythmer et guider les pratiques professionnelles des différents acteurs éducatifs de manière à répondre aux missions de l'École tout en développant et préservant le sentiment de justice scolaire qui sera gage, dans le futur, d'un exercice citoyen actif et d'une plus grande justice sociale des élèves actuels. En effet, pour que l'École reste le berceau de la transmission des valeurs de la République, il ne s'agit pas seulement de prôner la justice, mais surtout de l'incarner au quotidien, car comme le précise Meirieu, ce sont bien les pratiques quotidiennes qui permettent l'assimilation des connaissances, des compétences et de la culture, essentielles à la réussite de nos futurs citoyens.