Session 2022 : Analyse de situation éducative
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Sujet

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Analyse de situation éducative : Les espaces scolaires
Partie 1 :
Vous êtes CPE nouvellement nommé(e) au collège X. Dans la perspective du prochain Conseil Pédagogique, vous proposerez au chef d’établissement une note de synthèse mettant en évidence les enjeux auxquels l’établissement doit faire face en matière d’organisation et d’utilisation des espaces.
Partie 2 :
En vous fondant sur ce document de synthèse, vous proposerez à destination du chef d’établissement du collège X, les axes stratégiques d’un projet de service vie scolaire favorisant une meilleure prise en compte des espaces de l’établissement.
Corrigé

Corrigé

Ce corrigé ne constitue qu'une proposition parmi d'autres possibles.
Le dossier proposé a pour objectif de souligner l'importance de l'organisation des espaces scolaires. Il s'agit bien d'entendre cette notion comme l'aménagement et l'organisation des lieux pour répondre aux besoins et spécificités des élèves. Il s'agit aussi de la penser comme un croisement entre architecture scolaire et modalités d'apprentissage. En d'autres termes, pour répondre aux attendus, il fallait penser la notion d'espace scolaire comme ce que définit Mazalto, 2013, « […] l'ensemble des lieux dédiés aux différentes formes d'apprentissage des savoirs et de socialisation de celles et ceux qui les fréquentent ». À cet effet, il était attendu de souligner qu'historiquement, seule la classe était considérée comme un espace d'apprentissage ou d'acquisition de compétences à organiser. Ce n'est que récemment que l'on peut observer une réflexion grandissante mettant en exergue les liens prégnants entre qualité des espaces et réussite dans les apprentissages. Dorénavant, dans un établissement scolaire tous les lieux doivent être considérés comme des tiers lieux de connaissances et de culture. C'est l'objet même du dossier qui nous invite à repenser tous les espaces comme complémentaires de la formation du jeune qu'elle soit scolaire, éducative, citoyenne, etc. Le dossier interroge aussi les possibles effets de l'architecture scolaire sur la qualité des relations interpersonnelles et donc sur le climat scolaire en général. Au-delà de la question d'esthétique, de coût et/ou de technique, l'architecture scolaire renvoie à la conception de l'élève dans l'espace scolaire, à la pédagogie choisie (collaborative, noire, etc.) et au bien-être de chacun, qu'il soit perçu de manière individuelle ou collective. Les enjeux l'organisation des espaces scolaires au sein du collège relèvent de trois dynamiques :
  • favoriser un climat scolaire propice au développement de la socialisation, de l'égalité filles-garçons, du vivre ensemble et du sentiment d'appartenance ;
  • développer la responsabilisation et l'autonomie des collégiens notamment via la variété des approches pédagogiques (coopération, différenciation, modularité, intégration du numérique, hybridation, etc.) ;
  • viser un bien-être et une santé confortés par la présence d'espaces attractifs et confortables qui répondent à la diversité des attentes et/ou besoins des élèves comme des personnels et renforcés par un travail sur l'ergonomie du cadre de vie.
Ces trois dynamiques sont infléchies par la spécificité du collège. L'entrée en sixième est non seulement marquée par la découverte de nouveaux apprentissages dans des espaces scolaires multiples mais aussi par l'élaboration d'un projet personnel déterminant pour la trajectoire scolaire de chaque élève. Dans ce cadre, penser les finalités pédagogiques et éducatives de l'occupation et/ou de l'organisation de tous les espaces revient à s'intéresser à la réussite de tous et à s'interroger sur l'action de tous les adultes afin que les élèves appréhendent ce nouvel établissement comme lieu d'épanouissement et d'émancipation.
Analyse des documents préparatoire à la partie 1 du devoir
Document 1 : Pascal Clerc, La salle de classe : un objet géographique, Géocarrefour [En ligne], consulté le 22 mars 2021. Http://openedition.org/geocarrefour/14426.Extrait
Article de valeur informative et analytique qui n'engage que son auteur.
Disposition pédagogique dans la classe
De l'enseignement mutuel à l'enseignement simultané 
Du descendant à la coopération
De l'estrade aux îlots, U
Un changement encore très peu exploité
Document 2 : Le Monde, Séverin Graveau, Architecture scolaire : Cette crise peut être l'occasion d'engager des changements.[En ligne] consulté le 15 octobre 2021.
https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/05/11/architecture-scolaire-cette-crise-peut-etre-l-occasion-d-engager-des-changements_6079828_3224.html
Article de valeur réflexive
L'épidémie du COVID est révélatrice des espaces scolaires mal pensés
Des espaces pensés comme espaces pour des élèves en activité
Les impensés de la détente, du bien-être, etc.
Seule la question de la sécurisation prédomine
PISA : les élèves français ont le plus faible sentiment d'appartenance
Avoir envie d'habiter l'établissement
École de la relation et non du cloisonnement = espaces modulables et moins standardisés
Document 3 : Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse. Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. [En ligne], consulté le 20 octobre 2021.
Https://dane.ac-bordeaux.fr/wp-content/uploads/2019/07/Memo-archoclasse.pdf
Texte de valeur prescriptive
Archi-classe
Faire évoluer la forme scolaire, l'aménagement du temps et des espaces d'apprentissage en intégrant notamment le numérique
Objectif : concevoir des espaces plus adaptés à la mise en place de projets et de démarches pédagogiques actives intégrant le numérique, modulaires et décloisonnés, permettant la circulation et le mouvement, la différenciation et la diversification des activités, l'entraide et la collaboration
Document 4 : Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse. Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. Le poids de l'aménagement de l'espace dans la pédagogie au collège Guy Moquet. [En ligne] consulté le 18 octobre 2021.
Https://archiclasse.education.fr/le-poids-de-l-amenagement-de-l-espace-dans-la-pedagogie/Extrait
Texte de valeur informative
Témoignage sur le site MEN
Poids de l'aménagement de l'espace dans la pédagogie
Mobilier = outil pédagogique
Aménagement salle de permanence et salle de cours
Permanence : îlots, tables hautes, fauteuil, ordinateurs
Salle numérique : modulables, tableau interactif
Aménagement = impact sur le climat de classe
Relations différentes à l'autre et à l'espace
Coopération, autonomie
Document 5 : Thibaut Hébert et Éric Dugas, « L'évaluation de la dimension architecturale des établissements scolaires récents. Enquête sur le ressenti des collégiens », Tréma [En ligne] , 52 /2019, mis en ligne le 1er septembre 2019, consulté le 26 octobre 2021.
Http://journals.openeditio.org/trema/5460;DOI: Https://doi.org/10.4000/trema.5460
Texte de valeur informative
L'environnement peut être perçu comme une menace au bien être
Enquête auprès des élèves : espaces interstitiels et cour de récréation peuvent être vécus comme anxiogènes
Des facteurs négatifs soulevés :
nuisances sonores, perturbatrices pour les apprentissages, aménagement intérieur : couleurs et lumière qui peut avoir un impact sur la santé, espace sécurisé et espace de liberté : deux logiques opposées
Opposition entre espace vécu et espace perçu
Attention le bien-être ne peut se résumer à l'environnement
Document 6 : Enquête interne relative au climat scolaire dans le collège X. [Extraits]. Année scolaire 2018-2019
Document à valeur informative qui interroge un échantillon d'élèves sur une période donnée à propos du climat scolaire et de leur ressenti au sein du collège.
Enquête réalisée par EMS
Document de valeur informative
23 % des élèves ne sentent pas très bien ou pas du tout bien au collège
72 % vivent dans une belle ambiance
49 % disent avoir de bonnes relations avec les adultes
Climat scolaire partagé 19 % pas ou pas du tout satisfaisant et 23 % très satisfaisant
Incidents :
49 % : un manque de respect
60 % un manque d'activités extrascolaires
48 % des locaux peu accueillants
Demande de changements :
78 % salle d'étude
86 % la cour
80 % des activités sur pause méridienne
Document 7 : Statistiques « devoirs faits », collège X. Année 2018-2019
Document de valeur informative
Sur 450 élèves répartis en 18 classes
93 élèves concernés par devoirs faits
Majorité des élèves en classe de 6e et 5e : 70 élèves
Encadrement fait par AP et Enseignant dans toutes les classes sauf en 3e
5 élèves en 3e et devoirs faits animés par AED seul
Heures adaptées à l'emploi du temps
Document 8 : Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse. Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. Circulaire n° 2003-092 du 11 juin 2003 relative aux assistants d'éducation [En ligne] , consulté le 25 octobre 2021.
Https://www.education.gouv.fr/bo.2003/25/MENP0301316C.html
Document de valeur prescriptive
Missions des AED
Fonctions des AED définies à partir des besoins et intégrées dans le PE.
Participation à l'encadrement et au suivi des élèves :
  • Surveillance
  • Appui CDI
  • Encadrement et animation FSE et MDL
  • Aide aux devoirs
  • Animation hors temps scolaire
Document 9 : Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse. Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. [En ligne] consulté le 26 octobre 2021.
https://www.dane.ac-versailles.fr/comprendre/e-education-et-espaces-scolaires
Article DANE, de Versailles.
Texte de valeur réflexive
Hétérogénéité des classes doit inviter à repenser la manière de travailler
Classe inversée, différenciation, démarche de projets afin de permettre aux élèves d'apprendre à leur rythme
Une pédagogie qui peut s'enrichir voire s'augmenter par le numérique
Organisation de la classe : flexibilité, modularité et polyvalence
Posture et apprentissages
L'école un territoire à reconquérir : penser les lieux d'accueil, les espaces de vie et le CDI
Pour développer la créativité et le travail collaboratif : fablab
Document 10 : Bilan vie scolaire du collège X. année 2018-2019- document établi par la CPE en poste.
Document à valeur informative.
Collège zone rurale
Ramassage scolaire : amplitude horaire de 42 h 30 hebdomadaires
400 élèves demi-pensionnaires
Nombre élevé de permanences régulières
Une seule cour opérationnelle sur les deux présentes dans l'établissement
Une salle d'étude de 50 places, une autre salle d'études de 15 places
1 foyer
Pas de collaboration avec le CDI
Locaux vétustes
3,3 % taux d'absentéisme
Sur trois ans : sanctions en diminution de manière générale. Mais augmentation du nombre de rapports d'incident dont 1/3 émane de la vie scolaire sur l'année 2018-2019
Temps de repas entre 1 h 10 et 2 h 10 de pause
Self à l'étage
CDI très peu ouvert sur ce temps de pause
Casiers : 1/3 non utilisable
Document 11 : Plan du collège X. [Extrait] plan étage 1
Valeur informative
1er étage du collège
Pôle audiovisuel et informatique et CDI
Salle des professeurs et bureau psyEN proche
Point fort : regroupement pour créer un véritable centre de connaissances et de culture au service de tous

Partie I
Introduction
Si l'on s'attache à examiner l'architecture scolaire, alors il est probable que nous puissions associer le bâti scolaire aux valeurs portées par le système éducatif. En effet, comme le souligne Châtelet et Le Cœur, 2004, les bâtis scolaires « racontent » l'histoire de l'éducation et des politiques éducatives et pédagogiques portées par les différents ministères de l'instruction ou de l'Éducation nationale. À titre d'exemple, si les lycées, institués par Napoléon, sont situés au cœur des villes, à la place des anciennes congrégations religieuses, dont les principes architecturaux se caractérisent par des « volumes austères, une organisation autour des maîtres mots que sont ordre et discipline » (Mazalto, 2005), c'est parce qu'ils doivent affirmer la toute-puissance de l'État en matière de formation des élites. La construction de l'école de la République de Jules Ferry n'échappe pas à cette même ambition et emprunte ses modèles architecturaux aux congrégations religieuses et à la caserne. Cette organisation est le reflet de la place accordée aux enseignements et aux élèves au sein du système. Dans son article Repenser l'architecture scolaire pour que l'École puisse faire face aux défis de la modernité, Meirieu souligne comment l'architecture met en scène la parole magistrale et descendante du maître omniscient et des élèves soumis à la pédagogie de ce même maître. Cette proximité entre architecture et conception de l'enseignement avait déjà été formulée par Foucauld dans son livre Surveiller et Punir, publié en 1975. Cependant ce modèle architectural sera délaissé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Un abandon qui n'est pas le fruit d'une réflexion sur les bienfaits de l'aménagement des espaces scolaires et sur la réussite mais qui répond à une élévation de la population scolaire. Cette massification oblige l'État à s'engager dans de nombreuses constructions afin d'accueillir tous les futurs élèves. Pour répondre à cette nécessité, il n'est donc pas question de penser une architecture développée mais bien de construire des structures à moindre coût et dont la réflexion sur l'organisation et l'utilisation des espaces se résume à l'impact financier. Il en résulte des constructions standardisées dites de style Pailleron qui confortent l'élève comme objet d'éducation et non sujet d'éducation. L'incendie du 6 février 1973 au collège Pailleron, situé dans le 19e arrondissement de Paris, dont le bilan fut tragique, sonnera le début d'une longue et lente réflexion sur l'importance du bâti scolaire. Dans un premier temps, cette réflexion s'oriente davantage vers la sécurisation des lieux pour lentement s'orienter aussi vers les conditions de réussite de tous, dont l'architecture et aménagement des locaux font partie. Cette prise en compte progressive est aussi le fruit des évolutions de la société, du rôle du pédagogue, de l'éducateur ainsi que de l'élève. Tous doivent désormais être acteurs de leur vie au sein de la microsociété que constitue l'établissement scolaire et tous doivent s'y épanouir. En effet, les préoccupations sociales sont entrées dans l'école, il ne s'agit plus seulement d'instruire mais bien d'éduquer. Or, penser les activités éducatives c'est réfléchir non seulement aux démarches éducatives mais aussi aux différents lieux, autres que celui de la classe, qui sont aussi propices à cette dimension éducative : espaces de vie scolaire, foyer, permanence, CDI, réfectoire, etc.
Si, dernièrement, la crise sanitaire a mis en exergue l'inadéquation des espaces scolaires à la distanciation notamment, la sécurisation des lieux et des personnes ne peut constituer à elle seule l'enjeu de la question des bâtiments scolaires et de leur architecture (doc 2). Les enquêtes de climat scolaire menées notamment par Éric Debarbieux soulignent l'importance de la qualité de vie à l'école. Celle-ci doit être considérée sous ses différentes dimensions physique (architecture et gestion des espaces), psychologique (qualité des relations) et culturelle. S'il va de soi dans les établissements scolaires de travailler sur les dimensions psychologiques et culturelles, la gestion des espaces reste souvent loin derrière les autres priorités ou attendus de l'école à savoir le niveau scolaire, les programmes ou encore le métier d'élève. Se conforter dans cette opinion, c'est se méprendre sur l'importance de l'aménagement des espaces. L'espace scolaire se définit comme « l'ensemble des lieux dédiés aux différentes formes d'apprentissage des savoirs et de socialisation de celles et ceux qui les fréquentent. » (Mazalto, 2013.) Par cette définition, l'auteur insiste sur la nécessité de ne pas sanctuariser les lieux mais bien de penser tous ces lieux de manière systémique tant d'un point de vue pédagogique que d'un point de vue éducatif. Une telle ambition revêt plusieurs particularités lorsqu'elle se déploie dans un collège situé en zone semi-rurale et dont l'amplitude horaire de la présence des élèves au sein de cet établissement est particulièrement grande. Dans un tel cadre, l'aménagement des espaces scolaires nécessite, peut-être encore plus que dans un collège ordinaire, d'allier une pédagogie et des apprentissages au service de la réussite au vivre ensemble. Dès lors, comment mettre en cohérence l'aménagement de tous les espaces scolaires dans une perspective de continuité d'apprentissage et de formation du citoyen ? S'appuyant sur un corpus composé de documents professionnels du collège X de valeur informative (docs 6, 7, 10 et 11), de documents de nature institutionnelle à valeur informative (docs 4, 8 et 9) et de valeur prescriptive (doc 8) et de documents de nature scientifique à valeur informative et réflexive (docs 1, 2 et 5), notre propos visera à identifier les enjeux et les modalités d'aménagement des espaces. La réflexion sur l'aménagement de l'espace scolaire au service de la réussite peut se structurer autour de deux axes principaux : l'espace scolaire au service de la construction sociale pour favoriser l'émancipation de chaque jeune et au service de la pédagogie pour viser la réussite de tous. Élaborer les éléments constitutifs d'une politique éducative visant ces deux axes suppose « que l'on pense d'abord les finalités pédagogiques et les enjeux psychosociaux, que l'on soit attentif aux formes symboliques capables de donner aux élèves les meilleures chances de réussite et qu'on favorise le travail des adultes, cadres éducatifs, enseignants, personnels afin qu'avec les élèves ils puissent ‘'habiter ce lieu''. » (P. Meirieu).
I. L'espace scolaire au service de la construction sociale
Le bien-être des élèves au sein d'un établissement scolaire est une condition sine qua non de la réussite scolaire. Toutefois, aucune forme de pédagogie ne suffira à asseoir l'épanouissement des collégiens, s'il n'est pas envisageable pour eux de s'approprier l'établissement comme un véritable lieu de vie (doc 2). Une bonne qualité de vie à l'école contribue à créer un environnement propice aux apprentissages et favorise le développement personnel de chacun. Il importe donc de penser les espaces de socialisation afin de développer le sentiment d'appartenance, levier pour instaurer un climat scolaire de qualité. Si la qualité du bâti scolaire, qui comprend l'isolation, l'insonorisation, la lumière, etc. (doc 5), contribue au climat scolaire, la rénovation des locaux ne dépend pas exclusivement des politiques éducatives, bien au contraire. L'enquête menée au sein du collège montre que cette rénovation est souhaitée par 68 % des élèves (doc 6). Ce pourcentage élevé souligne l'importance accordée à la qualité du bâtiment, c'est pourquoi, même si les rénovations dépendent de la collectivité territoriale de rattachement, cela ne dispense pas l'établissement de penser l'aménagement des espaces de socialisation afin d'améliorer le cadre de vie malgré une construction vétuste (doc 10).
A. Penser les espaces de socialisation
Si l'école est un lieu où le jeune vient s'émanciper et s'instruire par les savoirs, c'est aussi un lieu de vie dans lequel l'élève développe des compétences sociales essentielles au développement social et émotionnel (doc 9). Dès lors, il importe que l'établissement prenne en compte la dimension humaine de l'élève. En d'autres termes, l'établissement doit lui donner la possibilité de se construire dans un espace autre que la classe. En effet, si tel n'est pas le cas, alors le risque est qu'il perçoive l'école comme un lieu d'oppression, ce qui peut générer un véritable rejet (N. Catheline, 2016). La perception négative d'un élève sur son environnement scolaire peut devenir une menace sur son propre bien être (doc 5). L'enquête interne « climat scolaire » faite au collège (doc 6) révèle que 60 % des élèves considèrent qu'il existe un manque d'activités extrascolaires, 86 % d'entre eux souhaitent un aménagement de la cour et 80 % réclament des activités sur la pause méridienne. Ces chiffres illustrent de manière significative l'absence de prise en compte de ces espaces dans la formation des jeunes accueillis. Pire, si tous les espaces interstitiels aux cours ne sont pas propices à la détente c'est prendre le risque d'augmenter les incivilités et/ou les dégradations des locaux. À ce titre, l'enquête interne sur le climat scolaire du collège (doc 6) confirme ce risque. En effet, d'après les élèves, le nombre d'incidents causés dans l'établissement est dû à 49 % à un manque de respect et aussi à 49 % dû à un manque d'espace pour le bien-être. Cela se traduit concrètement au sein de l'établissement par le fait qu'une seule cour sur deux est opérationnelle et par un CDI très peu ouvert pour les élèves : 79 % des élèves réclament l'accès au CDI sur toute la journée (docs 6 et 10). Si la perception d'un élève sur son environnement scolaire est négative alors la menace de développer un sentiment de mal-être ou de générer un désengagement scolaire s'amplifie. Au regard de ce constat et des résultats de l'enquête « climat scolaire », il importe pour le collège donné de concevoir de manière réfléchie des espaces de socialisation afin de favoriser l'épanouissement des élèves. Ces espaces ne doivent pas être simplement identifiés comme des lieux décrétés de détente mais doivent être accueillants, diversifiés et propices aux interactions, pour répondre à l'ambition de réussite de tous. En d'autres termes, investir dans ces espaces c'est investir dans la création d'une communauté solidaire, reconnue et à laquelle tous les élèves appartiennent.
B. Développer le sentiment d'appartenance
L'enquête PISA de 2018 rappelle le faible sentiment d'appartenance des élèves à leur établissement. Or, il est indéniable que l'instauration d'un climat scolaire propice aux apprentissages est un enjeu majeur des politiques éducatives des établissements scolaires. Le climat scolaire se définit par la perception et/ou le jugement des parents, des éducateurs et des élèves concernant leur expérience de vie et du travail au sein de l'école. Dans le collège rural qui nous concerne, 23 % des élèves affirment ne pas se sentir très bien ou pas du tout bien au collège (doc 6). Outre l'aménagement des espaces de socialisation, il importe donc de proposer aux élèves la possibilité de participer et de contribuer pleinement à la vie de l'établissement. En effet, « le sentiment d'appartenance est un besoin fondamental de chaque être humain. Il correspond au fait de se sentir personnellement accepté, respecté, inclus et soutenu dans un certain contexte » (Goodenow & Grady, 1993). Dès lors, au sein de l'école, il contribue à lutter contre le désengagement scolaire et le décrochage scolaire. Si les éléments donnés sur le collège ne permettent pas de faire une analyse fine sur le public accueilli, le document de synthèse concernant le dispositif « devoirs faits » montre un engagement des élèves bien peu élevé au sein de toutes les classes et souligne un désengagement certain au fur et à mesure du parcours scolaire (doc 7). Sur les 450 élèves inscrits au collège, seuls 93 s'emparent du dispositif dont 70 en classe de 6e et 5e (doc 7). Ce désengagement pour la scolarité pourrait supposer que les élèves ne s'investissent dans aucune activité proposée par le collège. Pour autant, le document 6 montre que 60 % des élèves déplorent le manque d'activités extrascolaires au collège. Or, s'approprier l'établissement comme un véritable lieu de vie requiert une offre d'activités culturelles, sportives et artistiques permettant aussi de développer des compétences nécessaires à l'épanouissement personnel mais aussi transférables au sein de la classe. Refuser cette offre aux élèves, c'est prendre le risque que les élèves perçoivent le collège comme un « espace d'infantilisation et d'emprisonnement » (doc 5). Une perception qui peut être exacerbée au regard du contexte du collège. Caractérisé comme étant semi-rural, cela suppose une amplitude horaire journalière pour certains élèves plus importante que dans un établissement situé en centre-ville. Enfin, le nombre élevé de permanences régulières (doc 10) est aussi un facteur de ce ressenti d'enfermement.
La perception d'infantilisation ou d'emprisonnement est aussi le fruit des relations établies au sein d'un établissement. Moins le dialogue est instauré entre les adultes et les élèves plus le sentiment d'injustice croît. L'enquête interne de climat scolaire (doc 6) souligne que 47 % des élèves regrettent le manque d'écoute et 46 % dénoncent le manque d'équité dans l'application des punitions. Le lien entre climat scolaire, sentiment d'appartenance et victimation est largement établi par la recherche. Travailler sur les espaces scolaires implique d'étudier la sécurisation des lieux et la relation aux autres membres qui composent la communauté éducative. La relation à l'adulte doit être perçue non pas comme descendante et autoritaire mais bien fondée sur un dialogue constructif. Il semble que dans le collège qui nous concerne, un travail doive être particulièrement entrepris avec l'équipe de vie scolaire puisqu'un tiers des rapports d'incident émane du service (doc 10).
Si l'aménagement des espaces de convivialité est une condition du bien-être des élèves, il faut réfléchir aux objectifs pédagogiques et éducatifs associés et aux relations interpersonnelles à instaurer. Ne pas mener cette réflexion, c'est prendre le risque de restreindre les espaces d'apprentissages informels (doc 9). De plus, si, comme le stipule la circulaire de rentrée 2023, « l'École Républicaine est la promesse d'un affranchissement par le savoir au sein d'une école qui place l'instruction en son cœur, qui assure l'émancipation en offrant les mêmes chances et perspectives de réussite à tous ses enfants, et qui les accueille dans un espace d'apprentissage protecteur », alors le collège doit aussi penser les aménagements des espaces nécessaires au sein de la classe pour y poursuivre ce sentiment de bien-être.
II. L'espace scolaire au service de la pédagogie
Lors d'un colloque en 2003, Seymour Papert déclare :« un élève qui se serait endormi au xixe siècle, pour se réveiller 150 ans plus tard, ne serait finalement pas tellement dépaysé. Si ce n'est les vêtements, la physionomie de son environnement ne serait pas à ce point changée qu'il ne saurait plus trouver des points de repère. » Dans ses propos provocateurs, Seymour montre que la dimension normative de l'architecture n'est que le reflet d'une pédagogie majoritairement mise en œuvre. Or, il précise que l'organisation de la classe et l'acte d'enseigner sont porteurs de valeurs que la société souhaite promouvoir. En ce sens, il rappelle que les classes dans lesquelles les élèves font face au tableau et au professeur perché sur son estrade, ont été le modèle de la société de la IIIe République. Dans ce modèle traditionnel (docs 1 et 4), pour l'enseignant, l'élève vissé sur sa chaise doit s'adapter à l'école et aux méthodes d'apprentissage. En précisant cela, Papert souhaiteinterpeller tous les pédagogues sur le lien entre le climat de classe et l'aménagement (doc 1). Si les aménagements hors classe contribuent à l'épanouissement personnel de chacun, les aménagements dans la classe favorisent les apprentissages. Pour ce faire, il importe alors d'interroger les modalités pédagogiques afin de favoriser l'émergence de coopérations favorisant réussite et bien être.
A. Interroger les modalités pédagogiques
En plaçant l'élève au centre du système éducatif, la loi d'orientation pour l'école de 1989 a pour ambition de permettre à chacun de suivre une scolarité au plus haut de ses potentialités. En effet, c'est à l'enseignant d'adapter sa pédagogie au besoin de chacun. La réflexion sur l'aménagement des salles de classe vise aussi à renforcer cet accompagnement. En effet, trop souvent les salles de classe gardent leur forme magistrale du cours (docs 1 et 4). Or, désormais, il s'agit bien de privilégier un enseignement où l'interaction entre l'enseignant et l'élève est au cœur de la relation pédagogique, pour désacraliser et dépolariser le savoir. En effet, s'interroger sur les modalités pédagogiques est l'opportunité de conférer un statut nouveau à l'enseignant (doc 1). Si l'enseignant veut s'affranchir de l'image traditionnelle du détenteur de savoir et construire au sein de sa classe une fabrique de savoirs, alors il doit repenser l'organisation spatiale de sa classe. En effet, la disposition en îlots ou en U des salles est l'expression d'une volonté de co-construire le savoir (doc 1). De même, la faible participation des élèves de troisième au dispositif « devoirs faits » alors même qu'ils préparent le DNB doit être l'objet d'une réflexion sur les modalités de cet accompagnement pédagogique. S'il est dans les missions des AED de participer à l'aide aux devoirs (doc 8), il est impératif de créer une continuité pédagogique entre les temps de classe et le temps des devoirs. Penser la réorganisation de la salle de permanence en salle d'études coopératives peut être un levier pour les apprentissages et le bien-être. En effet, cette demande est d'ailleurs soutenue par 78 % des élèves du collège (doc 6). Pour autant, il ne suffit pas de se placer en rupture avec l'espace traditionnel pour que les pratiques éducatives et pédagogiques évoluent. Si les dispositions spatiales, le mobilier et les équipements jouent un rôle déterminant dans les situations éducatives et pédagogiques, ils ne peuvent à eux seuls les déterminer (Marie-Claude Derouet-Besson, 1996). C'est pourquoi il importe pour le collège d'inscrire la coopération au cœur du projet d'établissement. Cela permettra d'affirmer clairement que l'apprentissage coopératif permis par les aménagements est considéré comme une stratégie d'enseignement majeure, visant à créer une interdépendance positive.
B. Promouvoir les coopérations
Mettre en place une pédagogie de type coopérative en classe, c'est proposer des activités qui stimulent les interactions et favorisent entre autres : l'interdépendance entre pairs, l'expression, la responsabilisation des élèves, le développement d'habiletés relationnelles telles que le respect, la solidarité ou encore l'entraide. Cependant, pour qu'elle soit efficiente, il est impératif qu'elle soit partagée par tous et formalisée dans un projet d'établissement. Il s'agit bien de faire de la coopération un véritable levier de la réussite de tous et donc, sous l'impulsion du chef d'établissement, de donner du sens aux pratiques pédagogiques et éducatives du collège. Dans un premier temps, il importe pour les adultes de comprendre les espaces pédagogiques du collège. Le plan donné (doc 11) souligne la faisabilité d'un centre de connaissances et de culture au service de tous. La possibilité de s'appuyer sur un aménagement des classes tel que le propose le document archi-classe (doc 3) n'a de sens que si, et seulement si, est mis en place ce centre de connaissances et de culture en complémentarité de l'acte d'instruire. Encore une fois, cette complémentarité est l'expression de la continuité éducative et pédagogique sur tous les temps qui constituent une journée au collège.
Parce que travailler ensemble permet aussi de développer le sentiment de justice nécessaire pour la réussite, alors il est tout aussi impératif pour tous les éducateurs de l'établissement d'harmoniser leurs pratiques pédagogiques et éducatives. Même si les locaux du collège sont particulièrement vétustes (doc 10), la démocratisation de la réussite scolaire reste un impératif pour tous les collégiens. Mettre en œuvre la pédagogie coopérative est un levier pour la réussite de tous. En effet, cette pédagogie coopérative place l'élève comme acteur de ses apprentissages et constructeur de l'élaboration de ses compétences sociales et cognitives. Diversifier les modes d'apprentissage par la coopération que permet l'aménagement de l'espace, c'est permettre d'apprendre autrement et surtout de mieux comprendre ses erreurs et de se sentir moins seul face à la difficulté. Cependant, pour ancrer cette pédagogie dans la culture de l'établissement, il est impératif de commencer une réflexion sur les pratiques évaluatives qui doivent être pensées de manière collective (conseil pédagogique) amenant à valoriser davantage les compétences sociales nécessaires à la formation du citoyen. Dans ce sens, il est impératif pour le collège de permettre aux élèves de devenir acteurs et donc de s'investir dans la vie démocratique de leur établissement. Le conseil des élèves est un exemple de participation et de coopération qui permet justement de développer des compétences ou habiletés sociales transférables au scolaire : prise de parole, prise de responsabilité.
Entreprendre une réflexion au sein du collège autour de l'aménagement de tous les espaces, c'est engager l'ensemble de la communauté éducative vers la réalisation d'espaces pédagogiques, éducatifs et de convivialité visant la réussite et l'épanouissement de chacun, le bien-être en général et la sécurité. Cet aménagement inclut l'optimisation des apprentissages grâce à des salles équipées des nouvelles technologies, qui sont un levier pour les pédagogies différenciées. L'aménagement vise aussi à développer la créativité et les échanges entre élèves afin de créer de véritables laboratoires d'idées, de tâtonnements scientifiques, grâce à l'intelligence collective. Ces aménagements doivent aussi inclure la garantie de la sécurité des élèves comme des personnels. Enfin, au sein de la classe, ils permettent une adaptabilité au besoin des élèves. En effet, la flexibilité possible des espaces est l'assurance de l'adaptabilité nécessaire pour développer l'inclusion des élèves porteurs d'un handicap notamment physique. Si l'aménagement de la classe apparaît comme une condition de la réussite scolaire, l'aménagement des espaces interstitiels aux cours est aussi un facteur de bien-être et d'apaisement. Parce que ces lieux seront agréables, accueillants et propices à la socialisation entre pairs, alors les élèves seront motivés pour développer davantage leurs responsabilités et leurs compétences. Pour entrer dans ce cercle vertueux, il importe que la communauté pédagogique et éducative investisse aussi le champ hors classe, au lieu de se limiter à quelques actes de surface insignifiants : « Il semble que les adultes se donnent bonne conscience en installant un baby-foot, quelques tables et des chaises, un distributeur de boissons dans une salle sans âme ; il en faut davantage pour créer un lieu convivial, pour permettre aux jeunes de s'approprier et d'apprécier un véritable foyer. » (Mazalto, 2010)
Partie 2
En vous fondant sur ce document de synthèse, vous proposerez à destination du chef d'établissement du collège X, les axes stratégiques d'un projet de service vie scolaire favorisant une meilleure prise en compte des espaces de l'établissement.
La réussite d'un établissement scolaire tient d'abord à ce qu'il arme tous les élèves et donc les futurs citoyens de connaissances, de compétences et de règles jugées indispensables à une vie sociale et personnelle épanouie. Parce que le CPE contribue au fonctionnement de l'établissement scolaire en dehors de la classe, et que son action s'inscrit dans la complémentarité de l'acte d'enseignement, il lui incombe dans ses missions de participer à la réussite de tous les élèves. Comme celle-ci est corrélée au bien-être, les finalités du métier de CPE ont un triple objectif, d'accès au savoir, de socialisation et d'insertion sociale. Ils sont la condition du développement du sentiment d'appartenance et de l'instauration d'un climat scolaire propice aux apprentissages et à l'épanouissement personnel. Dans cette mécanique conjuguant bien-être et réussite scolaire, le service de vie scolaire tient une place particulière dans sa contribution à la politique éducative du collège. L'objectif du service ne diffère pas de ce qui est inscrit dans la circulaire de missions des CPE de 2015 : « L'ensemble des responsabilités exercées par le CPE se situe dans le cadre général de la « vie scolaire » qui peut se définir ainsi : placer les adolescents dans les meilleures conditions de vie individuelle et collective, de réussite scolaire et d'épanouissement personnel. » Face à cet objectif, quels axes stratégiques identifier dans le projet de service de vie scolaire afin de contribuer à la politique éducative choisie par l'établissement ? Si la problématique pose le CPE comme acteur essentiel dans la mise en œuvre de parcours réussite de tous les élèves, cela ne pourra se faire sans la mobilisation de toute la communauté éducative et pédagogique de l'EPLE. En effet, asseoir la réussite de tous les élèves dans un projet d'établissement c'est revendiquer la garantie d'un acte pédagogique. Pour autant, si l'acte pédagogique est garanti, il ne sera optimal et préservé que si les différents temps et espaces hors classe permettent l'épanouissement de chacun des élèves que ce soit au niveau d'une socialisation émancipatrice ou au niveau des apprentissages. Pour ce faire, il incombe au CPE d'envisager les axes de son projet de service de vie scolaire afin de promouvoir une qualité de vie satisfaisante pour les élèves durant tous les temps scolaires. Il s'agit bien pour lui et son équipe de veiller à poser les conditions d'un meilleur vivre ensemble dans tous les espaces et d'identifier ceux favorisant les apprentissages. Ces axes doivent être illustrés de modalités de mise en œuvre afin d'outiller les assistants d'éducation, qui composent le service de vie scolaire.
I. Développer des espaces et des temps de convivialité pour renforcer le vivre ensemble
L'établissement se situe en zone semi-rurale. Dès lors, beaucoup d'élèves sont soumis au ramassage scolaire qui les oblige à passer de longues journées au collège, quel que soit leur emploi du temps réel. Cette réalité est souvent perçue comme une véritable contrainte voire une sanction et peut engendrer des problèmes de comportement. Le bilan de vie scolaire montre le nombre important de rapports effectués par le service. Charge au CPE de créer les conditions pour obtenir des espaces de convivialité et d'interactions suscitant l'entraide et/ou le partage.
A. Aménager la salle de permanence
De manière générale, l'heure de permanence est définie comme un moment privilégié que les élèves doivent mettre à profit pour travailler, que ce soit pour rattraper un cours, terminer un devoir, ou simplement lire. De l'avis des adultes, majoritairement, ce temps suspendu dans l'agenda scolaire de l'élève doit être un moment studieux et calme. Or, la réalité est toute autre. Pour les élèves, elle est parfois perçue comme un moment festif puisqu'ils vont se retrouver entre copains et parfois vécue comme une heure perdue durant laquelle l'ennui est absolu. Si le lieu est en plus particulièrement vétuste, alors la salle de permanence est davantage vécue comme une punition que comme une opportunité. À cette perception, s'ajoute la différence entre les types d'animation de cette heure par l'AED. Près de 80 % des élèves du collège souhaitent un réaménagement de la salle de permanence. Cette demande est légitime et invite le personnel de service de vie scolaire à réfléchir au réaménagement de cette salle. Il s'agit bien de concevoir la salle de permanence comme l'agencement de plusieurs espaces au sein même d'un seul et grand espace. L'aménagement doit à la fois favoriser la concentration pour répondre aux exigences d'un travail personnel et individuel mais aussi envisager des espaces au sein desquels le travail de groupe peut être effectué. Charge au CPE d'effectuer les aménagements spatiaux favorables à cette conception et de former les AED dans l'animation de ces différents espaces. Il s'agit bien de veiller à ce que chaque élève accueilli puisse en fonction de ses besoins trouver l'espace le mieux adapté lui permettant en sortant de son heure de permanence de se plonger de nouveau et de manière concentrée dans ces apprentissages. L'aménagement de cet espace vise aussi à mettre en exergue des formes de travail pétries de valeurs républicaines telles que la solidarité et la fraternité.
B. Animer la pause méridienne
La cantine scolaire accueille 400 élèves sur les 450 inscrits au collège. La spécificité du collège souligne l'importance de ce temps dans la vie de l'élève. En effet, certains élèves bénéficiant de ce service ont commencé leur journée bien plus tôt que d'autres, puisqu'ils arrivent au collège par le ramassage scolaire. Or, il faut souligner l'importance d'un repas équilibré et d'un temps de pause permettant de se ressourcer afin de pouvoir se réinscrire au mieux dans les apprentissages dispensés l'après-midi. Ce temps du déjeuner doit être à la fois un temps de socialisation, d'apprentissage de codes sociaux et d'éducation à la citoyenneté (lutte contre le gaspillage alimentaire, alimentation équilibrée, de saison, etc.). Si les AED sont les acteurs premiers de la surveillance des lieux, il est envisageable que ce temps ne se résume pas à une surveillance du réfectoire et de la cour de récréation. Permettre aux élèves de se retrouver dans des clubs animés par des enseignants, des personnels éducatifs, c'est offrir aux élèves des temps de rencontre avec les adultes facilitant l'échange et changeant le regard que chacun peut avoir sur l'autre. C'est aussi créer des opportunités de divertissements artistiques, culturels, sportifs renforçant et/ ou développant des aptitudes ou compétences d'élèves. En encourageant la participation des élèves dans la conception de ces espaces, via le conseil de vie collégienne, par exemple, et en instaurant des espaces dans lesquels ils peuvent exposer leur talent, c'est faire le pari que chacun se sente valorisé et appartenir à l'établissement. C'est donc s'engager dans la voie d'un climat scolaire contribuant à l'épanouissement de chacun. Certes, si le développement de ces espaces de convivialité au collège contribue à renforcer le sentiment d'appartenance à la communauté scolaire, autrement dit s'il peut aussi avoir un impact sur le bien-être en général, il ne suffit pas à lui seul. Il est donc primordial de penser l'aménagement des espaces et des temps purement scolaires afin de favoriser et faciliter les apprentissages.
II. Instaurer des espaces de travail personnel de l'élève
Si l'efficacité du travail personnel dépend de l'engagement de l'élève dans ses apprentissages, plusieurs paramètres sont nécessaires pour en faire un réel atout. Incontestablement, cette réussite ne pourra avoir lieu que si le travail personnel s'inscrit dans un continuum pédagogique reliant les temps en classe aux temps hors classe mais aussi les lieux (classe, espaces de l'établissement dédié au travail et le domicile). Il est tout aussi impératif de penser les ponts entre tous les acteurs qui interviennent, à divers moments et selon diverses modalités. Il s'agit bien de mettre en œuvre une boucle pédagogique alliant le travail fait en classe et le travail fait hors classe. Dès lors le travail personnel ne peut se réduire aux devoirs à la maison. À l'aune du bilan de vie scolaire et du désintérêt du dispositif « devoirs faits » pour les élèves de 4e et 3e, il importe de proposer dans le projet de service afin de faciliter le développement de ce travail personnel.
A. Développer les collaborations pédagogiques
Le travail hors classe, selon les contextes sociaux, peut s'effectuer en des lieux et avec des accompagnements divers. Afin d'assurer une cohérence dans les apprentissages, il est primordial voire impératif de développer une cohésion d'équipe entre enseignants et toutes les personnes susceptibles d'accompagner les élèves sur les temps hors classe. Pour que cette coopération soit efficace, il faut qu'une formation soit dispensée. Il est possible d'envisager une formation pour les AED intervenant sur les différents accompagnements d'aide à la scolarité. Cependant pour encourager le travail collectif, une formation d'initiative locale sur ce thème serait l'assurance de regrouper l'ensemble de la communauté éducative autour d'objectifs communs. Ce serait l'occasiond'inclure davantage le centre de documentation qui dans le contexte donné semble isolé. Renforcer cette collaboration c'est offrir l'opportunité à tous les élèves de découvrir un espace de ressources et de recherches fiables afin d'aiguiser leur esprit critique. C'est aussi rendre plus accessible aux élèves un espace où l'infrastructure technologique est souvent bien plus développée qu'ailleurs dans l'établissement. Enfin, cet espace doit aussi être le lieu identifié pour valoriser les différents événements qui jalonnent la vie de l'élève : événements culturels, expositions temporaires, club journal, etc. Renforcer cette collaboration avec le CDI permet d'élargir les opportunités éducatives et pédagogiques et de promouvoir une culture de l'apprentissage continu au sein du collège. La collaboration pédagogique avec les assistants d'éducation revêt aussi une importance particulière. Comme vu précédemment, ils ont en charge la salle de permanence, mais reçoivent aussi les élèves exclus. Pour que cette exclusion devienne un véritable acte éducatif et pédagogique, il importe que les enseignants adhèrent à un protocole d'exclusion dans lequel sera indiqué le plan de soutien pour l'élève. Certes, l'exclusion vise à sanctionner un comportement dangereux, pour autant, elle ne peut être source de rupture de continuité pédagogique. Dans ce cadre, il est nécessaire que l'accompagnement de cet élève soit spécial. La petite salle dite de travail, décrite dans le rapport d'activité, pourra être identifiée, comme l'espace réservé aux élèves exclus mais aussi comme étant le lieu de réconciliation avec les sujets divisés. Il s'agira alors pour l'enseignant, l'élève et le CPE de se rencontrer afin de considérer les modalités de réintégration de l'élève au sein de la classe.
B. Repenser le dispositif « devoirs faits »
Conçu comme soutien scolaire offert aux élèves volontaires, le dispositif vise à créer un environnement favorable à la réussite en proposant les ressources et le soutien nécessaires pour développer l'autonomie dans le travail personnel. Ce dispositif a pour ambition première de permettre aux élèves de trouver les moyens de surmonter les blocages organisationnels ou cognitifs qu'ils peuvent rencontrer seuls face à leurs devoirs. Le bilan vie scolaire donné dans le dossier ne permet pas de comprendre pourquoi les élèves de 4e et 3e désertent cet accompagnement alors même qu'ils sont directement concernés par une orientation fondée sur les résultats scolaires. Pour remédier à cet état, il importe de développer de nouvelles collaborations dont la première est celle avec les parents. Conscients des problèmes que le travail à la maison peut susciter et informés sur le dispositif puisque leur enfant en a bénéficié en 6e et 5e, ils sont de véritables alliés pour convaincre leurs enfants de s'emparer à nouveau de ce dispositif. Il s'agira de rappeler cette possibilité dès la rentrée lors de la réunion parents-professeurs. Il est indéniable que le volontariat de l'élève est très souvent lié au sens qu'il donne et que sa famille donne à sa scolarité et à l'élaboration de son projet personnel. C'est pourquoi, il est primordial de se saisir de toutes les rencontres avec les parents afin de les impliquer dans ce dispositif.
Enfin, l'obligation faite à la rentrée de mettre en place ce dispositif pour tous les élèves de 6e oblige la communauté éducative à s'interroger sur l'articulation du travail fait en classe avec le travail à faire en dehors de la classe. Pour ce faire, la communication sur les devoirs à rendre entre les enseignants et les personnels qui encadrent le dispositif doit être pensée, fluide et efficiente. De même, les locaux accueillant ce dispositif doivent susciter l'envie d'apprendre, c'est pourquoi, il est indispensable de se rapprocher du CDI afin de doter cet espace de livres, dictionnaires mais aussi d'ordinateurs afin de favoriser les recherches éventuelles.
Si l'on se penche sur la question des espaces au sein d'un établissement scolaire, deux idées principales émergent inévitablement. L'une est de penser l'aménagement comme le reflet de la construction sociale que l'on souhaite offrir aux élèves accueillis. L'autre est celle qui s'intéresse plus particulièrement aux environnements d'apprentissage. Si l'on souhaite réellement s'interroger sur l'impact des espaces scolaires sur la réussite et l'épanouissement alors il faut penser l'établissement non pas comme une entité simplement scolaire mais bien comme un environnement d'apprentissage et de socialisation. Cela suppose que tous les aménagements opérés visent à la fois la persévérance scolaire et l'épanouissement personnel. Il ne s'agit plus de poser un cadre figé mais bien de réfléchir à la conception d'espaces flexibles afin de s'adapter plus facilement aux besoins des élèves. Les salles de classe modulables permettent aux enseignants de varier les modalités pédagogiques et favorisent les coopérations entre pairs. La volonté d'établir des liens et des coopérations entre les disciplines permet aussi de faire de l'établissement un lieu de vie. En effet, l'éducation à la citoyenneté passe aussi par une mise en pratique. La prise en compte des avis des élèves à travers le jeu démocratique des instances (CVC, Conférence des délégués, CA, etc.) et l'apprentissage de l'expression individuelle dans l'expérience du débat argumenté sont pressentis comme pouvant améliorer les relations au sein de l'établissement dont on sait qu'elles sont à certains égards déterminantes quant à la motivation des élèves. Enfin, si l'aménagement des espaces nécessite de développer des collaborations, il permet aussi de favoriser des coopérations (au sens étymologique du terme, faire œuvre commune) favorisant non seulement l'appétence scolaire mais aussi la formation de futurs citoyens libres capables de vivre ensemble et défendant les valeurs de la République. C'est pourquoi chaque éducateur doit faire preuve d'une volonté et d'une capacité à faire vivre ces valeurs dans ses pratiques pédagogiques et éducatives. Car il est de toute évidence impossible de faire adhérer à ces valeurs en les imposant par une simple transmission ou un dressage, comprendre ce que signifie « être libres et égaux en droit » faire preuve de solidarité et de fraternité, saisir le sens du respect d'autrui et du principe de laïcité, nécessite de vivre ces valeurs, d'y être confronté en pratique pour reconnaître qu'elles sont justes et indispensables à la vie en société.