Session 2026 : Analyse de situation éducative (nouveau)
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Sujet
Thème du dossier : la parole de l'élève
La prise en compte de la parole de l'élève constitue un levier éducatif essentiel au service de sa réussite. En prenant appui sur le dossier documentaire proposé, ainsi que sur vos connaissances personnelles, vous répondrez aux trois questions ci-dessous :
1. En quoi la prise en compte de la parole de l'élève au sein de l'établissement scolaire est-elle une condition nécessaire à la qualité de ses apprentissages ?
2. De quels leviers l'établissement scolaire dispose-t-il pour favoriser la parole des élèves ? Vous développerez votre réponse en présentant et analysant deux leviers.
3. Quelles démarches s'appuyant sur la prise en compte de la parole de l'élève peut-on mobiliser pour contribuer à son bien-être à l'école ?
Corrigé
Corrigé
Ce corrigé ne constitue qu'une proposition parmi d'autres possibles.
Ce sujet est le premier proposé par le directoire du concours suite à la nouvelle mouture du concours ouvert en L3. À la différence des sujets proposés antérieurement, il se compose de trois questions auxquelles il faut répondre dans l'ordre. Pour autant, si les questions imposent une organisation de la réponse, elles ne dispensent pas d'une introduction et d'une conclusion générales. Attention, ces deux parties ne sont pas demandées explicitement ; cependant, la présence de ces deux éléments permet de réaliser un devoir auquel on donne un sens dans son entièreté.
Le dossier proposé a pour objectif de souligner l'importance de la parole de l'élève afin d'asseoir sa réussite scolaire et personnelle. Si, en contexte scolaire, la parole permet de développer une liberté d'expression, si elle favorise l'engagement, l'autonomie intellectuelle et la compréhension des savoirs, elle est aussi un véritable levier d'affirmation de soi et d'appartenance à un collectif. Dans ce contexte, il ne s'agit pas simplement d'établir voire de réciter les facteurs favorables à l'établissement d'un climat scolaire propice aux apprentissages, mais bien de souligner les dimensions éthiques et la légitimité accordée à cette parole de l'élève.
Prendre en compte la parole de l'élève et la légitimer n'est pas chose aisée dans le système éducatif. Malgré des injonctions considérant l'expression orale comme un apprentissage et des compétences à la fois disciplinaires et sociales à développer, la prise en compte de la parole des élèves rencontre des résistances dans les pratiques professionnelles en établissement. La représentation déviante de la parole de l'élève perdure, et permettre l'expression des élèves, c'est aussi prendre le risque de s'exposer à la critique. Or, tous les professionnels ne sont pas prêts à écouter ni à admettre une critique visant les pratiques mises en place au sein de l'établissement. C'est pourquoi, de manière générale, les élèves ont peu d'espace de parole et quand ils s'en emparent, elle n'est que très peu légitimée. L'illustration de ce constat est la réelle difficulté à trouver des représentants des élèves pour les différentes élections : délégués de classe, délégués CVC, CVL, éco-délégués…
Au-delà des instances participatives, l'oral n'a pas toujours été une composante de l'apprentissage. S'il est une composante de l'école maternelle, l'ensemble du parcours scolaire de l'élève est construit spécifiquement voire quasi exclusivement par l'écrit : évaluation des acquisitions scolaires, dossier d'orientation, lettre de motivation… La fin même de l'École est ponctuée par des sessions écrites d'examen. Seules les épreuves orales étaient des épreuves de rattrapage avant les réformes du DNB et du baccalauréat. Avant la réforme du DNB en 2017, l'épreuve orale de français pouvait être l'unique expérience de l'oral pour un élève. Lors de cette évaluation, c'est l'aisance à l'oral et la qualité de l'argumentation des élèves qui sont principalement visées. Il s'agit alors pour l'élève d'être en mesure de construire un exposé par une argumentation structurée, de proposer un support visuel adapté grâce aux outils mis à sa disposition et enfin de travailler l'oralité via des exercices d'entraînement. La mise en place du grand oral du baccalauréat, en 2020, vient renforcer cette ambition de doter de compétences orales tous les élèves. Sa mise en place est d'ailleurs soutenue par trois arguments :
  • celui de développer les compétences orales des élèves dans le cadre des enseignements du collège au lycée ;
  • celui de favoriser les apprentissages grâce une pratique plus explicite de l'oral ;
  • celui de réduire les inégalités dues justement à une expression orale qui peut potentiellement être un frein à une évolution professionnelle et à une insertion sociale épanouie.
Finalement, la volonté de prendre en compte la parole de l'élève et de développer un apprentissage de l'oral dans la classe et hors la classe est une réponse aux différents enjeux nécessaires à la construction du futur citoyen et une affirmation de la volonté de lutter contre les inégalités scolaires et sociales :
  • un enjeu social : travailler l'oral permet de faciliter la réussite scolaire et sociale de tous les élèves, dans un objectif d'égalité des chances ;
  • un enjeu citoyen : les adolescents usent souvent d'affirmations, de points de vue tranchés, souvent binaires (vrai/faux, noir/blanc…). Travailler l'oral permet d'accéder à la nuance des propos, notamment à travers la pratique du débat ou le travail sur l'argumentation ;
  • un enjeu didactique : il s'agit de relever le double défi de travailler mieux chaque discipline grâce à l'oral (meilleure compréhension des apprentissages et des concepts scientifiques par une meilleure maîtrise de la langue) et de développer les compétences orales grâce à chaque discipline.
L'importance donnée à l'oral résulte à la fois d'une demande scolaire et d'une demande sociale. Il s'agit non seulement d'enseigner l'oral pour développer la participation de tous et le raisonnement collectif, mais aussi de développer les compétences psycho-sociales nécessaires et utiles pour s'inscrire dans le collectif. Pour autant, si les études abondent sur la didactique de l'oral, elles se cantonnent à des démarches pédagogiques. Or, prendre en compte la parole de l'élève, c'est aussi accueillir son expression sans chercher à interpréter ou juger son propos. C'est à cette condition que la parole de l'élève constituera un véritable levier éducatif au service de sa réussite.
Étude des documents
Document 1 :
Quelle place pour la parole de l'élève ? SUEUR Bastien et TOZZI Michel, 2017, Cahiers pédagogiques, N° 538 (juin), [p. 10, présentation du dossier].
Document à valeur réflexive
Trois enjeux de la place de la parole :
  • enjeu identitaire : modalité par laquelle on s'approprie une langue ;
  • enjeu réflexif : moyen de socialisation mais aussi de réflexion : penser, conceptualiser grâce à la parole
  • enjeu citoyen : « la démocratie fonde sa légitimité sur la voix de chacun et de tous »
Éléments de réponse à prendre en considération pour la :
Question 1 :
La parole de l'élève est un levier d'apprentissage car elle permet de « façonner sa personnalité, [d']étayer sa pensée, [d']incarner et témoigner des appartenances collectives ».
Question 2 :
La parole permet de créer les conditions du débat non seulement grâce aux instances représentatives, mais aussi au travers des modalités pédagogiques mises en place dans la classe.
Question 3 :
Prendre en compte la parole, c'est offrir aux élèves un espace rassurant et de confiance. S'assurer de la liberté d'expression, c'est offrir aux élèves la possibilité de se sentir appartenir à un collectif.
Document 2 :
mission « Enseigner et apprendre en confiance et en sécurité : un enjeu essentiel pour la nation », rapport N° 23-24-004A, novembre 2024, Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche, 94 pages. [Extraits p. 48-49 ; p. 52 ; p. 54-55] [Consulté 10 novembre 2025]
Document à valeur informative
« Le climat scolaire ne peut s'apaiser sans un engagement collectif et une responsabilisation plus grande de la communauté scolaire, notamment les élèves eux-mêmes. »
Éléments de réponse à prendre en considération pour la :
Question 2 :
Formation à la médiation par les pairs, tutorat, rôle d'ambassadeur.
Renouveler les responsabilités.
Développer les instances CVC/CVL.
Associer tous les élèves et pas seulement les élus à la prise de décision.
Question 3 :
Adultes référents
Alliance éducative
Développer une éthique de la relation qui se fonde sur :
  • La reconnaissance de l'intérêt à développer la parole de l'élève.
  • La protection de la parole de l'élève : pouvoir parler en toute sécurité.
Éthique de la relation
Document 3 :
Accueillir la parole des élèves dans la classe : discussion, coopération, responsabilisation, PORTHÉ Émeline et DRIDI Sarra, 2022, Administration & Éducation, N° 175 (3), Parlons des élèves… Et si on les écoutait ? ; pp. 73-78. https://doi.org/10.3917/admed.175.0073 [extraits] [Consulté 02 novembre 2025]
Document à valeur réflexive
Les politiques éducatives des établissements doivent répondre « aux besoins psychiques fondamentaux de l'élève afin de créer un cadre sécurisant et stimulant des apprentissages. L'un des leviers pour satisfaire ces besoins est le fait d'être écouté, d'être considéré comme un interlocuteur valable ».
Éléments de réponse à prendre en considération pour la :
Question 1 :
La prise de parole permet de favoriser la persévérance scolaire.
Favorise le développement des compétences psycho-sociales et les progrès dans les apprentissages.
Question 2 :
Organisation de la classe
Autorégulation par le conseil coopératif
Heures de vie de classe
Les discussions à visée philosophique
Question 3 :
Entretiens-conseils
La prise en compte de la parole de l'élève doit aussi s'incarner dans la vie de la classe, car elle est un déterminant indissociable de la relation pédagogique.
Document 4 :
Infographie « Ressources pour agir » du Groupe Départemental Climat Scolaire de Moselle, « Ce que recouvre chacun des 7 facteurs », 2020, académie de Nancy-Metz, 56 pages [Extrait p. 7].
Document à valeur institutionnelle
Le climat scolaire est fondé sur l'expérience quotidienne des acteurs de la vie scolaire et reflète des normes, des objectifs, des valeurs, des relations interpersonnelles, des enseignements, des apprentissages, des dynamiques de groupe et structures organisationnelles.
7 facteurs contribuent à l'instauration d'un climat serein.
Éléments de réponse à prendre en considération pour la :
Question 1 :
Prévention des violences et du harcèlement
Coéducation
Question 2 :
Pédagogie et coopération
Justice scolaire
Question 3 :
Pratiques partenariales et stratégies d'équipe
Qualité de vie à l'école
Document 5 :
Infographie « Comment s'engager dans les instances de la vie lycéenne » – Ministère de l'Éducation nationale – Les semaines de l'engagement – https://www.education.gouv.fr/les-semaines-de-l-engagement-9857 [consulté le 2 novembre 2025]
Document à valeur prescriptive
Le document met en exergue la représentativité des élèves et souligne la manière de s'engager dans les instances.
Éléments de réponse à prendre en considération pour la question 2 :
Leviers pour favoriser la prise de parole des élèves :
  • délégués de classe/éco-délégués
  • renforcer la vitalité des instances CVC/CVL
  • prolongement des instances participatives dans les autres instances, notamment le CESCE
Document 6 :
Circulaire n° 2016-008 du 28-1-2016 MENESRDGESCO « Mise en place du parcours éducatif de santé pour tous les élèves » [extraits] – [consulté le 2 novembre 2025]
Document à valeur prescriptive
Le document définit la santé comme un enjeu primordial au sein du système éducatif dans ses dimensions physique, psychique, sociale, et environnementale. La santé est présentée comme un facteur de réussite scolaire.
Éléments de réponse à prendre en considération pour la question 3 :
La promotion de la santé en milieu scolaire constitue l'un des meilleurs leviers pour améliorer le bien-être et réduire les inégalités, en intervenant au moment où se développent les compétences et les connaissances utiles tout au long de la vie.
Parcours éducatif de santé (PES) vise à structurer la présentation des dispositifs qui concernent à la fois la protection de la santé des élèves, les activités éducatives liées à la prévention des conduites à risques et les activités pédagogiques mises en place dans les enseignements en référence aux programmes scolaires.
Code de l'éducation « au titre de sa mission d'éducation à la citoyenneté… »
Finalité du PES :
Structurer et renforcer l'action de l'EPLE en matière de santé.
S'appuyer sur le socle commun, programmes, besoins et demandes des élèves, ressources.
S'inscrire dans le PE, axe du CESCE.
Être finalisé dans un document bref, intelligible.
Les 3 axes du PES :
  • Éduquer (compétences à acquérir).
  • Prévenir (actions centrées sur les problématiques de santé prioritaires).
  • Protéger (climat scolaire favorable).
Document 7 :
Infographies « Les facteurs de risques et les facteurs de protection de la santé mentale » et « Les principales étapes du protocole santé mentale » – Agir pour favoriser la santé mentale et le bien-être des élèves ; site Eduscol [mise à jour octobre 2025] – https://eduscol.education.fr/4063/agir-pour-favoriser-la-sante-mentale-et-le-bien-etre-des-eleves – [consulté le 10 novembre 2025]
Document à valeur institutionnelle
Promouvoir la santé à l'école permet l'adoption de comportements favorables et l'adaptation de soins nécessaires grâce à la détection et la prévention ; bénéficier d'un environnement scolaire sécurisant impacte le bien-être des élèves.
L'École doit être attentive aux facteurs de risques et de protection qui peuvent venir aggraver ou favoriser la santé mentale des élèves qu'elle accueille.
Éléments de réponse à prendre en considération pour la :
Question 1 :
Facteurs de protection : développement de l'esprit critique.
Question 2 :
Établir un protocole de santé mentale.
Parcours santé
CESCE
Question 3 :
Constituer une équipe ressource et informer sur l'existence du protocole.
Accompagner et former les adultes au repérage.
Développer la coéducation.

Introduction générale
Dans son ouvrage Révoltes de lycéens, révoltes d'adolescents au xixe siècle, Agnès Thiercé souligne les difficultés relationnelles présentes au sein des établissements scolaires, au premier rang desquelles se trouvent les relations conflictuelles voire violentes avec les enseignants ou les surveillants généraux. Les révoltes et mutineries de lycéens qui jalonnent la décennie de 1880 sont l'expression de la dénonciation d'une discipline autoritariste et vexatoire instaurée dans les établissements scolaires. Si les mécontentements sont nombreux et si les mutineries sont présentes partout en France, ils prouvent aussi non seulement la solidarité entre adolescents, mais également le besoin de ces mêmes jeunes de participer à la vie de l'établissement. En effet, les différentes mutineries naissent soit à cause d'une décision disciplinaire jugée comme trop autoritariste, soit par la dénonciation de conditions de vie trop coercitives : silence au réfectoire, mauvaise qualité des repas, absence de sortie libre… Les différents manifestes rédigés font tous état d'une demande de création d'une commission d'élèves qui puisse émettre des vœux sur le fonctionnement du lycée. La circulaire de juillet 1890 est une forme de réponse à la flambée des mutineries qui ont jalonné la décennie précédente. Elle prend en compte certaines revendications des lycéens en appliquant un nouveau régime disciplinaire.
Un siècle plus tard, les mouvements lycéens de 1990 sont motivés de nouveau par les mauvaises conditions d'études dues notamment au manque de moyens et au faible taux d'encadrement des élèves. Ce mouvement est particulier, car contrairement à tous les autres, la mobilisation vient de la périphérie. Pour la première fois, les classes populaires exigent d'être entendues, se disent concernées par l'avenir de l'École et expriment leur volonté de participer à l'organisation de l'École et du monde de demain. La création de CAVL(1), composés à parité de représentants des délégués des élèves et de représentants des collectivités territoriales, des associations et des organisations représentatives (associations de parents d'élèves, organisations d'enseignants, représentants d'associations et du monde périscolaire, culturel et économique), est une réponse institutionnelle pour prendre en compte les besoins des lycéens. Devant se réunir au moins trois fois dans l'année, le conseil doit présenter ses propositions d'amélioration sur des sujets relatifs aux conditions de vie scolaire et de travail scolaire. C'est dans cette instance que les lycéens peuvent exprimer et proposer les aménagements pour améliorer leur vie scolaire.
En 2015, l'acte II de la vie lycéenne interpelle les adolescents par ce slogan : « Envie d'agir ? Soyez délégué ! » Cette invitation lancée par le ministère de l'Éducation nationale confirme la volonté ministérielle de s'engager dans le système représentatif au sein de la classe, du collège, du lycée ou encore des instances académiques et nationales au compte de tous les élèves, pour améliorer la vie des élèves et des établissements. Cependant, si la volonté des différents gouvernements prouve l'ambition de développer le futur citoyen, l'exercice de cette citoyenneté, et donc de la liberté d'expression, semble circonscrit à un programme d'éducation à la citoyenneté et à des méthodes d'apprentissage très frileuses quant à la volonté de libérer la parole de l'élève et ainsi permettre le débat par la confrontation d'idées(2).
Si toutes les instances reflètent, à l'intérieur des microsociétés que sont les établissements scolaires, un système de représentation qui permet l'expression, l'engagement, l'implication des élèves dans le fonctionnement, rien ne permet d'affirmer que ce système laisse place à la parole de tous les élèves. D'une part, parce que la mise en place de ce système revient à bousculer le schéma classique traditionnel de l'adulte tout-puissant qui détermine et apporte le savoir à l'enfant, qui doit être reconnaissant. Il est donc impératif que les adultes, non seulement s'adaptent et continuent à accompagner au mieux les élèves, citoyens en devenir, dans l'accomplissement de leur engagement, mais aussi qu'ils autorisent cette parole au sein même de la classe ou de tous les autres espaces de vie scolaire. D'autre part, c'est engager l'adulte à favoriser les usages sociaux de la parole en classe, afin de freiner voire d'enrayer les enjeux de pouvoir et/ou de reconnaissance sociale qui peuvent émerger de manière consciente ou non. Les observations menées par Sébastien Goudeau montrent que « les élèves issus de milieux favorisés se saisissent davantage de la parole, parlent plus longtemps, et ont davantage tendance à couper la parole au pair ou à l'adulte, par rapport aux élèves issus de milieux défavorisés. Les enseignants, de leur côté, ont également tendance à interroger plus souvent, et même plus facilement, les élèves issus de milieux favorisés.(3) » Pour qu'elle ne soit pas un objet discriminant, la parole de l'élève doit alors revêtir véritablement deux dimensions indispensables à la formation de l'élève : une dimension communicationnelle et une dimension altruiste. C'est l'ensemble de ces deux dimensions qui permet la construction de l'élève. Parce que la parole collective permet à l'élève de se distancier de ses propres émotions parfois violentes, parce qu'elle est autorisée et respectée en classe ainsi que dans tous les espaces de vie scolaire et parce qu'elle ne sera pas qu'une affaire de transmission de savoirs, alors l'élève considéré dans sa prise de position, reconnu dans sa légitimité à argumenter sera disponible pour entendre et reconnaître la légitimité de la parole de l'autre. C'est en ce sens que l'on peut qualifier la parole d'altruiste. En effet, elle permet d'aller à la rencontre de l'autre et de le reconnaître dans sa singularité. Cependant, cette double dimension de la parole ne va évidemment pas de soi. En effet, si la prise en compte de la parole de l'élève constitue une étape importante pour sa persévérance scolaire, comment l'établissement peut-il inscrire cette dimension au cœur de sa politique éducative et pédagogique ? Après avoir démontré le lien prégnant entre la prise en compte de la parole de l'élève et la qualité des apprentissages, les leviers pour inscrire la parole de l'élève au cœur des pratiques pédagogiques et éducatives seront identifiés. Puis dans une dernière partie, il s'agira d'identifier quelles démarches mobiliser pour développer la prise de parole et favoriser le bien-être à l'école.
La réflexion s'appuiera sur un corpus composé de 7 documents. Un premier ensemble de documents est constitué de deux documents à valeur prescriptive (documents 5 et 6), un groupe de documents à visée institutionnelle est constitué des documents 4 et 7. Les documents 1 et 3 sont à visée réflexive, et enfin le document 2 est à visée informative.
Question 1 : En quoi la prise en compte de la parole de l'élève au sein de l'établissement scolaire est-elle une condition nécessaire à la qualité de ses apprentissages ?
Dominique Glasman définit la réussite éducative comme « ce à quoi parvient un enfant ou un adolescent au terme d'une période donnée, au cours de laquelle il a été soumis à une action éducative, et qui se caractérise par un bien-être physique et psychique, une énergie disponible pour apprendre et pour entreprendre, une capacité à utiliser pertinemment le langage et à entrer en relation…(4) » Or, pour entrer en relation, il faut poser deux conditions : le droit au respect et à l'apprentissage du respect. Pour ce faire, il importe aux adultes de l'établissement de sécuriser tous les espaces dans lesquels les élèves peuvent s'exprimer. En effet, la parole ne peut se libérer que si et seulement si l'élève est préservé de tout jugement ou de toute moquerie et uniquement s'il ne craint ni l'erreur ni l'échec. Seule l'instauration d'un contexte serein et bienveillant permet de lever les hésitations de l'élève à s'engager à la fois personnellement en tant que sujet, mais aussi à se saisir de ses apprentissages pour questionner l'adulte. Or, questionner l'adulte implique d'avoir « des interlocuteurs valables » (doc 1). Il s'agit aussi bien ici de laisser parler l'élève pour lui donner la possibilité de débattre et de réfléchir par lui-même, condition indissociable de situations d'apprentissage, que d'accepter d'accueillir la parole malgré ses imperfections cognitives. Car c'est par cette réflexion et cette verbalisation de ses questionnements que l'élève s'engage dans ses apprentissages (doc 3). Sa parole lui permet de se placer en posture d'apprenant, car elle l'oblige à conceptualiser, à problématiser et à argumenter. Grâce à ce procédé, l'élève développe non seulement une forme de métacognition, mais il favorise aussi son autonomie, sa responsabilité et son esprit critique (doc 3). Comme nul n'est censé ignorer que l'élève qui agit est un élève qui apprend mieux, qui s'engage plus volontiers, et qui s'inscrit durablement dans ses apprentissages, il importe donc de s'assurer de cette liberté de parole au sein de la classe afin de se sentir appartenir à ce collectif d'apprentissage non seulement scolaire, mais aussi social (doc 1).
Favoriser la parole de l'élève n'est pas seulement bénéfique pour l'élève lui-même. C'est aussi un excellent levier pédagogique pour l'éducateur. Certaines inégalités scolaires naissent et grandissent au sein même des interactions pédagogiques et/ou éducatives, à l'insu même de leurs acteurs. L'invisibilisation des objectifs de savoir, voire des savoirs eux-mêmes au cours des activités scolaires ou périscolaires, peut parfois leurrer les élèves sur leurs acquis et leurs progrès. Il en est ainsi des élèves qui se concentrent sur la réalisation technique de la tâche à effectuer sans repérer le savoir à acquérir. Il est alors nécessaire d'aider l'élève non pas dans la réalisation de la tâche, mais dans la compréhension de l'objectif de celle-ci, afin de la penser et de repérer le savoir. Il semble que cette inégalité dans la capacité à penser l'activité soit au centre des inégalités entre les élèves, et seule une verbalisation peut amener l'éducateur à comprendre l'incompréhension de l'élève. À cet effet, il pourra reconsidérer sa formulation afin d'expliquer autrement. La première difficulté dans les interventions des éducateurs tient dans le registre de langue utilisé. L'utilisation d'un code restreint, qui se concentre sur la tâche à réaliser, qui s'efforce de trouver des synonymes pour faire accéder les élèves aux savoirs semble pénaliser les élèves en difficulté par rapport à ceux auxquels l'on s'adresse via un registre élaboré, sans peur de mobiliser les notions. De même, le discours « primaire », de l'ordre de la discussion quotidienne, permet peu d'amener les élèves aux savoirs, quand le discours « secondaire », mobilisant les codes des disciplines et le registre de l'argumentation est plus profitable aux élèves. Les manières de cadrer le travail des élèves, la nature des activités demandées tout comme les façons de s'adresser aux élèves participent toutes d'un processus de formation des inégalités, alors même que l'objectif inverse est recherché. Les bons élèves sont par exemple utilisés comme des auxiliaires pédagogiques, qui s'adressent à toute la classe, quand les élèves en difficulté sont interrogés pour eux-mêmes. On se focalise alors sur les tâches à accomplir, cadrant fortement les comportements et les objectifs techniques et détournant ainsi ces élèves de l'objectif intellectuel final, puisque celui-ci se concentre sur les objectifs intermédiaires très normatifs. En permettant l'expression des élèves, l'éducateur recueille les représentations ou incompréhensions de ceux-ci, et identifie alors les malentendus socio-cognitifs. Asseoir une amélioration de la qualité de la relation pédagogique et éducative entre l'éducateur et les élèves, rendue possible grâce à l'oral, permet un regain de motivation pour des élèves en difficulté à l'écrit comme à l'oral. Développer les capacités d'expression orale des élèves, c'est aussi les aider à mettre des mots sur leurs émotions en leur évitant de les extérioriser par des actes « violents », et ainsi contribuer à instaurer un meilleur climat de classe et d'établissement.
Enfin, parce que l'élève sait qu'il sera écouté, parce qu'il aura confiance dans les adultes qui l'accompagnent, il pourra mettre ces compétences acquises au service des instances représentatives de l'établissement. L'engagement des élèves ne sera pas perçu comme un vain mot, mais bien comme étant une préoccupation de la politique éducative de l'établissement. C'est justement dans les établissements scolaires où la parole de l'élève est légitimée que les élèves s'engagent davantage dans les instances participatives. Le cercle vertueux d'une éducation à la citoyenneté s'opère alors. Participer aux différentes instances leur permet d'apprendre à argumenter, à écouter les idées d'autrui, à débattre et à prendre des responsabilités. Autant de compétences sociales et civiques qui viennent renforcer les apprentissages scolaires (docs 3 et 7).
En définitive, prendre en compte la parole de l'élève, c'est l'autoriser à s'émanciper et reconnaître sa légitimité d'expression. Il ne s'agit pas ici de l'autoriser à tout exprimer sur tous les tons, mais bien d'en faire un être social, responsable et engagé. Pour ce faire, l'éducateur doit se considérer comme le garant de l'organisation de la coopération des adultes avec les élèves. Une coopération qui ne peut souffrir d'un manque de véritable réflexion sur les adaptations pédagogiques nécessaires à l'instauration d'un climat de confiance.
Question 2 : De quels leviers l'établissement scolaire dispose-t-il pour favoriser la parole des élèves ? Vous développerez votre réponse en présentant et analysant deux leviers.
À côté de l'individualisation des pratiques pédagogiques au sein de la classe favorisant la prise de parole pour mieux s'approprier les savoirs, doivent se développer de nombreuses dispositions destinées à faire de l'établissement un lieu de vie et d'expression. Les lieux d'expression sont multiples dans un établissement scolaire. La classe et le centre de documentation sont de prime abord les endroits où s'expriment davantage les questionnements pédagogiques et dans lesquels se confrontent les arguments aussi bien scientifiques que les opinions et/ou avis sur les auteurs, actualités, œuvres… Mais, un établissement est constitué de multiples espaces dans lesquels les élèves peuvent aussi exprimer des opinions, des convictions, des envies. Certains espaces sont identifiés comme spécifiquement de détente (cour, cantine, club…), d'autres sont qualifiés d'instances au service du bien-être des élèves. Peu importe leur appellation, ces différents lieux sont autant de leviers pour favoriser la parole des élèves, leur émancipation et leur responsabilité.
La prise en compte des avis des élèves à travers le jeu démocratique des instances (CVL/CVC, Conférence des délégués, CESCE…) (doc 5) et l'apprentissage de l'expression individuelle dans l'expérience du débat argumenté (doc 3) sont pressentis comme pouvant améliorer les relations au sein de l'établissement – relations dont on sait qu'elles sont à certains égards déterminantes quant à la motivation des élèves. Ces dispositions en faveur d'une éducation citoyenne, à laquelle participent activement les élèves, sont l'occasion pour les adultes de l'établissement et notamment les membres du service de vie scolaire de contribuer à valoriser les goûts, les talents et les besoins des élèves.
La formation de la personne et du citoyen, domaine 3 du nouveau socle, fait appel « à l'apprentissage et à l'expérience des principes qui garantissent ceux affirmés dans la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 et de la Convention internationale des droits de l'enfant de 1989, comme la liberté de conscience et d'expression, la tolérance, l'égalité entre les hommes et les femmes, le refus des discriminations, l'affirmation de la capacité à juger et à agir par soi-même… » Dès lors, l'exercice du mandat et la prise de responsabilité doivent être un levier éducatif pour faire émerger la parole et ainsi participer à l'amélioration du cadre de vie des élèves. Cependant, on ne peut former à la citoyenneté seulement par l'existence des espaces d'apprentissage à la vie démocratique. Cette éducation revêt deux dimensions principales. La première est directement liée à la vie scolaire : il s'agit des droits et des devoirs des élèves inscrits dans le règlement intérieur des établissements garant d'un respect mutuel et conforme au droit de chacun. En d'autres termes, il permet la garantie d'un climat scolaire fondé sur l'expérience quotidienne des acteurs de la vie scolaire et reflète des normes, des objectifs, des valeurs, des relations interpersonnelles, des apprentissages scolaires et éducatifs, des dynamiques de groupe et structures organisationnelles. Cela n'exclut aucunement la mise en place de procédures disciplinaires, car l'éducation à la citoyenneté dans un établissement scolaire doit intégrer le respect de l'autorité. En revanche, le règlement intérieur oblige à penser les conditions de la justice scolaire, postulat nécessaire d'une autorité acceptée (doc 4).
La seconde dimension est une approche par les disciplines d'enseignement. L'éducation à la citoyenneté doit en effet être au centre de toutes les disciplines d'enseignement et pas seulement l'affaire du parcours citoyen au collège comme au lycée. À ce titre, l'heure de vie de classe constitue également un temps d'éducation à la citoyenneté. Cette heure de vie de classe est un moment privilégié de dialogue, de réflexion et de proposition entre les élèves et les adultes. Elle est généralement animée par le professeur principal de la classe concernée, mais d'autres acteurs peuvent y intervenir, en co-animation. En proposant aux élèves de s'initier au débat et à la prise de parole, elle contribue à en faire des citoyens actifs et responsables.
Permettant à l'élève de construire une représentation globale et cohérente du monde ainsi que de son environnement quotidien, la culture est un élément essentiel à transmettre. Dans le cadre de ses missions du parcours d'éducation artistique et culturelle, l'établissement doit instaurer des partenariats avec des structures de proximité afin de rendre familier le patrimoine culturel, et ainsi développer la fréquentation des lieux culturels. En favorisant cet accès à la culture, ses actions s'inscrivent donc dans la démarche de promotion de l'égalité des chances. Dans cette même perspective, et puisqu'elle contribue à la construction du goût et de la sensibilité, le parcours d'éducation artistique et culturelle veille à initier les élèves à la pratique artistique. Ces actions permettent également aux élèves d'accéder aux différents moyens d'expression, en vue de développer leur personnalité, leur sensibilité, leur créativité et leur esprit critique. Puisqu'elles sont des moyens d'externalisation des émotions et des idées, ces actions participent alors au bien-être des élèves. Ainsi, le CPE doit encourager leur pratique par l'intermédiaire de partenariats et/ou de création de clubs dans le cadre de son projet éducatif. L'éducation aux médias et à l'information participe aussi à développer l'autonomie et la responsabilisation des élèves dans la perspective de leur insertion dans la société. En effet, l'accès aux actualités ne peut faire l'économie d'un décryptage de l'information, auquel accèdent majoritairement et plus facilement les élèves des classes favorisées au domicile familial. Ainsi, la politique documentaire du centre de documentation doit impulser cette éducation.
Avec son équipe d'assistants d'éducation, la mise en place par le CPE de discussions à visées démocratique et philosophique est un levier pour transformer la parole en actes (doc 3). Ces discussions pourront faire l'objet d'une animation de la permanence. Ces temps de débat doivent réunir les élèves afin de discuter de l'actualité, d'échanger des opinions et des points de vue sur une grande diversité de thématiques. Cette initiative, qui s'inscrit dans l'apprentissage de la citoyenneté, s'appuie donc sur le dialogue pour éveiller l'esprit critique des élèves et former le jugement de chacun. Ces ateliers philosophiques (doc 3), inspirés de la pédagogie Freinet, trouvent alors toute leur place aujourd'hui à l'école, lorsqu'ils sont en cohérence avec les autres pratiques de la classe. Le respect de la parole de l'autre, de la confidentialité des propos tenus, contribue à une éducation citoyenne qui repose sur une pratique quotidienne de la coopération.
L'école a donc une vraie responsabilité dans l'éducation à la citoyenneté, tant pour l'insertion politique de l'individu dans la Cité, que pour les conditions du lien social à réunir en vue de fonder ce lien politique. Pour ce faire, elle dispose de nombreux leviers éducatifs et pédagogiques, qui ne suffisent pas en soi. En effet, former l'élève à argumenter, à organiser sa prise de parole et à débattre, c'est asseoir l'exigence d'apprendre à penser par soi-même pour assumer son humaine condition et s'insérer de façon critique dans l'action publique et sociale : cela exige la volonté de tous les acteurs de se réunir autour d'un projet commun.
Question 3 : Quelles démarches s'appuyant sur la prise en compte de la parole de l'élève peut-on mobiliser pour contribuer à son bien-être à l'école ?
« Il est un autre genre d'outils, plus subtils certes et plus immatériels, dont nous ne saurions négliger l'exaltant emploi. Ce sont ceux qui permettent à l'enfant d'entrer en contact avec ses semblables, d'extérioriser et de formuler ses besoins, de développer et d'approfondir la conscience qu'il a des relations entre les éléments et leurs manifestations, de dominer progressivement la nature par le langage qui, après les mains, est le premier et le plus éminent des outils.(5) » Par ces propos, Célestin Freinet souligne l'importance de laisser s'exprimer voire de favoriser la parole des élèves, afin de permettre à l'élève de s'émanciper pour devenir sujet de sa propre histoire. En d'autres termes, il vise à mettre l'élève au centre de ses apprentissages par la parole.
La loi d'orientation du 10 juillet 1989 place l'élève au centre du système éducatif, comme un écho à la pédagogie proposée par Freinet. Pour autant, placer l'élève au centre du système ne lui suffit pas à devenir acteur de ses apprentissages et de son parcours. Donner la parole aux élèves, ce n'est pas seulement les écouter ; c'est aussi reconnaître leur place au sein de la communauté éducative. C'est aussi ce que défend Freinet en prônant la coopération entre élève et enseignant : « Les enfants ne sont ni des esclaves ni des serviteurs des adultes. Les adultes ne sont pas davantage les esclaves des enfants. La Société doit accéder à un humain équilibre entre les uns et les autres.(6) » Afin de permettre cette coopération entre élève et adultes, il importe que la communauté éducative se retrouve autour d'un intérêt commun qui est celui de l'émancipation de l'élève.
« Placer les adolescents dans les meilleures conditions d'apprentissage de la vie collective, individuelle et d'épanouissement personnel », objectif formulé par la circulaire de mission des CPE de 2015, exige donc d'impulser au sein de l'établissement une prise de conscience de la nécessaire instauration du bien vivre et du bien-être à l'École. Il s'agit bien de faire culture commune autour du bien-être, qui se définit selon plusieurs critères : physiques, sociaux, psychologiques et cognitifs. Pour répondre à ces critères, plusieurs facteurs doivent être convoqués, au premier rang desquels se trouve un environnement cadrant et sécurisant. Le règlement intérieur est le cadre des droits et des devoirs de chacun des membres, son application vise la protection de tous. Pour autant, elle ne peut faire l'économie d'une explication et de la mise en place du principe du contradictoire en matière de punition et de sanction, afin d'amener l'élève à la compréhension et à l'acceptation de la décision. C'est sur cette perception de justesse de décision que se fonde le sentiment de justice scolaire, facteur nécessaire à l'instauration d'un climat scolaire propice à la coopération et à la socialisation. En effet, le climat scolaire est fondé sur l'expérience quotidienne des acteurs de la vie scolaire et reflète des normes, des objectifs, des valeurs, des relations interpersonnelles, des enseignements, des apprentissages, des dynamiques de groupe et structures organisationnelles (doc 4). Parce qu'il y aura une volonté commune de coopérer, l'ensemble des membres de l'établissement scolaire pourra s'entendre sur les postures éducatives à mettre en œuvre afin d'accompagner tous les élèves au plus loin de leurs potentialités. Si la qualité des échanges entre les différentes équipes (pédagogique, éducative, médico-sociale) est un postulat nécessaire, la qualité de l'écoute de ces mêmes équipes est primordiale. Charge à tous les adultes de savoir entendre l'expression des élèves au moment où ils la manifestent. Il ne s'agit pas de donner raison à l'élève, mais bien de recueillir sa parole et de la réinscrire dans le cadre de droits et de devoirs. Il est bien entendu que la première des responsabilités des éducateurs est d'assurer les conditions d'un bon apprentissage. Cela implique nécessairement l'instauration d'un climat sécurisé, qui assure ainsi une véritable disposition à entrer dans les apprentissages et la socialisation. C'est parce que la parole est indissociable de l'acte pédagogique (doc 3) qu'elle doit aussi s'incarner dans la classe, mais c'est aussi parce que la prendre en compte, c'est offrir le sentiment d'appartenir à un collectif (doc 1), d'où la nécessité qu'elle soit au centre des relations interpersonnelles. Lorsque les élèves peuvent parler de leurs difficultés, de leurs besoins ou de leurs réussites sans craindre le jugement, ils développent un sentiment de sécurité affective propice au bien-être, et donc au mieux apprendre. Ces derniers, indicateurs de la qualité de vie dans l'établissement (doc 4), se conjuguent aussi avec la promotion de la santé en milieu scolaire (docs 6 et 7).
Outre le fait que promouvoir la santé à l'école permet l'adoption de comportements favorables et l'adaptation de soins nécessaires grâce à la détection et prévention, bénéficier d'un environnement scolaire sécurisant impacte les résultats des élèves et leur engagement (doc 2). C'est pourquoi les équipes doivent être attentives aux facteurs de risques et de protection qui peuvent venir aggraver ou favoriser la santé mentale des élèves que l'école accueille. Dans ce contexte, elles doivent développer une éthique de la relation éducative et pédagogique fondée sur la volonté de protéger et sur l'ambition de reconnaître la parole de l'élève (doc 2). C'est parce que l'élève sera en confiance et que sa parole sera reconnue comme légitime qu'il osera parler en toute sécurité, sortir de l'isolement pour finalement se tourner vers l'autre, voire lui venir en aide. C'est aussi parce que l'éducateur sera reconnu dans son rôle d'écoute sans jugement que la qualité des relations interpersonnelles sera perçue comme propice aux échanges. Parce qu'ils se sentiront en sécurité, les élèves viendront davantage et plus rapidement se confier sur un mal-être passager ou plus profond, un conflit ou un harcèlement. De cette sécurité naît le dialogue, qui enclenche les dispositifs d'accompagnement nécessaires pour un mieux-être de l'élève lui permettant de s'engager dans ses apprentissages.
Pour que la parole de l'élève ne se cantonne pas au cadre de la relation élève/éducateur, mais devienne une parole au nom d'un collectif, il importe d'associer les élèves aux décisions qui les concernent. À ce titre, l'établissement doit impliquer les élèves dans certains choix liés à la vie de la classe ou de l'établissement : réécriture du règlement intérieur, aménagement des espaces scolaires, animation éducative, actions de prévention… Les diverses campagnes d'élection sont un premier levier pour renforcer la vitalité des instances telles que le CVL, CVC… Cependant, il ne s'agit pas seulement d'organiser des élections ni d'accorder aux élèves un rôle consultatif. Leur vitalité comme leur légitimité reposent sur une réelle prise en compte de leur parole et sur la concrétisation des projets exposés (doc 5). C'est réellement la réalisation des projets portés par les élèves qui visibilise d'une part la considération donnée à la parole de l'élève et d'autre part qui permet d'entrer dans le cercle vertueux de l'apprentissage de la citoyenneté. En effet, en accordant une véritable place à la parole de l'élève, « l'école permet à chacun de devenir sujet(7) ». Parce que certains projets ont été menés à terme, les élèves porteurs de ces projets ont développé leur pouvoir d'agir et assumé des responsabilités. Ils ont donc renforcé certaines des compétences psycho-sociales nécessaires : savoir communiquer, argumenter, être habile dans les relations interpersonnelles…
Enfin, pour que l'expression des élèves ne soit pas réservée aux seuls élèves élus ou ambassadeurs du harcèlement ou du bien-être, il est important de proposer des espaces ou des temps d'échange réguliers, afin de permettre aux élèves d'exprimer leurs ressentis, leurs préoccupations ou leurs envies. Les heures de vie de classe, les conseils coopératifs ou encore les cercles de parole sont de véritables leviers pour réguler la vie de la classe et constituent un moment privilégié pour promouvoir une citoyenneté participative. Les apprentissages ne sont pas absents de ces dispositifs, que ce soit l'apprentissage de la citoyenneté (exprimer ses idées et les confronter à d'autres points de vue), de la démocratie (chercher à dégager de façon négociée des propositions d'actions) ou du savoir-vivre ensemble (réfléchir avec d'autres, à soi, à son comportement, à son avenir). Dès lors, ces dispositifs peuvent apparaître comme des dispositifs charnières de l'établissement où se croisent éducation et enseignement, et constituent une des bases sur lesquelles se construit un climat scolaire serein à partir de la parole des élèves.
Conclusion générale
La fonction de délégué des élèves a été instaurée dans les établissements scolaires après les évènements de Mai 68. Cette création est portée par la volonté de véritablement donner la parole aux élèves et de les impliquer dans la vie de l'établissement. Depuis la création des délégués de classe, la volonté d'ouvrir la parole aux élèves s'est renforcée par l'entrée d'élèves dans d'autres instances de l'établissement, par de nouveaux rôles accordés aux élèves sous la forme des différents ambassadeurs : bien-être, développement durable, EVARS, culture… Ce droit de participer aux décisions qui les concernent est une condition pour établir un climat scolaire propice aux apprentissages. Pour autant, il ne suffit pas à lui seul pour que la parole de l'élève soit réellement prise en compte. En effet, la prise en compte de la parole de l'élève ne doit pas seulement être incarnée dans les instances de fonctionnement de l'établissement, mais également au sein même de la classe : elle est indissociable de la relation pédagogique (doc 3). Les conséquences d'une privation de cette prise en compte au sein de la classe seront d'autant plus désastreuses que la vulnérabilité scolaire et/ou sociale de l'élève qui la subit est grande. Chaque fois que la parole de l'élève est recueillie, l'élève est mieux protégé contre toutes formes de violences, qu'elles soient scolaires, entre pairs, ou envers lui-même.
« Nous, les enfants, nous aimons bien bavarder avec les grandes personnes. Elles savent des tas de choses beaucoup mieux que nous. Si seulement elles étaient moins exigeantes ! Si, au lieu de grogner, de nous attraper, de nous critiquer, elles pouvaient nous montrer un peu de compréhension. Une question comme "Tu ne mens pas ?", c'est vraiment blessant.(8) » C'est pourquoi, il importe que dans chaque établissement se forge une éthique de la relation qui devienne une véritable culture d'établissement, afin d'instaurer un sentiment de confiance réciproque qui élève la posture d'apprenant comme celle de l'éducateur. Enfin, permettre cette éthique, c'est autoriser à penser que l'élève s'autonomise, se responsabilise et s'émancipe (docs 2 et 3). Sans considération de cette éthique de la relation, alors la parole ne peut se libérer et la qualité des apprentissages comme le climat scolaire s'en trouvent fragilisés. Il va sans dire que la qualité des apprentissages ne se résume pas aux résultats scolaires, mais inclut aussi le développement de compétences psycho-sociales. Veiller à la prise en compte de la parole de l'élève, c'est donc engager l'établissement dans une politique éducative qui vise le respect, la dignité et la reconnaissance de chacun. En d'autres termes, c'est une politique éducative qui offre la possibilité à tous de se comprendre et de s'écouter, afin que puisse réellement se construire un cadre pédagogique articulant exigences didactiques, climat scolaire sécurisant et accompagnement de l'élève.
Sujet corrigé réalisé par Fabienne Durand, formatrice à l'INSPÉ de Paris.