Sujet 2026 de français, groupement académique 1 (nouveau)
Dernier essai le - Score : /20
Sujet
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L'épreuve est notée sur 20, chaque partie comporte 10 points. Une note globale égale ou inférieure à 2,5 sur l'une des deux parties est éliminatoire. Durée de l'épreuve : 4 h ; coefficient 5
L'épreuve vise à évaluer les connaissances disciplinaires en français et en mathématiques du candidat.
Elle comporte deux parties indépendantes. La seconde partie de l'épreuve porte sur les mathématiques. Le sujet est constitué de plusieurs exercices ou problèmes.
Ce corrigé applique l'orthographe rectifiée, utilisable depuis 1990 et recommandée par le Conseil Scientifique de l'Éducation Nationale (CSEN).
Conseils méthodologiques : avant de lire le texte
Avant de commencer à lire le texte puis de répondre aux questions, il est essentiel que les candidat.es prennent brièvement connaissance du sujet en entier. Repérer l'auteur et le titre du texte dont est tiré l'extrait est indispensable pour commencer. Dans ce cas précis, face à une œuvre que l'on peut nommer patrimoniale ou qui entre dans la catégorie des classiques de la littérature, un certain nombre de candidat.es pouvaient avoir lu le roman de Zola, ce qui pouvait les rassurer. Mais si ce n'était pas le cas, le long paratexte précédant le texte était là pour que tous aient les éléments nécessaires pour comprendre l'extrait.
Avant d'en prendre connaissance, il est utile de parcourir les questions, réparties, comme toujours, en trois grandes catégories :
I. Étude de la langue /3,5
II. Lexique et compréhension lexicale /1,5
III. Réflexion et développement /5
Le barème montre clairement l'importance à accorder à la troisième partie, qui représente à elle seule la moitié des points de français. Il serait donc risqué de consacrer trop de temps aux seules questions de langue au détriment du développement argumenté, qui permet au jury d'évaluer la clarté du raisonnement, la culture, ainsi que la qualité d'expression des candidats, qui doivent respecter les normes syntaxiques, orthographiques, typographiques de ce type d'écrit. Ici, la question « Faut-il avoir peur des changements engendrés par la modernité ? » amène à s'interroger sur ce qui, dans le texte ou le paratexte, relève des transformations liées à la modernité.
On pourra inscrire, en haut d'une feuille de brouillon, cette question, afin d'y noter toutes les idées qui viendraient au fil du travail.
Une fois le sujet parcouru, il n'est pas encore temps de s'attaquer au texte. Il est préférable de lire le paratexte en surlignant les éléments importants : chaque mot a été pesé par les concepteurs du sujet, et peut s'avérer utile pour comprendre le texte mais aussi répondre à la question de réflexion. De même, la date de 1883 est à noter : le roman Au Bonheur des Dames a été écrit à la fin du xixe, et il est possible qu'il traite de l'époque où ce roman est paru.
À la mort de ses parents, Denise quitte Valognes avec ses deux jeunes frères, Jean et Pépé, pour rejoindre Paris, objet d'une restructuration urbaine spectaculaire et où son oncle Baudu tient Le Vieil Elbeuf, un commerce de draps à l'ancienne. Elle est alors embauchée au Bonheur des Dames, un nouveau et immense magasin qui, fondé par l'ambitieux Octave Mouret aux idées novatrices, révolutionne la pratique commerciale.
Ce court texte, dont les éléments les plus importants ont été mis en gras, présente la protagoniste principale du roman, Denise, qui a la charge de ses deux frères et a quitté Valognes pour rejoindre Paris. On notera que c'est Paris qui est l'objet d'une « restructuration urbaine spectaculaire » : comme le préfixe re- l'indique, il s'agit d'une nouvelle structuration. La nouveauté apparait aussi sous les termes « nouveau […] magasin » pour qualifier le Bonheur des Dames, et son fondateur, Octave Mouret a des « idées novatrices » : il « révolutionne la pratique commerciale ». La modernité dont il est question en partie III peut donc tout autant caractériser la nouvelle allure de Paris en cette fin du xixesiècle que les pratiques de ces nouveaux acteurs du capitalisme, qui créent les premiers grands magasins, qui vendent du prêt-à-porter. Ceux-là s'opposent au commerce dit « à l'ancienne » de l'oncle Baudu qui, quant à lui, ne vend que draps et tissus.
Dans le texte ci-dessous sont mis en gras un certain nombre de termes en lien avec les changements engendrés par la modernité.
« Cependant, tout le quartier causait de la grande voie qu'on allait ouvrir [...]. Les jugements d'expropriation étaient rendus, deux bandes de démolisseurs attaquaient déjà la trouée, aux deux bouts, l'une abattant les vieux hôtels de la rue Louis-le-Grand, l'autre renversant les murs légers de l'ancien Vaudeville ; et l'on entendait les pioches qui se rapprochaient, la rue de Choiseul et la rue de la Michodière se passionnaient pour leurs maisons condamnées. Avant quinze jours, la trouée devait les éventrer d'une large entaille, pleine de vacarme et de soleil(1). Mais ce qui remuait le quartier plus encore, c'étaient les travaux entrepris au Bonheur des Dames. On parlait d'agrandissements considérables, de magasins gigantesques tenant les trois façades des rues de la Michodière, Neuve-Saint-Augustin et Monsigny. Mouret, disait-on, avait traité avec le baron Hartmann, président du Crédit Immobilier, et il occuperait tout le pâté de maisons, sauf la façade future sur la rue du Dix-Décembre, où le baron voulait construire une concurrence au Grand-Hôtel. Partout, le Bonheur rachetait les baux(2), les boutiques fermaient, les locataires déménageaient ; et, dans les immeubles vides, une armée d'ouvriers commençait les aménagements nouveaux, sous des nuages de plâtre. Seule, au milieu de ce bouleversement, l'étroite masure du vieux Bourras(3) restait immobile et intacte, obstinément accrochée entre les autres murailles, couvertes de maçons. Lorsque, le lendemain, Denise se rendit avec Pépé chez l'oncle Baudu, la rue était justement barrée par une file de tombereaux(4), qui déchargeaient des briques devant l'ancien hôtel Duvillard. Debout sur le seuil de sa boutique, l'oncle regardait, d'un œil morne. À mesure que le Bonheur des Dames s'élargissait, il semblait que le Vieil Elbeuf diminuât. La jeune fille trouvait les vitrines plus noires, plus écrasées sous l'entresol bas, aux baies rondes de prison ; l'humidité avait encore déteint la vieille enseigne verte, une détresse tombait de la façade entière, plombée et comme amaigrie. — Vous voilà, dit Baudu. Prenez garde ! ils vous passeraient sur le corps. Dans la boutique, Denise éprouva le même serrement de cœur. Elle la revoyait assombrie, gagnée davantage par la somnolence de la ruine. »
Émile Zola, Au Bonheur des Dames, 1883

Corrigé
I. Étude de la langue
1. Identifiez le temps et le mode des verbes soulignés.
« Mouret, disait-on, avait traité avec le baron Hartmann […] et il occuperait tout le pâté de maisons […] où le baron voulait construire une concurrence au Grand-Hôtel. »
  • avait traité : plus-que-parfait de l'indicatif
  • occuperait : conditionnel présent de l'indicatif
  • voulait : imparfait de l'indicatif
Il n'est pas utile de rédiger la réponse à ce type de question, et il ne faut surtout pas recopier le texte : cela ferait perdre un temps précieux. Il n'est pas non plus utile d'indiquer ce qui n'est pas demandé, comme les personnes ou les valeurs de ces temps. Cela ne rapporte pas de point de plus et montre plutôt une mauvaise compréhension des attendus du concours. L'essentiel est que les correcteurs trouvent vite vos réponses.
Vous pouvez aussi les présenter sous forme de tableau :
Verbe
Temps
Mode
avait traité
Plus-que-parfait
Indicatif
occuperait
Conditionnel présent
Indicatif
voulait
Imparfait
Indicatif

2. Récrivez ce passage en mettant le sujet au pluriel.
« Seule, au milieu de ce bouleversement, l'étroite masure du vieux Bourras restait immobile et intacte, obstinément accrochée entre les autres murailles, couvertes de maçons. »
Là encore, ne recopiez pas la phrase de départ. Si vous ne voulez rien oublier, soulignez dans l'énoncé le sujet que vous devez d'abord repérer, « l'étroite masure du vieux Bourras ». Ensuite, vous pouvez souligner toutes les modifications que le passage au pluriel va entrainer.
Il n'est pas question de mettre au pluriel « le vieux Bourras », qui est un être unique.
Seules, au milieu de ce bouleversement, les étroites masures du vieux Bourras restaient immobiles et intactes, obstinément accrochées entre les autres murailles, couvertes de maçons.
Le groupe sujet devenant pluriel entraine la modification de l'adjectif qui lui est apposé, seul > seules, du verbe désormais conjugué à la 3e personne du pluriel ou P6, des attributs du sujet « immobiles », « intactes » et « accrochées ». « Obstinément », qui est adverbe, ne s'accorde pas. Attention, toutes ces explications ne sont pas à donner, elles ne sont pas demandées !
3. Indiquez la nature et la fonction des mots ou groupes de mots soulignés.
« Dans la boutique, Denise éprouva le même serrement de cœur. Elle la revoyait assombrie, gagnée davantage par la somnolence de la ruine. »

Nature
Fonction
Dans la boutique
Groupe nominal prépositionnel
Complément circonstanciel de lieu du verbe « éprouva »
le même serrement de cœur
Groupe nominal
COD du verbe « éprouva »
la
Pronom personnel
COD du verbe « revoyait »
Par la somnolence
Groupe nominal prépositionnel
Complément d'agent du participe passé « gagnée »

Il n'est pas utile, là encore, de justifier ces réponses.
Toutefois, nous ajoutons qu'un complément circonstanciel de lieu a pour caractéristique de pouvoir être supprimé et déplacé. C'est le cas ici pour « Dans la boutique » :
Denise éprouva le même serrement de cœur.
Denise éprouva le même serrement de cœur dans la boutique.
En revanche, un COD ne peut pas être supprimé. Il peut être pronominalisé.
*Dans la boutique, Denise éprouva.
Dans la boutique, Denise l'éprouva.
Si le COD est un pronom, il peut être remplacé par un groupe nominal qui ne peut être supprimé.
Elle revoyait la boutique.
*Elle revoyait.
Ici, sans COD, la phrase change totalement de sens, signifiant qu'elle avait perdu la vue et l'a recouvrée. Il n'est pas nécessaire d'écrire que le référent du pronom « la » est « la boutique ».
Pour « par la somnolence », on peut aussi accepter : complément du participe passé « gagnée ». En cas d'hésitation, écrivez-la : parfois certains candidat.es censurent leurs interrogations, alors que certaines questions soulèvent ce que l'on appelle des cas limites, plus rares, et pour lesquels des experts eux-mêmes pourraient être en désaccord.
4. Délimitez les propositions qui forment cette phrase complexe et précisez leur nature.
« Lorsque, le lendemain, Denise se rendit avec Pépé chez l'oncle Baudu, la rue était justement barrée par une file de tombereaux, qui déchargeaient des briques devant l'ancien hôtel Duvillard. »
Il est préférable de recopier la phrase de cette manière en délimitant les propositions. Des éléments sont en gras : donner ces précisions n'est pas attendu et peut représenter une perte de temps.
Lorsque, le lendemain, Denise se rendit avec Pépé chez l'oncle Baudu → proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de temps, introduite par la conjonction de subordination « lorsque »
la rue était justement barrée par une file de tombereaux → proposition principale
qui déchargeaient des briques devant l'ancien hôtel Duvillard → proposition subordonnée relative, apposée à « tombereaux », introduite par le pronom relatif « qui »
La fonction donnée aux relatives a évolué au fil du temps. Autrefois, on indiquait complément de l'antécédent « tombereaux ». Puis certains ont considéré ces propositions comme des compléments du nom. Depuis 2020, la grammaire en ligne Éduscol préconise d'analyser une relative comme une épithète, si elle suit sans virgule le nom ou pronom qu'elle complète. Si elle est détachée de lui par une virgule, alors elle est apposée.
II. Lexique et compréhension lexicale
1. Expliquez le sens de l'expression « une détresse tombait de la façade entière ».
Ici, il est important de développer sa réponse : une simple traduction ne vaudrait pas la totalité des points. N'hésitez pas à ajouter, prudemment, votre interprétation en montrant que cette proposition n'est pas sans lien avec le reste du texte. Voici un exemple, trop long, de ce que vous pourriez écrire, mais n'oubliez pas de regarder l'heure : il vous faut plus d'une heure pour rédiger la partie III.
Cette phrase contient une expression qui ne parait pas commune au lecteur. Le sujet de la phrase, « une détresse » est personnifié, et le choix du déterminant peut étonner : il ne s'agit pas de dire « de la détresse » mais « une détresse », comme s'il s'agissait d'un être visible, sujet d'un verbe « tomber » qui exprime moins une action délibérée qu'une version subie. Cette expression suggère que la façade exprime une souffrance, une tristesse profonde, comme si elle coulait des murs. Le mot « détresse » et l'idée de chute qu'exprime le verbe « tomber » traduisent une impression de déclin, de menace, de ruine qui résonne avec le champ lexical de la destruction qui court tout le long du texte.
2.. 
a. Analysez la formation et donnez le sens du mot « immobile ».
Le mot « immobile » est formé du préfixe privatif im- (variante de in- devant m) qui s'adjoint au radical « mobile », adjectif qui signifie « qui peut bouger ».
Immobile signifie « qui ne bouge pas, qui reste fixe ».
b. Donnez deux autres mots formés à partir du premier élément constitutif du mot « immobile ».
Les mots commençant par le préfix im- sont nombreux : imparable, imbattable, immangeable… Mais on pourra – si l'on écrit très vite – indiquer que le même préfixe privatif peut revêtir des formes différentes, selon la première lettre du radical qu'il suit : inaction, irrésistible, illégal, etc.
III. Réflexion et développement
Sujet : Faut-il avoir peur des changements engendrés par la modernité ?
Conseils méthodologiques pour le développement
Cette question totale semble inviter à une réponse par oui ou par non. Toutefois, et même si ce n'est pas dit explicitement, les candidats ne doivent pas faire entendre leur point de vue de manière univoque, mais plutôt faire résonner différentes positions que le sujet peut engendrer. Pour y répondre, il est utile de construire quelques idées au brouillon.
N'hésitez pas à regrouper – peut-être sur une autre feuille – les idées d'œuvres d'art auxquelles vous pouvez penser, sans les développer. Dans tous les cas, évitez d'écrire sur le recto et le verso de vos brouillons car vous risquez de vous perdre : ce n'est pas le moment de craindre de gâcher du papier.
Dans un premier temps, il est intéressant d'identifier les mots clés et d'en donner des synonymes ou mots de sens proche (paronymes), qui aideront à trouver des idées et à ne pas se répéter au moment de la problématique et tout au long du sujet : avoir peur – changements engendrés par la modernité. On peut aussi donner les antonymes.
Attention, le sujet n'est pas « Faut-il avoir peur de la modernité ? », il est un peu plus restreint : il s'agit des changements qui en découlent. Le terme est volontairement neutre, il peut cacher tout aussi bien ce que l'on considèrera comme un progrès que ce qui apparaitra comme un danger.
Avoir peur : craindre, redouter, s'effrayer de versus attendre, être excité par, s'enthousiasmer pour.
Changements : inventions, mutations, modifications, transformations, évolution, progrès, amélioration, détérioration.
Modernité : nouveauté, progrès, futur, ce qui est moderne vs ce qui est vieux, ancien, démodé, tradition, passé.
Le terme modernité est relatif à l'espace-temps de celui qui l'emploie. Ce qui apparait comme moderne à la fin du xixe ne l'est plus au xxie siècle. Ici les idées sont dans le désordre, présentées sur le brouillon sous forme de listes qui pourront être allongées au fil de la réflexion.
Modernité au xixe : grands magasins – grands patrons – Paris haussmannien – nouvelles technologies : le train, l'éclairage au gaz, l'électricité, la photographie…
Les changements qui sont advenus ensuite : le cinéma, l'avion, les vaccins, la bombe atomique, les ordinateurs, la conquête de l'espace, les engrais industriels…
Les changements engendrés par la modernité aujourd'hui : l'intelligence artificielle, les robots, le transhumanisme, le dérèglement climatique…
Les consignes données sous le sujet amènent à un écrit resserré, qui ne comporte pas nécessairement d'introduction et de conclusion. Toutefois, il n'était évidemment pas interdit d'introduire et de conclure brièvement son propos : c'est ce à quoi tous les élèves et étudiant.es sont habitué.es depuis la 3e.
En revanche, il ne parait pas indispensable de créer des sous-parties, l'idée étant de progresser rapidement dans la démonstration.
Voici les trois grandes idées qui ont été notées au brouillon pour construire ce devoir :
I. Les changements engendrés par la modernité suscitent toujours des craintes.
II. Mais ils peuvent générer, avec raison, beaucoup d'espoir.
III. Il importe d'être vigilant et d'avoir des considérations éthiques pour que, face à toute invention, l'humanité ne perde pas de vue des valeurs humanistes.
Proposition de corrigé pour la partie III
Lorsque le roman d'Émile Zola, Au Bonheur des Dames, parait en 1883, Paris est en pleine mutation. Financés par des banquiers, les travaux du baron Haussmann l'ont transformé, comme l'indique le texte qui décrit les travaux colossaux ayant percé de larges avenues, entrainant la démolition de maisons et de boutiques plus modestes, comme celle du vieux Baudu, l'oncle de Denise, héroïne du roman. Si de grandes villes comme Paris attirent aujourd'hui les touristes du monde entier, cette capitale moderne n'est pas devenue « ville lumière » sans heurts et, de manière générale, les changements engendrés par la modernité suscitent à la fois crainte et espoir. Par ailleurs, une mise en perspective s'impose, puisque la modernité d'hier n'est pas celle d'aujourd'hui. Nous évoquerons donc les peurs, mais aussi l'enthousiasme que peuvent engendrer les mutations du monde, avant d'envisager les précautions d'ordre éthique qui devraient accompagner toutes les avancées technologiques.
Les changements liés à la modernité peuvent susciter des craintes. Pour n'évoquer que l'urbanisme, la construction implique presque toujours de la destruction : destruction de bâtiments anciens, mais aussi de zones autrefois protégées, par exemple lorsqu'une autoroute traverse un espace où des espèces animales et végétales vivaient auparavant dans un écosystème désormais bouleversé, voire détruit. Mais, pour prendre encore appui sur le texte d'Au Bonheur des Dames, la modernité peut également concerner un système économique : là où les commerçants traditionnels vendaient, dans leurs petites boutiques, du tissu ou tout autre produit spécialisé, de grands magasins se sont imposés à la fin du xixe siècle, proposant toutes sortes de produits manufacturés et développant le prêt-à-porter. Ce dernier n'existait pas avant l'invention du grand magasin par Aristide Boucicaut, modèle d'Octave Mouret, qui développe le Bon Marché à Paris. On le voit, les grands magasins n'ont cessé de se développer depuis un siècle et demi, rendant les produits manufacturés accessibles au plus grand nombre dans des hypermarchés concentrant l'activité commerciale au détriment des centres-villes : leur implantation dans notre vie moderne présente à la fois des avantages et des inconvénients.
Il serait difficile de nier tous les progrès liés à la modernité. En effet, Émile Zola écrit ce texte à l'aube d'un siècle où de nombreux progrès se sont peu à peu démocratisés : le gaz dans les habitations, signalé par des plaques « gaz à tous les étages » parfois encore visibles, l'électricité, la présence de salles de bains dans tous les logements, le téléphone : toutes ces inventions liées à la modernité ont bouleversé nos modes de vie et nul ne s'en plaint. De même, personne ne s'émeut des progrès de la médecine : à la fin du xixe siècle, l'invention des vaccins par Louis Pasteur participe à l'allongement de la vie des Français. En parallèle, le développement des engrais industriels, associé à l'arrivée de machines agricoles de plus en plus performantes, a permis les progrès de l'agriculture, une meilleure alimentation de la population et la diminution des travaux pénibles. Ces bouleversements du monde agricole et leurs effets sur le monde rural ont été illustrés, au fil du temps, par des auteurs comme Émile Zola dans La Terre, Jean Giono dans Regain ou encore Marie-Hélène Lafon dans plusieurs romans consacrés à son Cantal natal. Si l'on compare aujourd'hui la vie rurale difficile représentée par Jean-François Millet dans Des Glaneuses et la vie moderne parisienne montrée par Gustave Caillebotte dans Le Pont de l'Europe, il parait évident que la modernité a engendré une vie plus aisée et que nous nous sommes vite habitués à certains progrès qu'elle a permis. De même, le métropolitain, la voiture, les trains ou les avions ont facilité les déplacements pour travailler, étudier ou se cultiver. Quant aux nouvelles technologies informatiques, elles ont profondément transformé notre quotidien. Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, ordinateurs ou téléphones nous permettent désormais de communiquer instantanément avec l'autre bout du monde : peu d'entre nous regrettent la tablette d'argile ou le pigeon voyageur.
Toutefois, les progrès doivent être accompagnés d'une réflexion éthique. Celle-ci est tout d'abord menée par des experts. La possibilité de cloner des êtres vivants a ainsi suscité d'importants débats éthiques et déontologiques au sein de la communauté scientifique internationale. En France, le clonage reproductif humain est interdit par les lois de bioéthique. En revanche, certaines recherches sur les cellules souches ainsi que certaines formes de clonage animal ou végétal sont autorisées dans des cadres strictement règlementés. De même, si les avancées scientifiques permettent d'améliorer les conditions de vie, le transhumanisme interroge toutefois les limites qu'il convient d'imposer à la transformation de l'être humain. L'essor de l'intelligence artificielle soulève lui aussi de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne la place de l'humain, la protection des données et les risques liés à l'automatisation des décisions. Mais ces débats ne sont pas le seul fait des spécialistes ou des scientifiques. Les artistes peuvent eux aussi interroger leurs contemporains sur ces sujets, comme l'a fait Aldous Huxley avec Le Meilleur des mondes. À l'instar de George Orwell dans 1984, le romancier imagine un monde dystopique dans lequel les progrès scientifiques ont profondément bouleversé la vie humaine, au point de priver les individus de ce qui semble véritablement essentiel. De même, une artiste comme Cindy Sherman, qui multiplie les autoportraits retravaillés par des filtres, interroge une société dominée par l'image et les selfies, tandis que Delphine de Vigan, dans Les enfants sont rois, questionne l'exposition des enfants et des familles sur les réseaux sociaux.
Les progrès apportés par la modernité ne doivent donc pas, de manière binaire, nous effrayer ou nous enthousiasmer. Ces changements amènent plutôt à s'interroger sur les bénéfices et les risques liés à ces avancées, et invitent à anticiper, questionner et réguler les transformations qu'elles sont susceptibles d'entrainer. Il demeure toutefois difficile de freiner la connaissance et l'envie d'explorer des terres inconnues, même s'il est parfois impossible de prévoir toutes les conséquences des découvertes scientifiques. L'histoire a ainsi montré que certaines avancées majeures, comme la maitrise de l'énergie nucléaire ou le développement industriel à l'origine de la crise climatique actuelle, peuvent aussi bien servir le progrès humain que conduire à des formes de destruction inédites.
Sujet corrigé réalisé par Marie-Astrid Clair, professeure agrégée de lettres modernes et formatrice à l'INSPÉ de Paris-Sorbonne Université.