Sujet : Faut-il avoir peur des changements engendrés par la modernité ?
Conseils méthodologiques pour le développement
Cette question totale semble inviter à une réponse par oui ou par non. Toutefois, et même si ce n'est pas dit explicitement, les candidats ne doivent pas faire entendre leur point de vue de manière univoque, mais plutôt faire résonner différentes positions que le sujet peut engendrer. Pour y répondre, il est utile de construire quelques idées au brouillon.
N'hésitez pas à regrouper – peut-être sur une autre feuille – les idées d'œuvres d'art auxquelles vous pouvez penser, sans les développer. Dans tous les cas, évitez d'écrire sur le recto et le verso de vos brouillons car vous risquez de vous perdre : ce n'est pas le moment de craindre de gâcher du papier.
Dans un premier temps, il est intéressant d'identifier les mots clés et d'en donner des synonymes ou mots de sens proche (paronymes), qui aideront à trouver des idées et à ne pas se répéter au moment de la problématique et tout au long du sujet : avoir peur – changements engendrés par la modernité. On peut aussi donner les antonymes.
Attention, le sujet n'est pas « Faut-il avoir peur de la modernité ? », il est un peu plus restreint : il s'agit des changements qui en découlent. Le terme est volontairement neutre, il peut cacher tout aussi bien ce que l'on considèrera comme un progrès que ce qui apparaitra comme un danger.
Avoir peur : craindre, redouter, s'effrayer de versus attendre, être excité par, s'enthousiasmer pour.
Changements : inventions, mutations, modifications, transformations, évolution, progrès, amélioration, détérioration.
Modernité : nouveauté, progrès, futur, ce qui est moderne vs ce qui est vieux, ancien, démodé, tradition, passé.
Le terme modernité est relatif à l'espace-temps de celui qui l'emploie. Ce qui apparait comme moderne à la fin du xixe ne l'est plus au xxie siècle. Ici les idées sont dans le désordre, présentées sur le brouillon sous forme de listes qui pourront être allongées au fil de la réflexion.
Modernité au xixe : grands magasins – grands patrons – Paris haussmannien – nouvelles technologies : le train, l'éclairage au gaz, l'électricité, la photographie…
Les changements qui sont advenus ensuite : le cinéma, l'avion, les vaccins, la bombe atomique, les ordinateurs, la conquête de l'espace, les engrais industriels…
Les changements engendrés par la modernité aujourd'hui : l'intelligence artificielle, les robots, le transhumanisme, le dérèglement climatique…
Les consignes données sous le sujet amènent à un écrit resserré, qui ne comporte pas nécessairement d'introduction et de conclusion. Toutefois, il n'était évidemment pas interdit d'introduire et de conclure brièvement son propos : c'est ce à quoi tous les élèves et étudiant.es sont habitué.es depuis la 3e.
En revanche, il ne parait pas indispensable de créer des sous-parties, l'idée étant de progresser rapidement dans la démonstration.
Voici les trois grandes idées qui ont été notées au brouillon pour construire ce devoir :
I. Les changements engendrés par la modernité suscitent toujours des craintes.
II. Mais ils peuvent générer, avec raison, beaucoup d'espoir.
III. Il importe d'être vigilant et d'avoir des considérations éthiques pour que, face à toute invention, l'humanité ne perde pas de vue des valeurs humanistes.
Proposition de corrigé pour la partie III
Lorsque le roman d'Émile Zola, Au Bonheur des Dames, parait en 1883, Paris est en pleine mutation. Financés par des banquiers, les travaux du baron Haussmann l'ont transformé, comme l'indique le texte qui décrit les travaux colossaux ayant percé de larges avenues, entrainant la démolition de maisons et de boutiques plus modestes, comme celle du vieux Baudu, l'oncle de Denise, héroïne du roman. Si de grandes villes comme Paris attirent aujourd'hui les touristes du monde entier, cette capitale moderne n'est pas devenue « ville lumière » sans heurts et, de manière générale, les changements engendrés par la modernité suscitent à la fois crainte et espoir. Par ailleurs, une mise en perspective s'impose, puisque la modernité d'hier n'est pas celle d'aujourd'hui. Nous évoquerons donc les peurs, mais aussi l'enthousiasme que peuvent engendrer les mutations du monde, avant d'envisager les précautions d'ordre éthique qui devraient accompagner toutes les avancées technologiques.
Les changements liés à la modernité peuvent susciter des craintes. Pour n'évoquer que l'urbanisme, la construction implique presque toujours de la destruction : destruction de bâtiments anciens, mais aussi de zones autrefois protégées, par exemple lorsqu'une autoroute traverse un espace où des espèces animales et végétales vivaient auparavant dans un écosystème désormais bouleversé, voire détruit. Mais, pour prendre encore appui sur le texte d'Au Bonheur des Dames, la modernité peut également concerner un système économique : là où les commerçants traditionnels vendaient, dans leurs petites boutiques, du tissu ou tout autre produit spécialisé, de grands magasins se sont imposés à la fin du xixe siècle, proposant toutes sortes de produits manufacturés et développant le prêt-à-porter. Ce dernier n'existait pas avant l'invention du grand magasin par Aristide Boucicaut, modèle d'Octave Mouret, qui développe le Bon Marché à Paris. On le voit, les grands magasins n'ont cessé de se développer depuis un siècle et demi, rendant les produits manufacturés accessibles au plus grand nombre dans des hypermarchés concentrant l'activité commerciale au détriment des centres-villes : leur implantation dans notre vie moderne présente à la fois des avantages et des inconvénients.
Il serait difficile de nier tous les progrès liés à la modernité. En effet, Émile Zola écrit ce texte à l'aube d'un siècle où de nombreux progrès se sont peu à peu démocratisés : le gaz dans les habitations, signalé par des plaques « gaz à tous les étages » parfois encore visibles, l'électricité, la présence de salles de bains dans tous les logements, le téléphone : toutes ces inventions liées à la modernité ont bouleversé nos modes de vie et nul ne s'en plaint. De même, personne ne s'émeut des progrès de la médecine : à la fin du xixe siècle, l'invention des vaccins par Louis Pasteur participe à l'allongement de la vie des Français. En parallèle, le développement des engrais industriels, associé à l'arrivée de machines agricoles de plus en plus performantes, a permis les progrès de l'agriculture, une meilleure alimentation de la population et la diminution des travaux pénibles. Ces bouleversements du monde agricole et leurs effets sur le monde rural ont été illustrés, au fil du temps, par des auteurs comme Émile Zola dans La Terre, Jean Giono dans Regain ou encore Marie-Hélène Lafon dans plusieurs romans consacrés à son Cantal natal. Si l'on compare aujourd'hui la vie rurale difficile représentée par Jean-François Millet dans Des Glaneuses et la vie moderne parisienne montrée par Gustave Caillebotte dans Le Pont de l'Europe, il parait évident que la modernité a engendré une vie plus aisée et que nous nous sommes vite habitués à certains progrès qu'elle a permis. De même, le métropolitain, la voiture, les trains ou les avions ont facilité les déplacements pour travailler, étudier ou se cultiver. Quant aux nouvelles technologies informatiques, elles ont profondément transformé notre quotidien. Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, ordinateurs ou téléphones nous permettent désormais de communiquer instantanément avec l'autre bout du monde : peu d'entre nous regrettent la tablette d'argile ou le pigeon voyageur.
Toutefois, les progrès doivent être accompagnés d'une réflexion éthique. Celle-ci est tout d'abord menée par des experts. La possibilité de cloner des êtres vivants a ainsi suscité d'importants débats éthiques et déontologiques au sein de la communauté scientifique internationale. En France, le clonage reproductif humain est interdit par les lois de bioéthique. En revanche, certaines recherches sur les cellules souches ainsi que certaines formes de clonage animal ou végétal sont autorisées dans des cadres strictement règlementés. De même, si les avancées scientifiques permettent d'améliorer les conditions de vie, le transhumanisme interroge toutefois les limites qu'il convient d'imposer à la transformation de l'être humain. L'essor de l'intelligence artificielle soulève lui aussi de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne la place de l'humain, la protection des données et les risques liés à l'automatisation des décisions. Mais ces débats ne sont pas le seul fait des spécialistes ou des scientifiques. Les artistes peuvent eux aussi interroger leurs contemporains sur ces sujets, comme l'a fait Aldous Huxley avec Le Meilleur des mondes. À l'instar de George Orwell dans 1984, le romancier imagine un monde dystopique dans lequel les progrès scientifiques ont profondément bouleversé la vie humaine, au point de priver les individus de ce qui semble véritablement essentiel. De même, une artiste comme Cindy Sherman, qui multiplie les autoportraits retravaillés par des filtres, interroge une société dominée par l'image et les selfies, tandis que Delphine de Vigan, dans Les enfants sont rois, questionne l'exposition des enfants et des familles sur les réseaux sociaux.
Les progrès apportés par la modernité ne doivent donc pas, de manière binaire, nous effrayer ou nous enthousiasmer. Ces changements amènent plutôt à s'interroger sur les bénéfices et les risques liés à ces avancées, et invitent à anticiper, questionner et réguler les transformations qu'elles sont susceptibles d'entrainer. Il demeure toutefois difficile de freiner la connaissance et l'envie d'explorer des terres inconnues, même s'il est parfois impossible de prévoir toutes les conséquences des découvertes scientifiques. L'histoire a ainsi montré que certaines avancées majeures, comme la maitrise de l'énergie nucléaire ou le développement industriel à l'origine de la crise climatique actuelle, peuvent aussi bien servir le progrès humain que conduire à des formes de destruction inédites.