Sujet 2026 de français, groupement académique 3 (nouveau)
Dernier essai le - Score : /20
Sujet

Sujet

L'épreuve est notée sur 20, chaque partie comporte 10 points. Une note globale égale ou inférieure à 2,5 sur l'une des deux parties est éliminatoire. Durée de l'épreuve : 4 h ; coefficient 5
L'épreuve vise à évaluer les connaissances disciplinaires en français et en mathématiques du candidat. Elle comporte deux parties indépendantes.
La première partie de l'épreuve prend appui sur un texte (extrait de roman, de nouvelle, de littérature d'idées, d'essai, etc.) n'excédant pas cinq cents mots. Elle comporte trois phases :
  • une phase consacrée à l'étude de la langue, permettant de vérifier les connaissances syntaxiques, grammaticales et orthographiques du candidat ;
  • une phase consacrée au lexique et à la compréhension lexicale ;
  • une phase consacrée à une réflexion suscitée par le texte à partir d'une question posée sur celui-ci et dont la réponse prend la forme d'un court développement présentant un raisonnement rédigé et structuré.
→ Téléchargez l'énoncé sur le site Devenir enseignant
Corrigé

Corrigé

Ce corrigé applique l'orthographe rectifiée, utilisable depuis 1990 et recommandée par le Conseil Scientifique de l'Éducation Nationale (CSEN).
Conseils méthodologiques : avant de lire le texte
L'épreuve de français du CRPE en L3, qui ne dure que 2 heures et mobilise de nombreuses compétences, tient d'une épreuve de vitesse. Il s'agit donc de s'y préparer en avance afin d'aborder ce sujet de manière organisée.
Plutôt que de lire le texte, il est préférable de le parcourir du regard : ce texte comporte un premier paragraphe, peu dense, puis un saut de ligne et des crochets indiquent que l'extrait est constitué de deux morceaux qui peuvent être éloignés dans le texte. Viennent ensuite trois brefs paragraphes, dont une phrase, « Pour aller où ? », qui tient lieu de paragraphe à elle seule, suivie ensuite d'un paragraphe, peut-être inachevé. Dans ce dernier paragraphe, l'œil percevra peut-être, par la présence des majuscules, que de nombreux noms propres y figurent, noms de lieux et noms de personnes.
Sans aller plus loin dans la lecture à ce stade, il est bon de rechercher d'emblée le sujet d'écriture, qui compte pour la moitié des points, avant de lire le paratexte et le texte en soulignant au crayon (ici en gras) les éléments en lien avec le sujet, ici le voyage.
S'il n'est pas utile de lire toutes les notes à ce stade, on constate qu'elles sont nombreuses, et fournissent des éléments culturels qui pourraient manquer au candidat ou à la candidate : pas d'inquiétude, commencez à répondre à la partie 1 sans plus attendre.
Sujet de réflexion et développement
C'est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l'envie de tout planter là. »
Selon vous, qu'est-ce qui pousse l'être humain à voyager ?
Paratexte
Lorsqu'il était enfant, le narrateur rêvait de voyages au long cours et s'enthousiasmait pour les grands écrivains et explorateurs qui constituaient pour lui des sources d'inspiration…
« Au mur de la classe, à côté du tableau, une carte du monde. On y voyait des pays de diverses couleurs, la rose des vents, les méridiens, les mers, les océans. L'imaginaire hissait la grand-voile : le monde entier se trouvait là, devant moi, réduit au quarante millionième. Je lisais Katmandou et je me figurais des drapeaux à prières et des temples bouddhistes, Chicago et je poussais la porte d'un bar clandestin où luisaient dans la pénombre le canon d'un colt et les braises d'un cigare, New York et j'entendais les rickshaws(1) pétarader entre les vaches sacrées, les marchands d'épices et de fleurs (longtemps, j'ai confondu New York et New Delhi). En attendant d'aller voir un jour tout cela de plus près, pour de vrai, je passais mes journées les yeux fixés sur la carte, continuellement rêveur. M. Postel(2), un petit homme énergique aux cheveux grisonnants, m'en faisait le reproche. Il nous parlait additions, soustractions, figures géométriques, et moi je m'enivrais des noms de villes inconnues. Prenant mes camarades à témoin, il me citait en contre-exemple : Faites comme lui, disait-il, et vous n'irez jamais loin. Peut-être, mais j'écris ces lignes en Patagonie(3).
[…] Je venais de rendre à mon éditeur deux cent vingt feuillets d'un roman qui m'avait tenu lieu de vie pendant près de trois ans ; j'étais riche de mes seuls yeux intranquilles, en proie au doute et désœuvré. Qu'allais-je faire maintenant ? Il était temps de partir, sans raison ni délai.
Pour aller où ?
Les écrivains eux-mêmes avaient tant voyagé qu'on ne pouvait prendre une seule direction sans se mettre aussitôt dans leurs pas : Chateaubriand de Paris à Jérusalem, Nerval et Flaubert en Orient, Stendhal et Giono en Italie, Rimbaud en Abyssinie, Stevenson(4) avec un âne dans les Cévennes, David-Néel(5) de la Chine à l'Inde à travers le Tibet, Ella Maillart(6) jusqu'aux confins de l'Asie – comme Nicolas Bouvier, à qui j'aurais volontiers emprunté la formule : « C'est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l'envie de tout planter là. » (François-Henri Désérable, Chagrin d'un chant inachevé. Sur la route de Che Guevara, Gallimard, 2025)
I. Étude de la langue (3,5 points)
1. 
Dans la phrase suivante, donnez la fonction des quatre mots soulignés.
« J'étais riche de mes seuls yeux intranquilles, en proie au doute et désœuvré. »
Il n'est pas utile de mentionner que ces mots sont tous des adjectifs, puisque leur nature n'est pas demandée. Pour information, on parle désormais d'« adjectif » et non d'« adjectif qualificatif » à l'école, pour ne pas écarter les adjectifs dits relationnels auxquels on ne peut pas adjoindre un adverbe intensif comme « très » : *une voiture très allemande.
Il n'est pas non plus utile ici de montrer que l'on a reconnu un hommage à Paul Verlaine et à son poème intitulé « Gaspard Hauser chante » (« Je suis venu, calme orphelin / Riche de mes seuls yeux tranquilles, / Vers les hommes des grandes villes : / Ils ne m'ont pas trouvé malin.) Vous ne serez pas noté.e plus pour cette question si vous donnez des informations qui ne sont pas attendues. Gardez Verlaine dans votre manche pour les parties 2 ou 3 et si vous n'avez pas reconnu la citation, n'ayez crainte, ce n'est pas attendu. De même, n'indiquez pas les éventuelles observations et manipulations grammaticales que vous auriez faites pour aboutir à cette réponse, ce ne serait pas valorisé.
Voici la réponse attendue par les correcteurs :
Riche : attribut du sujet « je »
Seuls : épithète de « yeux »
Intranquilles : épithète de « yeux »
Désœuvré : attribut du sujet « je »
Vous pouvez aussi présenter le même résultat en deux lignes :
Seuls et intranquilles : épithètes de « yeux »
Riche et désœuvré : attributs du sujet « je »
2. 
Dans la phrase suivante, identifiez les mots ou groupes de mots remplissant les fonctions suivantes : sujet et complément d'objet direct (COD).
« Je poussais la porte d'un bar clandestin où luisaient dans la pénombre le canon d'un colt et les braises d'un cigare. »
Cette phrase comporte deux verbes conjugués à l'imparfait, qu'on repèrera pour commencer : « poussais » et « luisaient ». Le second sujet est moins évident à repérer car il est postposé dans le cadre d'une proposition relative, et se trouve même après un complément circonstanciel de lieu.
On pourra utiliser la manipulation « c'est… qui » pour vérifier que les groupes suivants sont sujets : c'est je qui poussais – c'est le canon d'un colt et les braises d'un cigare qui luisaient, mais ici on peut se contenter de donner les réponses :
Je : sujet de « poussais ».
Le canon d'un colt et les braises d'un cigare : sujet de « luisaient ».
Pour le COD, on peut aussi utiliser la manipulation « c'est… que » et vérifier que le COD peut être pronominalisé et ne peut être supprimé sans changer le sens du verbe.
Réponse attendue : « la porte d'un bar clandestin » remplit la fonction de COD.
Ici, il n'y a qu'un COD, « la porte d'un bar clandestin », mais on peut aussi ajouter la relative épithète qui lui est accolée : « la porte d'un bar clandestin où luisaient dans la pénombre le canon d'un colt et les braises d'un cigare ». Les deux réponses seront certainement acceptées par les correcteurs, mais il est sans doute préférable d'indiquer que la relative dépend du COD.
3. a. 
Donnez le temps et le mode de la forme verbale « j'aurais volontiers emprunté ».
Recopiez la forme verbale en ôtant l'adverbe :
J'aurais emprunté 
  • temps : conditionnel passé
  • mode : indicatif
Si le conditionnel a longtemps été considéré comme un mode, ce n'est plus le cas, et les conditionnels présent et passé sont désormais considérés comme des temps de l'indicatif (ils n'ont pas toujours de valeur modale, comme on le verra dans l'exercice suivant, mais il n'est pas nécessaire de le mentionner ici).
b. 
Conjuguez cette forme à la première personne du singulier de l'indicatif des temps suivants : présent, imparfait, futur, passé simple, passé composé.
Présent : j'emprunte
Imparfait : j'empruntais
Futur : j'emprunterai
Passé simple : j'empruntai
Passé composé : j'ai emprunté
On le voit, les terminaisons du futur et du passé simple sont les mêmes à la 1re personne au futur et au passé simple : en prendre conscience est utile car c'est parfois source de confusion chez les élèves. Ici, il s'agit de montrer que vous maitrisez la mécanique de la conjugaison, c'est une question de morphologie pure, ne vous attardez pas, mais soyez entrainé.e au préalable.
4. 
En vous fondant sur le contexte, transposez la phrase suivante au discours indirect en commençant par « Il leur disait que… ».
« Faites comme lui, disait-il, et vous n'irez jamais loin. »
Le contexte indique une sorte de menace, de lien cause-conséquence qui va apparaitre grâce à la proposition subordonnée de condition ou hypothétique introduite par « si ». La réponse attendue est donc :
Il leur disait que s'ils faisaient comme lui, ils n'iraient jamais loin.
Ou encore :
Il leur disait qu'ils n'iraient jamais loin s'ils faisaient comme lui.
Ici, le pronom déictique « vous » se transforme en « ils », puisque le propos est relayé par le narrateur dans le discours indirect. L'incise « disait-il » disparait, puisque la parole est introduite par « il leur disait que ». Pour les verbes, l'impératif devient un imparfait dans l'hypothétique et le futur devient un conditionnel présent au discours indirect, puisque le verbe introducteur est au passé, ce qui entraine ce que l'on appelle la concordance des temps. Toutes ces explications ne sont pas demandées, n'inscrivez que la phrase transformée pour garder le plus de temps possible pour la suite.
5. 
Délimitez les propositions constituant cette phrase. Donnez leur nature.
« Les écrivains eux-mêmes avaient tant voyagé qu'on ne pouvait prendre une seule direction sans se mettre aussitôt dans leurs pas. »
« Les écrivains eux-mêmes avaient tant voyagé » : proposition principale
« qu'on ne pouvait prendre une seule direction sans se mettre aussitôt dans leurs pas » : proposition subordonnée conjonctive circonstancielle. Il semble préférable d'ajouter ici la fonction et de dire qu'elle indique la conséquence.
On pourra s'interroger sur l'adverbe de degré « tant » qui lie la principale et la subordonnée, « tant » étant ici employé en corrélation avec la conjonction de subordination « que » : « tant… que » introduit la conséquence. La principale pourrait être délestée de son « tant » si l'on supprimait la subordonnée : « Les écrivains eux-mêmes avaient voyagé » ou le « tant » pourrait être transformé : « Les voyageurs avaient beaucoup voyagé. » Ici, répondez de manière simple et circonstanciée.
À propos de « sans se mettre aussitôt dans leurs pas », il ne s'agit pas d'une proposition infinitive puisqu'elle a pour sujet « on ». On ne parle de proposition infinitive que lorsque l'on peut repérer un groupe sujet propre au verbe à l'infinitif.
6. 
Donnez le type et la forme de la phrase suivante.
« C'est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l'envie de tout planter là. »
Ici, il importe de bien connaitre les types et formes de phrases retenues dans la grammaire du français, en ligne sur Éduscol : il n'y a à enseigner que trois types possibles, déclaratif, impératif et interrogatif, qui ne peuvent se combiner entre eux. En revanche, voici les formes de phrases mentionnées par Éduscol qui peuvent s'y adjoindre : négative, passive, exclamative, emphatique, impersonnelle.
Ici, il s'agit d'une phrase de type déclaratif et de forme emphatique.
II. Lexique (1,5 point)
Contrairement aux exercices précédents, il importe de bien développer les réponses de cette partie, qui doit être rédigée : il s'agit pour les correcteurs de mesurer la sensibilité des candidats au choix des mots et d'évaluer leur richesse lexicale.
1. 
Expliquez la formation et donnez le sens du mot « intranquilles » (ne pas tenir compte du pluriel).
Expliquer la formation d'un mot revient à expliquer comment il a été obtenu. Sans attendre des candidats qu'ils retracent toute l'histoire d'un mot, ils doivent s'attacher à repérer les préfixes et suffixes éventuels, et dégager le radical du mot.
Ici, « intranquille » a été formé par dérivation, grâce à l'ajout du préfixe privatif in-. Il s'agit donc d'yeux qui ne sont pas tranquilles, posés, calmes, contrairement à ceux de Gaspard Hauser dans le poème de Verlaine à qui Désérable rend un discret hommage. Ils peuvent désigner le fait que ces yeux sont déjà en mouvement, prêts pour le voyage.
2. 
Expliquez le sens de la phrase :
« Il nous parlait additions, soustractions, figures géométriques, et moi je m'enivrais des noms de villes inconnues. »
La conjonction de coordination « et » cache une opposition : il parlait de mathématiques alors que/tandis que/au moment où je m'enivrais des noms de villes inconnues.
L'auteur oppose les opérations et les termes mathématiques à l'ivresse que suscitent en lui des noms mystérieux, qui nourrissent son imagination.
III. Réflexion et développement (5 points)
Sujet : « C'est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l'envie de tout planter là. »
Selon vous, qu'est-ce qui pousse l'être humain à voyager ? Votre réponse prendra appui sur le texte de François-Henri Désérable, vos lectures, votre culture, vos connaissances et expériences personnelles.
Vous présenterez votre propos (entre 20 et 30 lignes) de façon structurée.
Conseils méthodologiques pour le développement
Comme dans les autres sujets L3 2026, la dernière phrase indique que l'introduction et la conclusion ne sont pas attendues : cela ne signifie pas qu'elles sont interdites. Un très court propos liminaire peut aider à entrer dans le sujet et à donner au lecteur le cheminement suivi, mais il ne faudra surtout pas y consacrer trop de temps. La conclusion, souvent très brève, est plus dispensable, mais il semble préférable de montrer aux correcteurs que l'on est bien allé jusqu'au bout de son raisonnement, en « bouclant la boucle », en récapitulant les éléments démontrés ou en offrant une ouverture qui prolonge la réflexion.
Le sujet reproduit cette fois une citation qui n'est pas de Désérable, mais qui est une citation de Nicolas Bouvier, puis pose une question plus vaste sur ce qui pousse les êtres humains à voyager. Le sujet indique aussi qu'il faudra s'appuyer sur le texte de Désérable : une partie des éléments surlignés lors de la première lecture peuvent être repris et une nouvelle lecture du texte proposé s'impose. Si le terme « autobiographie » ne fait pas partie du paratexte, et qu'il est fait mention d'un narrateur, le titre et surtout le sous-titre de Chagrin d'un chant inachevé. Sur la route de Che Guevara, met sur la piste d'un récit de voyage.
Le premier paragraphe est majoritairement à l'imparfait, ramenant le narrateur au monde de l'enfance et à la classe de M. Postel (le nom de ce maitre peut donner matière à rêverie : est-il posté dans sa classe ou prédit-il des voyages comme l'étymologie de « poste » le suggère ?). Les prédictions désobligeantes du maitre sont en tout cas contredites par le présent d'énonciation : « Peut-être, mais j'écris ces lignes en Patagonie. » Dans le paragraphe suivant, c'est un passé plus récent qui est évoqué, après que le narrateur a rendu un roman et se trouve « en proie au doute et désœuvré », cherchant où aller. C'est à d'autres écrivains voyageurs qu'il semble emboiter le pas : « Chateaubriand de Paris à Jérusalem, Nerval et Flaubert en Orient, Stendhal et Giono en Italie, Rimbaud en Abyssinie, Stevenson avec un âne dans les Cévennes, David-Néel de la Chine à l'Inde à travers le Tibet, Ella Maillart jusqu'aux confins de l'Asie – comme Nicolas Bouvier ». Que les candidats n'hésitent pas à citer ces auteurs et autrices dans leur devoir, même s'ils n'ont pas lu toute leur œuvre : se servir des notes et de ce qu'elles contiennent n'est pas interdit !
On pourra remarquer que ce sujet présente des points d'accroche avec le sujet 2026 consacré à Ivan Jablonka. Il y est question de voyage, de découverte du monde et du rôle joué par l'imaginaire et les récits dans la manière dont on se représente des lieux que l'on ne connait pas encore. Chez Jablonka, les récits de sa mère et les sites antiques rendent la Grèce vivante. Chez Désérable, ce sont les cartes, les noms de villes et les écrivains voyageurs qui font naitre son désir de partir. Les deux sujets ne se confondent évidemment pas, mais il peut être utile, on le voit, de se constituer progressivement un petit répertoire d'idées et d'exemples en lisant les textes proposés dans les sujets de CRPE des années précédentes, y compris ceux destinés aux candidats de master 2, et dans les corrigés des parties 3. On y retrouve souvent des enjeux communs : l'éducation, l'enfance, la culture, le voyage, l'imaginaire, la transmission, le rapport au monde et aux autres, et il est tout à fait opportun de lire et de citer des œuvres qui ont servi de base à des sujets de CRPE ancienne mouture. Le texte de Dima Abdallah sur l'ancrage (sujet CRPE de 2020) fait ainsi écho à ce sujet.
Il parait indispensable, pour bien explorer le sujet, d'en faire une brève analyse lexicale.
On remarquera d'abord que les concepteurs du sujet ont choisi la formulation « l'être humain », plutôt que « l'homme » ou « l'Homme », termes qui peuvent contribuer à invisibiliser les femmes. On pourra, comme les concepteurs du sujet, faire varier les désignations : les êtres humains, l'humanité, les femmes et les hommes, les personnes, les individus(7).
Le verbe « pousser » peut renvoyer à un désir, à une impulsion personnelle de celui ou celle qui cherche à rompre avec son quotidien, mais il ne faudra surtout pas oublier que tous les voyages ne sont pas d'agrément. Certaines personnes quittent leur pays pour fuir une guerre, des persécutions, la misère ou des conditions climatiques devenues extrêmes.
Le mot « voyager » peut faire l'objet d'une recherche lexicale : voyager c'est partir à l'aventure, larguer les amarres, prendre des vacances, des congés, mais c'est aussi migrer, fuir, et l'on voit bien que dans les deux cas, les bagages ne se bouclent pas avec la même légèreté. Rappelons que cette épreuve sert à sélectionner des professeurs des écoles qui auront dans leurs futures classes des élèves aux parcours migratoires variés. Les élèves allophones – selon le terme choisi par Éduscol pour désigner ceux qui parlent une autre langue que le français – ou plurilingues ne sont pas rares, et il peut être intéressant de l'avoir en tête : ils n'ont quant à eux pas choisi de migrer, ce sont leurs familles qui ont fait le choix de rejoindre, momentanément ou pas, la France.
Voici l'équivalent d'un plan ou du moins de grandes idées notées au brouillon, et qui sert de point d'appui à l'écriture proprement dite. Il n'est pas absolument obligatoire d'y rester cantonné, mais cela peut être un bon garde-fou si, le temps bref consacré à l'épreuve passant trop vite, on se sent perdre pied. On ne s'inquiètera pas trop d'avoir oublié de citer telle ou telle œuvre à laquelle on avait d'abord pensé : c'est la loi du genre !
I. 
Le voyage qui nait de l'imagination et de la curiosité, attisés par des images, des récits
Désérable : atlas et carte de la classe, les noms des villes, récits d'écrivains voyageurs.
Films documentaires, photographies ou fictions : Maurice Herzog, Annapurna premier 8000 ; Fatou Diome, Le Ventre de l'Atlantique.
II. 
Le voyage lié à l'apprentissage, à la formation : le voyage pour apprendre et changer de point de vue
Le voyage de formation depuis la Renaissance : Du Bellay à Rome ou Lamartine en Italie.
Voyager permet de rencontrer d'autres langues, d'autres habitudes, d'autres manières de vivre, et parfois de regarder autrement son propre pays.
Tristes tropiques de Lévi-Strauss.
La confrontation réelle avec l'ailleurs permet un décentrement que les livres ou les images ne remplacent pas complètement.
III. 
Le voyage contraint ou subi par des situations politiques, économiques…
guerres, misère ou bouleversements climatiques > parcours migratoires divers, plus ou moins imposés par la nécessité
persécutions > statut des réfugiés
élèves allophones/plurilingues dans les classes
En prolongement :
Ce qui peut pousser certains à ne pas voyager – les questionnements et dilemmes que les voyages peuvent soulever.
Proposition de corrigé pour la partie III
Un simple nom de ville ou de lieu, entendu au détour d'une conversation, peut suffire à déclencher des rêveries et à faire naitre le désir d'ailleurs. Certains, comme Proust, rêvent immobiles à l'évocation de ces noms ; d'autres, comme Saint-Exupéry, ne cessent de traverser mers et continents, au péril de leur vie. Écolier, François-Henri Désérable s'« enivr[e] des noms de villes inconnues » inscrits sur une carte du monde. Katmandou, Chicago ou New York font naitre en lui des images, et peu importe si elles sont inexactes : elles déclenchent l'envie de se mettre en mouvement, et de confronter ses rêves à la réalité. Les œuvres d'écrivains voyageurs jouent le même rôle : devenu adulte, le narrateur de Chagrin d'un chant inachevé. Sur la route de Che Guevara ne peut choisir une destination sans se penser sur les traces de Chateaubriand, Stevenson, Alexandra David-Néel, Nicolas Bouvier… Les récits, les atlas, les films ou les photographies peuvent ainsi faire naitre le désir d'aller vérifier à quoi ressemble vraiment ce que l'imagination a d'abord construit. Les récits d'aventures nourrissent ce désir dès l'enfance : de Robinson Crusoë de Defoe au Royaume de Kensuké de Morpurgo et autres robinsonnades, auxquels peuvent s'adjoindre des ouvrages comme Le Lion de Kessel et La Panthère des neiges de Sylvain Tesson, ces récits permettent de parcourir en pensée des iles, des paysages et des univers radicalement différents de notre monde quotidien. Mais le passage du rêve au réel peut aussi être source de désillusion. Dans Le Ventre de l'Atlantique, Fatou Diome évoque les rêves d'Europe de jeunes Sénégalais qui idéalisent le départ avant d'en découvrir les difficultés : le voyage confronte alors brutalement le monde rêvé au monde réel.
La curiosité n'est cependant pas la seule raison qui pousse les êtres humains à voyager. Partir, pour un temps ou plus durablement, peut aussi être une manière d'apprendre et de se former. À partir du xvie siècle, il a été d'usage, chez les jeunes hommes fortunés, d'effectuer des voyages dits de formation, notamment en Italie, pour compléter leur éducation et découvrir directement les œuvres et les lieux qu'ils connaissaient par leurs lectures. Les séjours de Du Bellay à Rome ou, plus tard, de Lamartine en Italie et en Orient ont développé leur esprit et nourri leurs œuvres. Le succès du programme Erasmus, désormais Erasmus +, qui permet aux Européens de suivre une partie de leurs études ailleurs que dans leur pays d'origine va dans ce sens : découvrir un autre pays, entendre une autre langue et rencontrer d'autres manières de vivre permet de modifier profondément son regard et d'observer autrement le monde dont on vient. Dans Sur la route, Jack Kerouac met en scène des jeunes gens qui traversent les États-Unis pour vivre autrement et multiplier les expériences. Dans Tristes Tropiques, Claude Lévi-Strauss ne voyage pas en simple curieux : il observe en ethnologue les sociétés du Brésil qu'il étudie et s'efforce de comprendre leur organisation sans les juger. Publié en 1955, l'ouvrage a largement dépassé le cercle des spécialistes et fait connaitre Lévi-Strauss au grand public, montrant qu'un regard scientifique sur l'ailleurs pouvait rencontrer un large lectorat. Voyager, ce n'est donc pas seulement découvrir de nouveaux paysages, mais ce peut être aussi changer notre point de vue très européanocentré.
Cependant, il importe de noter que tous les voyages ne sont pas associés à l'agrément, au loisir. Des femmes, des hommes, des enfants quittent aujourd'hui leur lieu de vie parce qu'ils y sont contraints : ils fuient une guerre, comme celle qui a lieu en Ukraine, cherchent à échapper à des persécutions liées à leur identité, à leur orientation sexuelle ou à leurs convictions politiques ou religieuses, ou encore à la misère et à des conditions climatiques devenues insupportables. Certains deviennent ainsi des réfugiés, contraints à chercher protection dans un autre pays. L'histoire de l'humanité est aussi celle de déplacements, forcés ou volontaires, qui ont conduit des populations à chercher ailleurs de meilleures conditions d'existence. Dans de nombreuses classes se trouvent ainsi des élèves qui n'ont pas choisi ce déplacement, mais ont suivi leur famille ; d'autres, comme certains mineurs non accompagnés scolarisés au collège ou au lycée, ont pu entreprendre seuls un parcours particulièrement difficile. L'école doit leur permettre de trouver leur place, d'apprendre la langue lorsqu'ils ne la maitrisent pas encore et de se familiariser avec de nouveaux repères, sans pour autant effacer leur histoire ou leur culture d'origine.
Pour conclure, il semble intéressant de prolonger la réflexion en évoquant ce qui pousse les êtres humains à ne pas voyager. Des hommes et des femmes questionnent en effet leurs déplacements, pour des raisons économiques, écologiques ou politiques, certains dénonçant notamment la posture – inconsciente – du « white savior » voyageant dans des pays bien moins favorisés. Ces préoccupations, légitimes, ne sont pas sans créer de dilemmes, car elles sont à mettre en balance avec le désir authentique et bien intentionné de rencontrer d'autres territoires et d'autres sociétés. S'il ne doit pas nécessairement nous conduire jusqu'en Patagonie, le voyage, réel ou imaginaire, lointain ou proche, permet en tout cas de se décentrer et de considérer les autres êtres humains comme des semblables, malgré les différences culturelles et les inégalités.
Sujet corrigé réalisé par Marie-Astrid Clair, professeure agrégée de lettres modernes et formatrice à l'INSPÉ de Paris-Sorbonne Université.