Conseils méthodologiques pour le développement
Le sujet invite à réfléchir à l'intérêt de mettre par écrit ses expériences vécues. Il ne demande pas seulement pourquoi écrire, mais pourquoi écrire ce que l'on a vécu. Il faut donc s'appuyer sur des exemples liés au journal, au témoignage, à l'autobiographie, aux mémoires, aux récits de voyage, aux récits de guerre ou de traumatisme. On pourra cependant dépasser le simple argumentaire expliquant pourquoi il est utile de mettre par écrit ses expériences, en abordant le comment : n'est-il pas aussi possible de mettre par écrit des expériences non vécues ?
On recopiera le sujet sur une feuille de brouillon (n'utiliser que le recto de ces feuilles et les numéroter pour ne pas s'y perdre).
Quelques mots clés :
Sujet : Quel est, selon vous,
l'intérêt pour une personne de
mettre par écrit ses
expériences vécues ?
Quel est l'intérêt : pourquoi est-ce intéressant ? Pour qui est-ce intéressant ? Pour la personne qui écrit seulement ?
Synonymes : gain, bénéfice – antonyme : risque, danger
Une personne
vs un groupe de personnes
Mettre par écrit : écrire, mais pas forcément publier, écrire des textes qui resteront intimes, privés, ou qui seront partagés, laisser une trace
Ses expériences vécues : ses aventures, mésaventures, expériences positives ou négatives
Dans le texte, Baldassare écrit pour lui-même malgré des pertes successives : ses cahiers ont disparu, brulé ou été oubliés ; il veut pourtant écrire encore, comme pour sauver quelque chose de son expérience et lutter contre la disparition, qu'il sait inéluctable.
Il est toujours préférable de construire une réflexion en trois temps, la réponse apportée en sera moins binaire puisqu'il s'agira de chercher une troisième manière de répondre à la question posée.
Pour éviter le hors sujet, on s'assure que les mots du sujet, leurs synonymes/paronymes ou des mots de la même famille apparaissent dans les titres des trois parties. Attention, il n'est pas recommandé, dans un devoir de français, de noter les titres et sous-titres. Ils doivent être intégrés au texte et figurer en début de chaque partie ou paragraphe, afin que le lecteur sache bien où il est emmené.
Il est possible de construire un plan simple en trois mouvements :
On notera que ce plan, construit en début de réflexion, peut évoluer : le devoir qui va suivre ne le suit pas exactement, surtout dans la 2e partie et l'on ne s'en inquiètera pas car de meilleures idées peuvent venir en écrivant. On veillera en revanche à rester le plus proche possible du sujet, même si on dépasse la proposition faite avec la 3e partie. Cette dernière partie n'est pas absolument obligatoire mais, permettant de pousser la réflexion plus loin qu'un simple plan binaire, elle est recommandée car elle distingue donc nettement cette copie de toutes les autres, en deux parties !
Proposition de corrigé pour la partie III
[Introduction]
Apparue dans plusieurs régions du monde à des périodes différentes, l'écriture constitue l'une des innovations majeures de l'histoire humaine. Les plus anciennes traces connues proviennent de Mésopotamie et d'Égypte à la fin du
ive millénaire avant notre ère. Permettant la conservation et la transmission des savoirs au-delà de l'oralité, elle a profondément transformé les sociétés humaines mais aussi la construction des individus. Depuis qu'elle n'est plus réservée à une élite mais apprise par chacun dans notre monde contemporain, l'écriture est utilisée à des fins diverses par ceux qui s'en saisissent. Si certains cherchent à bâtir, à l'aide de mots, des œuvres qui leur survivront, d'autres écrivent pour eux-mêmes, plus modestement. Pourquoi est-il intéressant de mettre par écrit ses propres expériences ? Nous verrons qu'écrire permet d'abord à l'individu de mieux appréhender les expériences vécues, qu'elles soient traumatiques, exaltantes ou très banales. Mais écrire ses aventures ou mésaventures peut également être utile à d'autres personnes. Enfin, nous nous demanderons si mettre par écrit ce que l'on n'a pas précisément vécu ne présente pas aussi un certain intérêt.
[I
re partie]
Écrire permet de mieux appréhender sa propre vie. Mettre en mots ce qui a été vécu aide à éclairer des émotions d'abord diffuses et à donner du sens à l'expérience vécue. L'écriture permet en effet de prendre du recul, et de devenir, dans une certaine mesure, l'auteur de son histoire. Les études sociologiques indiquent que cette pratique d'écriture amateur commence souvent dès l'enfance, lorsque les plus jeunes notent dans un petit carnet les secrets qu'ils veulent conserver sans nécessairement les confier à un tiers. Le journal devient alors le réceptacle d'émotions fortes – sentiment amoureux, amical, colère, jalousie – qu'il contribue à médiatiser, à organiser et parfois à mieux comprendre. L'un des succès récents de la littérature de jeunesse témoigne de l'attrait de cette forme : il s'agit du
Journal d'un dégonflé de Jeff Kinney, agrémenté de dessins humoristiques et lu par de nombreux enfants qui se reconnaissent sans doute dans les aventures quotidiennes d'un garçon de douze ans.
Dans des circonstances moins ordinaires, écrire un journal peut être tout à fait salutaire. De nombreux diaristes écrivent pour eux-mêmes, réconfortés par une écriture qui permet de gagner en maitrise sur les évènements vécus et de préserver une forme de continuité intérieure face à l'adversité. Ainsi, le personnage principal du
Périple de Baldassare écrit malgré la perte de ses anciens cahiers, et éprouve d'autant plus de volupté à se confier sur ces pages que le monde qui l'entoure est instable. Le plus célèbre des journaux est sans doute le
Journal d'Anne Frank, dans lequel elle décrit sa vie dans l'Annexe, alors qu'elle est cachée avec sa famille dans une Amsterdam occupée. Si l'arrière-plan inquiétant est évoqué, la jeune Anne raconte aussi à sa confidente fictive, Kitty, les sentiments qu'elle éprouve pour le jeune Peter ou encore les changements intimes de son corps. Sans amie à qui se confier, elle écrit et clarifie ses pensées grâce à l'écriture, qui lui permet de mettre en ordre ses émotions, d'exprimer ses inquiétudes et de mieux se comprendre.
[II
e partie]
Mais écrire ses expériences n'est pas utile à soi seul. Si les textes produits sont partagés, ils permettent en effet à leurs lecteurs d'éprouver intimement ce qui a été vécu par un autre qu'eux-mêmes. Ainsi lorsque Rousseau écrit ses
Confessions, il forme un projet nouveau : il s'agit de « montrer à [ses] semblables un être dans toute la vérité de sa nature » et de dire dans le détail l'homme qu'il fut. Premier d'une longue lignée d'auteurs à puiser dans sa vie pour alimenter son œuvre, il écrit pour donner à voir son intériorité et pour échapper à la disparition, comme l'a fait aussi Chateaubriand écrivant des
Mémoires d'Outre-tombe : ce titre révèle bien l'ambition de l'un de ces « chroniqueurs du passé », comme les nomme Amin Maalouf, qui n'ont pas tout à fait disparu puisqu'ils ont laissé « trace de [leur] passage » et font entendre leur voix au-delà de la mort.
Écrire pour raconter des expériences vécues, c'est aussi ce qu'a fait la grande épistolière Marie de Sévigné, qui écrivait à sa fille des lettres si merveilleusement construites et dans une langue si belle qu'elles sont passées – du vivant même de l'autrice – à la postérité. Choisir cette forme de la lettre, c'était aussi pour elle, à une époque où les femmes avaient difficilement accès à la littérature, trouver le moyen de faire entendre son point de vue, sa voix. Comme George Sand plus tard, écrivant l'épais volume intitulé
Histoire de ma vie, ou Colette donnant à voir les différentes facettes de son existence dans les textes largement autobiographiques que sont
Les Vrilles de la vigne ou
Sido, l'écriture de certaines permet aux lecteurs et lectrices d'entendre la voix de ce que l'on entend moins. De la même manière, quoique bien plus récemment, Joseph Ponthus dans
À la ligne donne à voir, à sentir et à ressentir le monde des usines agroalimentaires dont il a fait l'expérience : le poids des carcasses de viande, l'odeur âcre des poissons, les réveils au milieu de la nuit avec l'obligation de prendre un taxi pour aller travailler lorsqu'on n'a pas de voiture et que l'on craint de perdre son gagne-pain… Cette immersion dans un monde ouvrier largement ignoré de tous ceux qui consomment pourtant chaque jour ses produits transformés montre que l'écriture de ses propres expériences est utile à tous et non à la seule personne qui écrit.
[III
e partie]
Si écrire sur ses propres expériences permet de mieux comprendre ce que l'on vit, soulage en mettant à distance et en partageant le poids que l'on porte, comme Primo Levi qui écrit
Si c'est un homme pour que chacun se souvienne que « cela fut », mettre par écrit ses expériences vécues n'est pas l'unique chemin intéressant pour partager ce que l'on a été. Dans
W ou le souvenir d'enfance, Georges Perec donne à entendre, un chapitre sur deux, un texte autobiographique, le second étant consacré à une histoire totalement inventée qui raconte pourtant, entre les lignes, son expérience d'enfant caché dont les deux parents ont été tués pendant la Seconde Guerre mondiale. La fiction permet elle aussi de rendre compte d'une expérience, mais de manière moins transparente, sans première personne qui rattache les aventures décrites à la réalité. Dans sa plus grande œuvre romanesque,
Les Misérables, Victor Hugo s'efface – même si l'auteur parait parfois pour commenter les actions des personnages – pour donner vie à des personnages qui nous intéressent par leur profondeur, leur humanité, leur détresse et leurs espoirs. Victor Hugo puise sans doute dans ses expériences pour donner naissance à des personnages plus vrais que nature, êtres de papier qui nous émeuvent, comme Fantine, Gavroche ou Éponine.
Ainsi, si les textes d'inspiration autobiographique qui sont aujourd'hui légion nous intéressent, ils ne sont pas les seuls à mériter notre curiosité, d'autant que le « je » qui parle n'est pas nécessairement sincère. Tout récit, qu'il soit présenté comme véridique ou non, nourrit l'humanité et l'on aurait tort d'opposer le
Livre des merveilles de Marco Polo, qui narre les expéditions de ce dernier en Chine, à l'
Odyssée d'Homère. Si Ulysse est un personnage fictif, chaque lecteur ou lectrice peut se reconnaitre dans certains de ses élans, de ses espoirs, de ses déceptions, de son imprudence ou de son orgueil. À travers lui, c'est une part de la condition humaine qui se trouve représentée. C'est d'ailleurs le choix que fait Amin Maalouf en n'écrivant pas un texte autobiographique mais en créant un personnage fictif, Baldassare, qu'il situe au
xviie siècle et qui, par son trajet et son gout pour l'écriture, lui ressemble sans doute un peu.
[Conclusion]
Écrire permet donc de conserver une trace de ce que l'on a vécu, de mieux comprendre et appréhender ce que l'on a traversé, mais aussi de transmettre à autrui une part de son existence. L'écriture peut procurer un soulagement ; elle est d'ailleurs utilisée à des fins thérapeutiques dans certains services médicaux. Si plusieurs études suggèrent qu'elle peut avoir des effets bénéfiques sur le bienêtre de certaines personnes, son efficacité fait encore l'objet de débats parmi les chercheurs. En revanche, la lecture de récits mettant en scène d'autres humains, véritables ou fictifs, présente un intérêt incontestable, puisqu'il s'agit d'observer « d'autres vies que la mienne », pour reprendre le beau titre d'un roman d'Emmanuel Carrère, et cela développe sans conteste des connaissances sur le monde, passé, présent et à venir, ainsi que ce que l'on nomme aujourd'hui à l'école des compétences psychosociales telles que l'empathie.