Sujet 2026 de français, groupement académique 2 (nouveau)
Dernier essai le - Score : /20
Sujet

Sujet

L'épreuve est notée sur 20, chaque partie comporte 10 points. Une note globale égale ou inférieure à 2,5 sur l'une des deux parties est éliminatoire. Durée de l'épreuve : 4 h ; coefficient 5
L'épreuve vise à évaluer les connaissances disciplinaires en français et en mathématiques du candidat. Elle comporte deux parties indépendantes.
La première partie de l'épreuve prend appui sur un texte (extrait de roman, de nouvelle, de littérature d'idées, d'essai, etc.) n'excédant pas cinq cents mots. Elle comporte trois phases :
  • une phase consacrée à l'étude de la langue, permettant de vérifier les connaissances syntaxiques, grammaticales et orthographiques du candidat ;
  • une phase consacrée au lexique et à la compréhension lexicale ;
  • une phase consacrée à une réflexion suscitée par le texte à partir d'une question posée sur celui-ci et dont la réponse prend la forme d'un court développement présentant un raisonnement rédigé et structuré.
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Corrigé

Corrigé

Ce corrigé applique l'orthographe rectifiée, utilisable depuis 1990 et recommandée par le Conseil Scientifique de l'Éducation Nationale (CSEN).
Conseils méthodologiques : avant de lire le texte
L'épreuve de français du CRPE en L3 peut être considérée comme une épreuve de vitesse : elle ne dure que 2 heures et mobilise de nombreuses compétences, dans des domaines différents du français. Il s'agit donc de s'y préparer en avance afin d'aborder ce sujet de manière organisée.
Le ou la candidate ne doit pas commencer par lire le sujet de A à Z : il est avant tout nécessaire de repérer l'auteur, et de jeter un œil au paratexte. Faut-il connaitre Ivan Jablonka ? Né en 1973, il a une cinquantaine d'années, comme l'indique le chapeau au-dessus de l'extrait. Il n'est donc pas considéré comme un auteur patrimonial et nul ne s'attend à ce que vous puissiez citer une autre de ses ouvres, quoique son roman-enquête Laëtitia ou la fin des hommes, évoquant un fait divers glaçant, mérite grandement d'être lu tant il éclaire intelligemment les parts sombres de notre société. Si vous ne connaissez pas l'auteur, ne vous inquiétez pas, mais servez-vous de tous les éléments qui vous sont donnés par le sujet.
Avant de s'attarder sur le paratexte, il est conseillé de lire sans attendre le sujet de la partie 3, « Réflexion et développement », qui orientera la lecture du texte. En l'occurrence, il s'agit d'une question portant sur la façon dont on peut « développer l'imaginaire d'un enfant, » et la mère du narrateur est évoquée, elle qui « par sa connaissance de l'Antiquité […] a su, pour son fils, rendre vivantes et animées des sociétés disparues ».
La première lecture se fait en conservant en tête ce sujet, à l'aide d'un crayon à papier (ici surlignage en gras) : il s'agit, sans attendre, d'entrer dans le paratexte puis le texte, et d'en souligner les éléments significatifs, ce qui surprend ou détonne, et ce qui a à voir avec le sujet de réflexion et développement sur lequel on reviendra après les parties 1 et 2 du sujet. On s'efforcera de ne pas lire l'intégralité des notes si leur lecture ne parait pas indispensable (il n'y en a pas dans le texte de Jablonka) pour ne pas couper sa lecture et faire perdre de vue l'essentiel lors d'une première lecture. On se contentera de voir qu'il y en a ici beaucoup, et qu'elles fournissent des éléments culturels liés au voyage en Grèce, et à l'histoire de ce pays.
Dans son ouvrage En camping-car, l'historien Ivan Jablonka, né en 1973, revient sur les vacances itinérantes passées en Europe du Sud, en famille avec des amis, lorsqu'il était enfant.
Dans le chapitre 15, intitulé « Le Voyage dans l'Antiquité », il fait le portrait de sa mère, enseignante de « français-latin-grec », pour reprendre les propos de l'auteur.
« Les photos la montrent en robe, coiffée d'un chapeau de paille à fleurs, ou avec un débardeur en coton blanc, un pantalon à motifs verts et mauves, les chaussures assorties. Ses tenues sont dans les tons pastel, mais parfois elle ose un haut framboise, un maillot de bain jaune d'or. Ma mère est la plus élégante du groupe, la plus belle des trois mamans. Elle conduit un peu, seulement pendant les longs trajets, pour relayer mon père. Le soir, ce n'est jamais elle qui lève le toit. Elle compose la salade de concombre-tomates, où se marient le vert croquant et le rouge sucré. Elle soigne mon otite. À la plage, elle n'aime pas se mettre au soleil, se dénuder, monter sur une planche à voile, faire un splash dans l'eau. Elle préfère lire à l'ombre, puis elle fait une petite brasse, c'est tout. Elle a peur de nager trop loin ou de monter sur un bateau. On se noie si facilement. Dans mon esprit, ma mère est aussi associée à l'exigence culturelle. Il y a pour moi une équivalence entre ma mère et la Méditerranée, sur les rivages de laquelle nous avons visité tant de sites archéologiques, temples, sanctuaires, thermes, agoras(1), amphithéâtres, vestiges de cités dont les mosaïques et les pavés retentissent encore du tumulte de milliers de personnes. Alors le monde grec se met à exister. Il devient la seule réalité, notre pivot temporel ; il n'exhibe pas ses ruines, son écroulement, mais son apogée éclatant. Le passé n'est plus le passé, mais le présent, dont je ne suis qu'un des futurs improbables, sans intérêt, de toute façon inconcevable, qui vient hanter l'univers de son inexistence. Notre voyage de 1984 ne fait pas renaître pour moi, jeune touriste de dix ans, la Grèce et ses beautés classiques ; c'est plutôt qu'il attrape un garçon du futur et le catapulte dans une société vivante et criante, au milieu du public qui applaudit les athlètes défilant sur le stade, aux côtés des prêtres qui accomplissent les sacrifices de Zeus, parmi les serviteurs d'un palais mycénien(2), les soldats montant la garde derrière les murailles, les esclaves révoltés de Messène(3), les marchands sur les étals desquels se trouvent des olives et des concombres semblables à ceux que je consommerai deux millénaires plus tard. Je regarde en ami le kouros(4) en marbre de Paros, superbe et légèrement boudeur, casqué de ses propres cheveux, dont la tête, sculptée vers 480 avant notre ère, orne le billet d'entrée de l'Acropole à 150 drachmes(5). » (Ivan Jablonka, En camping-car, Seuil, 2018)
I. Étude de la langue (3,5 points)
N'oubliez pas de considérer le nombre de points attribués à chaque question et faites au mieux le plus vite possible, car la partie qui « rapporte » le plus de points est la 3e. Dites ce que vous savez sans perdre trop de temps à rédiger une réponse qui peut ne comporter que les éléments clés. Vous ne gagnerez pas plus de points si vous avez cité trois grammairiens et Éduscol : gardez l'œil sur la montre et passez à la suite.
1. 
Dans la phrase « Ma mère est la plus élégante du groupe » :
a. 
Identifiez, d'un point de vue grammatical, la tournure « la plus élégante du groupe ».
Ici, il n'est pas demandé de distinguer la nature et la fonction grammaticale de ce groupe de mots.
Certains pourront être surpris par la désignation de « tournure », qui semble faire appel au style, mais ici la partie de phrase à prendre le plus au sérieux est celle-ci : « d'un point de vue grammatical ». Il est bon également de se souvenir que l'on se trouve à ce stade dans la partie « étude de la langue ».
D'un point de vue grammatical, ces mots forment un groupe autour de l'adjectif « élégante ». On se méfiera du « la », qui peut mettre à tort sur la piste d'un groupe nominal, car ici le noyau est un adjectif, et « la plus » est un superlatif qui appelle « du groupe ».
Les grammaires universitaires parlent couramment d'un superlatif relatif de supériorité, mais le ou la candidate peut se contenter de dire qu'il s'agit d'un groupe adjectival ou groupe de l'adjectif, en ajoutant éventuellement que l'adjectif est précédé d'un superlatif.
Sa fonction grammaticale est plus aisée à définir, il s'agit d'un attribut du sujet « ma mère ».
Ici il n'est pas demandé de justifier, donc on évitera de perdre du temps à détailler les manipulations qui peuvent avoir été faites : le groupe ne peut pas être supprimé ni déplacé, il suit le verbe « être » qui est un verbe attributif (le nom « verbe d'état » n'est plus en vigueur d'après la grammaire du français, en ligne sur Éduscol).
b. 
Donnez trois autres degrés de l'adjectif « élégant ».
Le terme « degrés » se rapportant à l'adjectif est un terme technique, qui mesure des connaissances grammaticales précises chez le candidat ou la candidate. Si l'on suit la terminologie grammaticale d'Éduscol, les degrés de l'adjectif qualificatif sont : le positif, les comparatifs (égalité, supériorité, infériorité) et les superlatifs (supériorité, infériorité).
Puisque l'énoncé donne déjà : la plus élégante du groupe → superlatif de supériorité, les trois autres degrés que l'on peut attendre sont par exemple :
  • élégante : positif
  • aussi élégante (que…) : comparatif d'égalité
  • moins élégante (que…) : comparatif d'infériorité.
Certaines grammaires traditionnelles considèrent « très élégante » comme un superlatif absolu. Toutefois, il n'est pas demandé de nommer les différents degrés, ni d'avoir appris la terminologie d'Éduscol par cœur : seules trois propositions sont attendues, qui font varier, d'une manière ou d'une autre, le degré (ou la force) de l'adjectif.
2. 
Dans les phrases suivantes, indiquez la nature et la fonction des mots ou groupes de mots soulignés.
« Les photos la montrent en robe, coiffée d'un chapeau de paille à fleurs, ou avec un débardeur en coton blanc, un pantalon à motifs verts et mauves, les chaussures assorties.
Le soir, ce n'est jamais elle qui lève le toit. »
Ici, faire trois colonnes en traçant éventuellement deux lignes verticales aidera à gagner du temps. Faites là encore au plus efficace sans tout rédiger.

Nature
Fonction
La
Pronom personnel
COD de montrent
Avec un débardeur en coton blanc
Groupe nominal prépositionnel
Attribut du COD « la »
À motifs verts et mauves
Groupe nominal prépositionnel
Complément du nom « pantalon »
Le soir
Groupe nominal
CC de temps
Qui
Pronom relatif
Sujet de « lève »

L'analyse d'« avec un débardeur en coton blanc » appelle une certaine prudence. Ce type de construction donne lieu à des analyses divergentes selon les grammaires (attribut du complément d'objet direct, prédication seconde, complément descriptif, etc.), sans que la terminologie grammaticale d'Éduscol permette de trancher explicitement. Il ne faudra pas perdre trop de temps à réfléchir ou à s'expliquer, car dans le cadre du concours, il s'agit d'être pragmatique : bonne ou mauvaise, cette réponse ne rapportera ou ne coutera qu'un quart de point ou sans doute moins. De plus, il arrive dans tous les concours qu'une question s'avère mal posée et admette plusieurs réponses.
3. 
Donnez le type et les formes de la phrase suivante :
« Le soir, ce n'est jamais elle qui lève le toit. »
Il est préférable, dans ce type de concours, de se référer à la grammaire du français, publiée sur Éduscol. Y sont distingués trois types d'actes de langage fondamentaux : « le type déclaratif correspondant à l'assertion (affirmer quelque chose, donc présenter ce que l'on dit comme vrai), le type interrogatif correspondant à l'interrogation (poser une question, demander une information), le type impératif correspondant à l'injonction (donner un ordre). Toute phrase appartient nécessairement à l'un de ces trois types d'actes, qui correspondent canoniquement à trois structures syntaxiques distinctes. »
À propos des formes, la même grammaire indique que « la phrase peut aussi, facultativement, être de forme négative, passive, exclamative, emphatique ou impersonnelle ». D'après Éduscol, il n'est pas utile de parler de forme affirmative ou active, car la phrase affirmative, active, non exclamative, non emphatique, non impersonnelle, est considérée comme la phrase de base.
Type : déclaratif
Forme : emphatique et négative
4. 
Transposez le groupe de mots « Les photos la montrent » (ligne 1) aux temps suivants de l'indicatif : imparfait, futur, passé simple, passé composé, plus-que-parfait, futur antérieur.
Il s'agit d'un exercice de pure conjugaison, vérifiant la maitrise de plusieurs temps de l'indicatif et de règles morphologiques qui leur sont associées. Il permet également de vérifier la maitrise de l'accord du participe passé employé avec l'auxiliaire « avoir », lorsque le COD, ici au féminin, est antéposé.
Imparfait : Les photos la montraient.
Futur : Les photos la montreront.
Passé simple : Les photos la montrèrent.
Passé composé : Les photos l'ont montrée.
Plus-que-parfait : Les photos l'avaient montrée.
Futur antérieur : Les photos l'auront montrée.
II. Lexique (1,5 point)
1. 
Donnez dans le contexte du passage le sens du nom « apogée ».
Donner le sens d'un mot en contexte est une question classique des sujets du CRPE. Plutôt que de sortir un dictionnaire (ou plusieurs !) pour vérifier les différents sens d'un mot, tout lecteur s'appuie d'abord sur ce qu'il comprend d'un passage pour faire des hypothèses sur le sens d'un mot inconnu. Ici « apogée » se comprend mieux en lisant les deux ou trois phrases qui l'entourent :
« Alors le monde grec se met à exister. Il devient la seule réalité, notre pivot temporel ; il n'exhibe pas ses ruines, son écroulement, mais son apogée éclatant. Le passé n'est plus le passé, mais le présent, dont je ne suis qu'un des futurs improbables, sans intérêt, de toute façon inconcevable, qui vient hanter l'univers de son inexistence. »
Le mot « apogée » est en lien avec le monde grec : celui-là « n'exhibe pas ses ruines, son écroulement, mais son apogée éclatant ». La conjonction de coordination « mais » indique qu'« apogée » s'oppose à « ruines » et « écroulement ». En outre, l'apogée est éclatant. Ce nom masculin peut donc être défini comme un terme très positif, s'opposant aux mots « ruines » et « écroulement », et qualifiant le monde grec dans toute sa splendeur.
Si l'on ignore la première définition, en lien avec l'astronomie telle que la donne le cnrtl (« point extrême de l'orbite elliptique d'un astre ou d'un corps céleste artificiel par rapport au centre de la terre »), on pourra aussi s'appuyer sur des expressions parfois entendues dans la langue courante : être à son apogée c'est se trouver au plus haut, atteindre des sommets. Le mot d'origine grecque évoque ici le moment où la culture hellène dominait le monde occidental, lui fournissant le plus brillant en matière d'art et de pensée.
2. a. 
Expliquez la formation et donnez le sens du mot « inconcevable ».
Le mot « inconcevable » est formé avec le préfixe privatif in- et le suffixe -able qui indique une capacité. Le radical est ce qui reste, ici « concev », mais la consonne finale pourra évoluer selon les mots.
« Inconcevable » signifie « que l'on ne peut pas concevoir, que l'on ne peut imaginer ».
On peut éventuellement se demander si « concevoir » n'est pas lui-même construit avec le préfixe con- qui vient de cum, avec, mais l'on n'attend pas à ce niveau une telle précision, vous n'êtes pas censé.e avoir appris par cœur un dictionnaire étymologique.
b. 
Citez trois mots de la même famille que le mot « inconcevable ».
Conception, concevoir, concevable.
Les mots de la même famille ne sont pas des synonymes : il s'agit de mots construits à partir du même radical. Il n'est pas utile d'en mettre davantage (et c'est presque impossible en gardant le radical « conce » : « écoconception » n'est pas très courant, de même que l'adverbe « inconcevablement »).
III. Réflexion et développement (5 points)
Sujet : Par sa connaissance de l'Antiquité, la mère du narrateur a su, pour son fils, rendre vivantes et animées des sociétés disparues. Selon vous, comment peut-on développer l'imaginaire d'un enfant ?
Votre réponse prendra appui sur le texte d'Ivan Jablonka, vos lectures, votre culture, vos connaissances et expériences personnelles.
Vous présenterez votre propos (entre 20 et 30 lignes) de façon structurée et argumentée.La rédaction d'une introduction et d'une conclusion n'est pas attendue.
Conseils méthodologiques pour le développement
La dernière phrase a pu troubler nombre de candidats, habitués depuis la 3e au moins à introduire et conclure leurs propos. Comme dans un essai, les attentes des correcteurs sont assez souples, mais de manière générale, il parait préférable de ne pas se priver d'un propos liminaire, voire d'une esquisse de plan.
Ici le sujet vous demande de prendre appui sur la lecture du texte de Jablonka, il ne faudra pas l'oublier et vous appuyer donc sur des éléments cités : cela fait partie d'un des critères d'évaluation, tout comme l'ajout d'éléments de culture personnelle variés. Vous pouvez aussi faire appel à vos expériences personnelles, mais évitez de raconter vos propres souvenirs de manière non distanciée. Ici le développement attendu n'est pas dialectique : on n'attend pas d'éléments de contradiction, indiquant par exemple que développer l'imaginaire des enfants peut être dangereux. Même s'il peut être canalisé, l'école s'efforce toujours de stimuler le monde de la pensée chez les enfants, et vous ne devez pas oublier qui vos lecteurs cherchent à recruter : de futurs professeurs.
L'analyse du sujet vous permet aussi de voir ce qui est resté délibérément flou : si la première partie évoque directement Jablonka et sa mère, le « on » prend le relais et peut désigner d'autres adultes que ceux de la famille de l'enfant.
Voilà pourquoi vous pourriez suivre le cheminement que voici : la famille peut développer l'imaginaire d'un enfant, par des voyages, des visites, des récits, des expériences partagées, mais c'est aussi la mission de l'école, qui a pour rôle de développer l'imaginaire de tous les élèves, en construisant une culture commune qui nourrira, et pour longtemps, la réflexion de chacun et de tous.
Plutôt que d'écrire au fil de la plume, sans avoir réfléchi avant, il est préférable de mettre par écrit ses idées, au brouillon.
I. 
La famille pour nourrir l'imaginaire des enfants :
  • Jablonka – voyages en camping-car – visites de musée
  • À la maison, des activités qui peuvent être partagées : récits familiaux pour la grande ou la petite histoire, cuisine… – pratiques artistiques (musique, danse, dessin) - développement d'un bagage culturel légitime ou non (lectures, télévision, cinéma…)
II. 
Mais le patrimoine social et culturel (Bourdieu) n'est pas le même dans toutes les familles et c'est là que l'école, notamment, joue un rôle crucial, à côté d'acteurs publics tels que les musées, les bibliothèques, les associations pour la jeunesse.
  • L'école : lecture, écriture, découverte de l'art, visites et voyages scolaires
  • Les autres lieux de culture : bibliothèque, cinémathèque, musées, MJC
On pourra aussi ajouter, en fin de devoir, ce qu'il importe encore de stimuler chez les plus jeunes.
Proposition de corrigé pour la partie III
À l'heure où un cinéaste comme Christopher Nolan rencontre un succès mondial en adaptant les épopées d'Homère dans l'Odyssée, et où le feuilleton d'Hermès de Murielle Szac est lu dans de très nombreuses écoles, la mythologie grecque ne cesse de fasciner, à tout âge. Dans son récit autobiographique intitulé En camping-car et paru en 2018, Ivan Jablonka se fait aussi l'écho de cette fascination pour le monde antique, transmis par sa mère, enseignante de « français-latin-grec » à l'occasion d'un voyage en Grèce. Les récits de celle-là, alliés aux voyages familiaux faits en camping-car, ont nourri l'imagination du futur écrivain, allant jusqu'à alimenter ce texte autobiographique. Si la mère d'Ivan Jablonka a su rendre vivante cette société disparue, voyager dans des lieux mythiques et même mythologiques est-il l'unique moyen de développer l'imaginaire d'un enfant ? Est-ce le rôle de la seule famille ou cette responsabilité n'est-elle pas partagée par d'autres acteurs de la vie publique, qui ont eux aussi cette mission ?
[Ici on pourrait annoncer le plan, ce qui n'est pas indispensable, mais utile au lecteur, qui percevra mieux le cheminement de votre pensée : nous verrons que si la famille joue évidemment un rôle crucial dans le développement mental d'un enfant, c'est la société tout entière, et l'école au premier chef, qui doit également remplir cette mission auprès des plus jeunes.]
Le jeune Ivan Jablonka parvient, grâce aux récits de sa mère et aux visites de sites archéologiques, à imaginer, bien vivante, la société de la Grèce antique : il se sent « catapult[é] dans une société vivante et criante, au milieu du public qui applaudit les athlètes défilant sur le stade, aux côtés des prêtres qui accomplissent les sacrifices de Zeus… ». L'énumération qui suit montre bien le caractère saisissant de cette immersion dans un univers pourtant disparu, et elle révèle aussi la culture qu'il en a gardée : il évoque des révoltes à Messène, une célèbre statue grecque décrite avec des mots spécifiques (« le kouros en marbre de Paros »). Par sa connaissance de l'Antiquité, la mère de Jablonka rend vivante, pour son fils, une société disparue. Qu'ils soient enseignants ou non, les parents peuvent emmener leurs enfants dans des musées, leur faire visiter des lieux dits patrimoniaux, leur lire des histoires, leur donner accès à des livres, des films, des œuvres d'art et les abreuver d'une culture que Bourdieu qualifierait de légitime.
Mais de manière plus large, les enfants entendent dans leur famille des récits familiaux et bénéficient ainsi d'un accès à l'histoire, terme qui peut s'appliquer aux petites anecdotes familiales, mais aussi à « l'Histoire avec sa grande hache » comme la nomme Georges Perec dans W ou le souvenir d'enfance, lui dont les parents ont été tués pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces récits ou dans le cas de Pérec, ces silences familiaux nourrissent l'imagination et constituent une culture. Une recette de cuisine qui se transmet de génération en génération et évoque un ailleurs peut être considérée comme un élément doublement nourrissant, et il en va de même pour tout ce qui forme une culture : musique, danse, contes… Tout cela abreuve l'enfant, qui devient le réceptacle d'une mémoire consciente et inconsciente dépassant les générations en présence.
Toutefois, et on le voit à travers l'exemple de Perec, enfant caché dans une institution religieuse pendant la guerre, tous les enfants ne bénéficient pas, grâce à leur famille, de ressources culturelles variées. Il revient donc à l'école d'élargir l'imaginaire de tous les enfants, en leur donnant accès à des livres, à des connaissances, à des images, à des œuvres d'art, qui vont nourrir leur réflexion et leurs rêveries. Mais l'école ne se contente pas de donner à lire et à apprendre : elle développe aussi l'imaginaire des enfants en les invitant à devenir eux-mêmes créateurs. Écrire la suite d'un récit, inventer un personnage, jouer une scène de théâtre ou imaginer ce que peut être la vie dans d'autres lieux et époques oblige à transformer les connaissances reçues. L'école n'est d'ailleurs pas le seul acteur en jeu, puisque d'autres institutions publiques, telles que les bibliothèques, les musées ou les associations culturelles comme les MJC, prolongent ces actions en faveur de la jeunesse et contribuent, elles aussi, à développer l'imaginaire des enfants.
Parce qu'il est difficile d'anticiper ce qui stimulera tel ou tel enfant, le mieux est de leur donner accès à des ressources les plus riches et les plus variées possibles. Dans un épisode de France Culture intitulé Dans la bibliothèque de Clémentine Mélois, l'autrice et plasticienne évoque ses inspirations lointaines et raconte ainsi sa fascination pour les dictionnaires ou pour un ouvrage présentant des nids d'oiseaux : il n'est pas certain que ses parents et professeurs aient eu l'idée consciente de développer sa créativité en lui donnant accès à ces ouvrages. C'est pourtant ce type de rencontre, parfois fortuite, avec un livre, une œuvre ou une image qui peut nourrir durablement l'imaginaire d'un enfant.
Pour conclure, s'il est bon de stimuler la créativité des plus jeunes, il est tout aussi nécessaire de développer leur esprit scientifique et leur rationalité, à une époque où les sciences paraissent fragilisées. Raisonner, vérifier les faits et distinguer savoirs, opinions et croyances est indispensable à la construction du bien commun. L'école doit encore apprendre aux élèves à vivre ensemble sereinement, et à développer leur empathie, comme le prévoit notamment le programme EVARS. Toutes ces missions participent en définitive d'un même projet éducatif : pour reprendre les mots du philosophe de l'éducation Olivier Reboul, il s'agit d'enseigner aux plus jeunes « ce qui unit et ce qui libère ». Développer leur imaginaire y contribue pleinement.
Sujet corrigé réalisé par Marie-Astrid Clair, professeure agrégée de lettres modernes et formatrice à l'INSPÉ de Paris-Sorbonne Université.